Primaire socialiste. Les luttes au temps mauvais des élections...

« Cette déconnexion est grave ». «Valls, Hamon, Macron, Mélenchon… tous sont loin de la réalité du monde du travail. Et les conseillers dont ils ont choisi de s’entourer aussi » (Philippe Martinez, secrétaire général de la CGT)

Philippe Martinez a raison, mille fois raison. La cassure, qui est une cassure de classe, entre la caste politique, y compris de gauche, et les travailleurs/-euses (auxquel-les on devrait adjoindre les privé-es de travail) donne une clé de compréhension décisive de la nature de l'élection présidentielle. Pas sûr, pour autant, que l'on doive s'en tenir à une trop simple « déconnexion avec la réalité » pour aller jusqu'au bout du dévoilement du système de domination qui est niché dans cette élection comme, au demeurant, dans l'ensemble de l'édifice et des procédures institutionnelles en place. Loin d'être déconnectés de la réalité, les politiciens qui sont "la gauche" se trouvent au coeur des processus, bien réels, de dépossession politique des couches populaires. Ce qui, Philippe Martinez le pointe, alimente la crédibilité d'une Marine Le Pen qui a, "dans son arrière-boutique", le Medef.

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On pourrait pourtant interroger le positionnement syndical, que Philippe Martinez n'exprime que trop clairement, consistant à avoir « attendu davantage d’un gouvernement qui nous promet monts et merveilles ». En 2010 avec la stratégie syndicale d'épuisement de la combativité populaire opposée à la réforme des retraites assénée par la droite et la déviation électoraliste induite, dans la foulée, vers la double impasse, en 2012, de la solution Hollande ou de la solution Mélenchon, nous avions pu vérifier ce qu'il en coûtait qu'un mouvement social prometteur (quoique évidemment sans garantie absolue de gagner) soit entravé syndicalement dans sa dynamique contestataire d'aller au bout, d'atteindre son objectif, en l'occurrence le retrait de la contre-réforme des retraites. Revendication que pas plus la CGT que les autres centrales syndicales ("heureux" temps du "syndicalisme rassemblé") n'ont jamais voulu avancer ! Cette démarche syndicale se refusant à assumer ce qu'un mouvement social peut se donner, par lui-même, comme objectif politique (la défense des retraites est on ne peut plus politique !) est, de fait, un véritable blanc-seing accordé aux "politiques" pour qu'ils fassent ce qui est admis être supposément...leur "travail" (sic). On ne s'étonnera pas que Mélenchon, tout tendu vers sa candidature présidentielle, ait approuvé ce schéma d'un mouvement social perdant (dans l'instant)/gagnant (par un différé de deux ans) par la magie électorale, piteusement électoraliste, de "la révolution par les urnes" !

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 Le résultat est là en 2017, le capital continue à avancer ses pions malgré la superbe mobilisation contre la loi "travail", qui a cependant peut-être relancé la machine à reconstruire un mouvement social se débarrassant des obstacles à son affirmation comme intrinsèquement sujet de ...lui-même ! Sans délégation de pouvoir politique, dans l'affirmation de sa pleine autonomie souveraine et émancipée de toute subordination et...soumission à une logique (même déclarée insoumise) par laquelle il reviendrait à d'autres qu'aux travailleurs et aux travailleuses, ainsi qu'aux autres couches populaires, d'être les maîtres de leur destin.

La CGT a donné des signes, essentiellement dans ses bases et certaines instances intermédiaires et contre certains atermoiements au sommet (lire ici), d'une disponibilité à engager la lutte "jusqu'au bout" pour mettre à bas la loi "travail" et, pour certain-es, "son monde". Un sillon a été tracé, des graines y ont été semées...Le rapport de force du moment (dû en grande partie à l'échec de l'élargissement du mouvement par quoi il faut revenir, là aussi, sur les stratégies syndicales mises en oeuvre) a obligé à une pause. Mais retenons ce que le syndrome de 2010-2012 fait peser sur nous aujourd'hui à nouveau pour que la récolte (la révolte) avorte... La séquence électorale qui, comme on le voit au début de cette page, est lancée, à coups de primaires, portant si bien leur signification régressive par une spectacularisation de la politique, doit être prise pour ce qu'elle est et qui a toujours été : une machine de guerre contre l'idée si sublimement folle selon laquelle "l'émancipation des travailleurs sera l'oeuvre des travailleurs eux-mêmes" ! A nous de faire actuelle cette intuition essentielle de Karl Marx. Pour cela le syndicalisme, comme d'autres, n'échappera pas à la nécessité de...s'émanciper de cette vieille lune de la division des tâches entre syndicalisme et lutte politique (au demeurant souvent écornée : lire ci-dessous "D'ex-syndicalistes avec le PS pour les municipales"). Cette division est d'autant plus aberrante et préjudiciable qu'aujourd'hui, dans le cadre de la crise capitaliste de domination, les capitalistes, eux, ne divisent par leurs tâches : leurs solutions économiques se sont annexé, plus directement que jamais, les rouages politiques et la servilité...volontaire de la "gauche" et fabriquent, par là, un engrenage qui vise à l'écrasement de toute vraie opposition.

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Et qui réduit impitoyablement à néant les illusions concevant les choses de la politique, dans l'oubli de l'engagement dans les luttes sociales, à l'acceptation du "moindre mal" (qui inéluctablement mène au pire) ou à l'affirmation d'une "insoumission" se refusant à la rupture et à l'alternative que pourrait générer, entre autres choses, un refus unilatéral de payer la dette. Ou la socialisation intégrale d'un système bancaire, ce levier par lequel "ils" transforment leur crise en notre crise, sociale et politique...

Par la déclaration reproduite par Le Parisien, le secrétaire général de la CGT, a mis le doigt sur quelque chose d'essentiel pour neutraliser la malédiction qui semble vouer les mobilisations sociales à s'oublier comme agents décisifs du changement politique au profit des acteurs électoralistes de la reconduction du système. Mais, camarade, ce n'est qu'un début, la réflexion, comme la lutte, continue et appelle un débouché heureux ! Pour, certain-es d'entre nous, un débouché anticapitaliste ! 

La dernière AG pour les luttes de Montpellier, qui est issue de la mobilisation contre la loi "travail" menée en convergence avec diverses structures syndicales, se propose, tout en soutenant les luttes en cours, car cela va de pair, de mener une campagne sur le thème "Ce n'est pas de président mais de société qu'il faut changer". Les travailleurs et travailleuses, syndiqué-es ou non-syndiqué-es, mais aussi les sans -travail ou les précaires,y ont tout naturellement leur place... Rendez-vous le samedi 4 février à 14h à Luttopia pour préparer cette campagne (plus de précisions sur les pages FB Assemblée pour les luttes - Montpellier et assemblée pour les luttes- Discussions.

Tiré de Primaire "socialiste". Prenez garde ! Prenez garde ! Prenez garde ! A la jeune garde ...socialiste !

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