Implacable "couronavirus" espagnol...

Il est un virus spécifique qui, dans une Espagne terriblement touchée, elle aussi, par le coronavirus, se révèle un révélateur de premier ordre ... du désordre des choses, en l'occurrence politiques. Dans l'instant où les masques médicaux s'imposent, d'autres masques tombent : cela concerne, chacun à sa façon, les membres du gouvernement "progressiste" confrontés au virus de la corruption royale !

Etat espagnol. PSOE, PP, Ciudadanos, Vox, tous unis pour l'immunité (impunité) royale !

Sans surprise, et tant pis pour l'image d'un "gouvernement progressiste" que l'on cherche à vendre au bon peuple, les "socialistes" du PSOE, le parti du chef du Gouvernement, ont, comme d'habitude, fait front commun avec la droite (PP et Ciudadanos) et, innovation remarquable, avec l'extrême droite néofranquiste (Vox), pour bloquer la création d'une commission d'enquête parlementaire sur les 100 millions de dollars supposément cachés en Suisse, selon le procureur de ce pays, par l'ex Roi Juan Carlos !

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Remarquable aussi est le fait que la demande de création de cette commission d'enquête ait été déposée par le partenaire de gouvernement du PSOE, les anciens indignés de Unidas Podemos. Histoire de montrer qu'ils existent dans un gouvernement sous hégémonie socialiste ? Le résultat est là : lesdits socialistes ont, sans état d'âme et en un tournemain, stérilisé cette démarche. Cela s'appelle "envoyer sur les roses" les trublions oublieux que le parti "qui fut celui de la rose et du poing" est, depuis les années 70, un parti irrévocablement prorégime. Traduit en clair : un parti de la monarchie verrouillant, malgré les éclats de voix politiciens entre eux, avec ses alliés structurels PP et Ciudadanos et, mais si, mais si, Vox, l'intouchabilité de la Maison Royale.

Quand il faut sauver le soldat Juan Carlos et sa bande familiale parasite et corrompue, le front unique constitutionnaliste se reconstitue à toute allure. Et Unidas Podemos ressort bredouille de sa quichottade et rentre penaud dans le rang ! Bon Dieu, on ne quitte pas pour si peu un gouvernement progressiste !

Remarquable aussi est l'attitude des indépendantistes républicains de gauche d'ERC, initiateurs, avec Unidas Podemos, de la demande de la commission d'enquête en question. Aussi penauds que les camarades d'Iglesias, ils pensent que la rebuffade infligée par les socialistes ne mérite pas que l'on mette en danger les négociations engagées sur la "question catalane" avec ceux-ci (en rien engagés, eux, sur l'incontournable droit de la Catalogne à son référendum d'autodétermination). Et tant pis si la défense socialiste de la monarchie ait été menée avec les pires ennemis du processus démocratique indépendantiste, par ailleurs dans le souvenir réactivé du méchant discours prononcé en octobre 2017 par le rejeton de Juan Carlos pour appeler à plus de répression policière contre les "séparatistes" !

Il sera dit une nouvelle fois que le rapport à la monarchie est la pierre de touche permettant de mettre au clair qui sont, ou plutôt qui ne sont pas, les progressistes et démocrates...par-delà les moulinets, poses et autres enfumages.

A propos du dessin reproduit ici et mis en ligne ce jeudi sur le site de eldiario.es (voir ici) : les trois mousquetaires, de gauche à droite, Pedro Sánchez (PSOE), Pablo Casado (PP) et Santiago Abascal (Vox) (oublié Ciudadanos aujourd'hui réduit à la figuration), célèbrent leur union, épées au vent et arborant fièrement sur leurs tuniques le référent emblématique du patriotisme espagnoliste, le "toro ibérico", au cri célèbre, significativement détourné, du "Tout (sic) pour un (Juan Carlos !), un (le même) pour tous" tandis que ledit Juan Carlos célèbre le doux moment, bras levé. Tout en s'adressant à son royal fils : "Superfans, mon fils, ils sont superfans de la Constitution (1) ! Il ne faut pas chercher à comprendre !".

(1) La Constitution assure l'inviolabilité du Roi. Sauf qu'elle est reconnue efficiente dans l'exercice de la fonction royale. Or les 100 millions incriminés auraient été "placés" chez les Hélvètes après l'abdication du bonhomme. Eldiario.es a sorti un document exclusif le prouvant ! Gageons que la justice espagnole, implacable avec les indépendantistes, saura remédier au problème !

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