La Catalogne en son dilemme shakespearien: indépendance or not indépendance ?

Nous sommes à quelques heures de l'intervention du président catalan devant le Parlament (officiellement elle aura lieu à 18h). L'incertitude domine sur ce qu'il va déclarer : pour d'évidentes raisons tactiques de sécurité, personne, du côté des dirigeants indépendantistes, n'abat ses cartes. Le Tribunal Constitutionnel est en effet à l'affût pour invalider en urgence toute annonce sur le fond

11 octobre : Ma dernière note sur la situation en Catalogne : Catalunya. Un recul de Puigdemont sur l'indépendance qui ne règle rien...

Le calme avant la tempête ?

Lundi 9 octobre

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 0h40 : nous sommes à moins de 24 heures de l'intervention du président catalan devant le Parlament (officiellement elle aura lieu à 18h). L'incertitude domine sur ce qu'il va déclarer : pour d'évidentes raisons tactiques de sécurité, personne, du côté des dirigeants indépendantistes, n'abat ses cartes. Le Tribunal Constitutionnel est en effet à l'affût pour invalider en urgence toute annonce sur le fond de ce qui sera proposé et décidé au parlement catalan. Seules, du côté du parti du président, se sont élevées quelques voix suggérant de ne pas procéder à la DUI (Déclaration Unilatérale d'Indépendance). Mais certain-es du même parti appellent à rester fidèle à la feuille de route, donc à garder le cap de la DUI, approuvée début septembre par les député-es. Chez les anticapitalistes de la CUP, en revanche, l'unanimité est de règle pour appeler à proclamer la DUI. Si l'ANC, quant à elle, appelle à se rassembler massivement et en silence devant le Parlament pour manifester qu'il faut respecter le verdict des urnes de dimanche en huit, l'autre grande association de masse du catalanisme, l'Omnium, n'est pas, à cette heure, parvenue à se mettre d'accord sur un appel à se mobiliser demain.

Si l'on excepte quelques provocations de  dirigeants du PP menaçant de vives représailles judiciaires les responsables indépendantistes et même avertissant, pour l'un d'eux, qu'ils s'exposent à finir comme Lluis Companys qui proclama, en 1934, un "Etat catalan de la République Fédérale Espagnole" ... et fut fusillé en 1940 par les franquistes, une intervention émerge aujourd'hui de la curieuse impression qui reste dominante que (presque) tout le monde retient son souffle. La maire de Barcelone, Ada Colau, a tenu une conférence de presse au ton solennel appelant Rajoy et Puigdemont à la responsabilité, en renonçant, pour l'un, à proclamer la DUI et, pour l'autre, en s'engageant à retirer les forces de police et à ne pas recourir, quoi qu'il arrive, à l'article 155 de la constitution, ce qui, on le rappelle, signifierait la suspension de l'Autonomie catalane.

La logique politique de cette figure de la gauche radicale espagnole, membre de la coalition Catalogne en Commun (que soutient Podemos mais pas son correspondant catalan Podem), repose sur la volonté d'obtenir du gouvernement de Madrid que se tienne un référendum offrant toutes les garanties démocratiques et dont les termes serait négociés entre les parties en présence. On peut parler d'un difficile exercice d'équilibre chez ce courant de la gauche entre, d'une part, une claire dénonciation de l'usage de la force par Madrid, un appui de ses responsables et élu-es à la tenue du référendum pour autant qu'il n'était en fait, pour eux/elles, qu'une consultation mais, d'autre part, le refus de considérer que cette consultation légitime une DUI. En somme un entre-deux difficile à assumer dans un contexte d'extrême polarisation politique. La CUP met d'ailleurs le doigt sur la plaie des accords que Ada Colau a conclus, pour obtenir la majorité à la mairie de Barcelone, avec les socialistes du PSC, ceux et celles qui précisément ont obtenu que la session du Parlament, initialement prévue ce lundi, soit interdite et qui ont averti qu'ils appuieraient "le 155" en cas de proclamation de la DUI ! La corde raide est bien la métaphore appropriée au cours politique suivi par ce courant de la gauche radicale catalane et qui lui vaut des critiques de toutes parts.

Soulignons encore ceci qui pèse malgré tout sur le faux calme qui a prévalu ce lundi en Catalogne : les déclarations des grandes entreprises catalanes, dont les six sur sept de l'Ibex 35 (le Cac 40 espagnol), indiquant qu'elles délocalisaient ou allaient délocaliser leurs sièges, se sont multipliées à vive allure. Une pierre dans le jardin de ceux et celles qui, en France, décrètent sommairement que le nationalisme catalan est porté par la grande bourgeoisie locale et ainsi sous-estiment le rôle ouvertement anticatalaniste et à fort impact antipopulaire, y compris sur les enjeux sociaux et politique de l'ensemble du pays, de ces exfiltrations d'entreprises qui se combinent avec l'appui que l'Union Européenne renouvelle à Mariano Rajoy !

Par ailleurs, des policiers espagnols viennent de "compléter" la surveillance par la police catalane des abords du Tribunal Supérieur de Justice de Catalogne, lequel TJSC est en pointe, depuis le début du conflit, pour contrer les décisions indépendantistes et se retrouverait dangereusement "exposé" si d'aventure la DUI était proclamée.

Enfin, aucune information n'a circulé dans les médias ni dans les réseaux sociaux sur ce qu'il est advenu de l'appel à la grève générale qui devait démarrer ce jour... Parions que, si elle avait eu un début d'effet, cela aurait bien fini par se savoir et envisageons que cette absence du paysage informatif est un point supplémentaire marqué par Madrid et qu'elle pèse, dans le rapport de force interne aux indépendantistes, en défaveur des partisans de la DUI vis-à-vis des "conciliateurs".

A suivre : demain un nouveau jour J pour l'avenir de la lutte pour une Catalogne s'autodéterminant indépendante et républicaine.  

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