In the sick little world where I'm king - "Féminisme laïc 2"

Alors que le débat sur le voile monopolise encore et toujours l'espace médiatico-politique, le petit monde malade où je suis roi a décidé de se lancer dans un exercice inhabituel.

Alors que le débat sur le voile monopolise encore et toujours l'espace médiatico-politique, le petit monde malade où je suis roi a décidé de se lancer dans un exercice inhabituel.

 

Je vais essayer de dire ce que j'en pense réellement. De minimiser le sarcasme. Je vais aussi tâcher d'être concis. Le propos sera un peu à l'emporte-pièce. Ainsi soit-il.

 

Les femmes qui portent le voile pour honorer Dieu ont tort.

Dieu n'existe pas. Ça sert à rien.

Je pourrais avoir tort, mais j'ai raison.

 

Comme toutes les religions, l'Islam est une construction humaine. Comme toutes les religions, l'Islam est une construction politique, au sens où il participe de l'ordonnancement de la cité. Les religions établissent des normes morales et sociétales. C'est ça qu'elles font. Elles s'ancrent dans un substrat anthropologique et idéologique et elles renforcent les structures de pouvoir existantes.

L'Église catholique en est l'exemple le plus criant, mais l'Islam ne fait pas exception.

Si mon opinion sur le port du voile intéressait quelqu'un, je dirais qu'il tend à conforter le patriarcat. Une règle qui ne s'applique qu'aux femmes. Qui les place dans l'idéal de la chasteté et de la pureté. Qui donc les infantilise, tout en leur faisant symboliquement porter la responsabilité du désir des hommes et de ses excès.

Évidemment, n'étant pas croyant, je ne crains ni la damnation éternelle ni les affres de l'enfer quand je dis ça. Ce que je trouve confortable.

Et j'ai raison, mais je pourrais avoir tort.

 

Il se pourrait qu'un pouvoir surnaturel régisse en fait nos vies et nous ait transmis ses enseignements à travers les siècles via les méandres de la religion.

Et ainsi se profile la question qui est au cœur même du principe de laïcité :

"Oui, mais laquelle ?"

Quelle religion est la bonne ? Qui a raison ?

Moi, sûrement. Mais je pourrais avoir tort.

Et c'est là, précisément, que se noue l'enjeu de la liberté de conscience. Si nombre de religions se targuent de disposer de la vérité révélée, et l'athéisme d'une vérité de meilleure qualité, tout le monde ne peut pas avoir raison en même temps. Les diverses vérités sont mutuellement radicalement exclusives.

Et ce n'est pas à l'état, la république, la société, ni à la majorité de la population, ni à un groupe quel qu'il soit, de trancher. Chaque personne a le droit de le faire pour elle-même. Le rôle de la république est de garantir ce droit.

D'où la séparation des églises et de l'état, d'où la liberté de culte, d'où la laïcité.

 

Revenons donc au cas des femmes qui portent le voile, puisque c'est de ça qu'on parle. Partout. Tout le temps.

 

De deux choses l'une :

 

- Soit elles exercent leur liberté de culte, et c'est leur droit.

Je maintiens qu'il faut les soutenir totalement dans ce droit, bien que je pense qu'elles se trompent. Le voile, c'est un morceau de tissu. C'est pas un trouble à l'ordre public. S'il est pas magique dans un sens, il est pas magique dans l'autre. Y'a bien des gens qui regardent des films en VF, qui font trop cuire les pâtes ou pire, qui écoutent U2. Ils ont tort, mais c'est pas une raison pour réorganiser la société juste pour les faire chier.

 

- Soit elles sont opprimées, et il faut qu'elles s'émancipent.

Qu'elles soient opprimées brutalement, menacées, violentées ou que l'oppression soit internalisée, insidieuse, opium du peuple, etc. les leviers de l'émancipation sont les mêmes. L'accès à l'éducation, l'école, l'université, les bibliothèques. L'accès aux institutions. L'accès à leurs propres moyens de subsistance, au travail. L'accès à la santé. Et l'accès à l'espace public en général où piocher toutes ces excellentes idées émancipatrices.

 

Or on parle de leur refuser précisément tout ça. Dans certains cas c'est même déjà fait. Il faudrait qu'elles retirent leur voile pour accéder aux moyens de leur émancipation. Mais elles peuvent pas, elles sont opprimées ! C'est l'hypothèse de travail ! Prenons ça au sérieux !

Et à l'argument selon lequel la république est là pour les protéger, par la force s'il le faut, je réponds deux choses :

- Cas un, oppression brutale : La république ne protège pas les femmes battues, elle ne protège pas les femmes victimes de pressions, ni de harcèlement, ni de violences. Elle ne protège pas les Musulmanes. Elle ne protège pas les autres. C'est regrettable. C'est aussi un fait.

- Cas deux, opium du peuple : L'émancipation, c'est endogène. On donne pas la liberté. On la prend. Pour soi. Le rôle de l'état, c'est pas le rôle d'un missionnaire. Le rôle de l'état c'est de donner à chacun les moyens de sa liberté. À chacun de faire ce qu'il en veut.

 

Et si malgré tout, une fois émancipées malgré tout, ces femmes choisissaient de porter quand même un bout de tissu sur la tête ? Je vais peut-être faire une révélation. Beaucoup de femmes qui portent le voile le font, sincèrement, pour honorer Dieu.

Elles ont tort. Mais elles pourraient avoir raison.

 

Et on nie leur liberté de se tromper. On devrait montrer l'exemple. On multiplie les vexations. On devrait inclure. On leur applique une règle rien qu'à elles. On prône l'émancipation. On les infantilise.

On renforce les structures de pouvoir existantes.

On les opprime.

 

Et c'est comme ça que pour beaucoup d'entre elles, le port du voile lui-même est un acte d'auto-affirmation.

Pour beaucoup d'entre elles, le port du voile lui-même est vécu comme un acte d'émancipation.

 

Pas vis-à-vis du patriarcat. Vis-à-vis de la société.

 

J'ai dit que j'éviterais le sarcasme.

L'ironie, j'y suis pour rien.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.