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Billet de blog 18 avr. 2020

Pandémie politicienne à l’espagnole

Atout maître de l'instauration de la démocratie sans rupture pleine avec la dictature, la politique de l'oubli est à nouveau invoquée, certes de biais, par la gauche radicale pour éviter, en ces temps de pandémie virulente, d'ajouter aux difficultés du gouvernement auquel elle participe sous l'égide des socialistes. Piètre remake d'une politique d'Etat rejetée par les Indigné.e.s en 2011...

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Alberto Garzón est le dirigeant, communiste, de Izquierda Unida (sorte de Front de Gauche espagnol) et ministre espagnol de la Consommation, qui s'est allié à Podemos sous le sigle Unidas Podemos. IU et Podemos ont intégré le gouvernement emmené par les sociaux-libéraux du PSOE. Devant le drame sanitaire que connaît l'Etat espagnol ce gouvernement est tout simplement dépassé, ses composantes en viennent à se marcher sur les pieds pour s'attribuer les mérites de certaines mesures "sociales" qui ne règlent rien du passif accumulé en termes de destruction des services publics, la santé d'abord. Processus où le PSOE a pris sa part.

J'en viens à cette phrase "incroyable" de la part d'un dirigeant "de gauche" qui dit où en est cette gauche radicale gouvernementalisée : faire une approche politique de la débâcle sanitaire en cours serait condamnable ! En somme c'est dépolitiser ladite question qu'il faudrait ? Voilà ce que c'est de faire de la politique en se reniant, pour Podemos en reniant d'où il vient. Les Indigné.e.s, vous vous souvenez ? C'était en 2011 et ils faisaient de la politique dans la tradition des révoltes populaires dont le souvenir s'était perdu par la magie (sic) de cette Transition où le PSOE (un de leurs slogans était « PP-PSOE, la même merde ». ) avait tout fait pour qu'on oublie la politique. Celle qui permettait de faire la lumière sur les atrocités du franquisme et qui voulait surtout qu'on n'oublie pas...

Car le fin mot de la phrase de Garzón, c'est cela : cesser de faire de la politique pour qu'on oublie... Qu'on oublie que cette catastrophe sanitaire est imputable aussi au PSOE, pas seulement à son alter ego de droite, le PP. Que voulez-vous, comment gouverner avec lui en pointant cette responsabilité... ? Le président du gouvernement Pedro Sánchez doit apprécier la manoeuvre de ce "rouge" rosissant à toute allure et se féliciter de l'avoir intégré (c'est le mot) à son gouvernement.

D'ailleurs, pour bien tout comprendre : c'est en accord avec Pedro Sánchez que Garzón et Iglesias en appellent aujourd’hui à l'unité nationale avec le PP. Et vous savez quoi ? Cet appel se fait en invoquant la nécessité de signer un nouveau Pacte de la Moncloa. Autrement dit en rééditant l'accord qui, en 1977, avait posé que le retour de la démocratie devait se payer d'une sévère austérité au détriment du peuple travailleur. Le PCE et les syndicats Commissions Ouvrières et UGT avaient appuyé. Les héritiers du franquisme amnistiés n'en étaient pas revenus : la démocratie à ce prix, c'était cadeau...

A Podemos et IU on s'inscrit dans l'héritage qu'on mérite ! Le Coronavirus/Couronavirus ne saurait pourtant pas venir à bout d'une Mémoire historique que la Transition n'a pas pu tuer ! Au sortir de cette crise c'est à elle que devra s'alimenter, tout en innovant, la riposte aux nouvelles attaques. Et ce sera sans Podemos ni IU. Sans leurs appareils, avec quelques militant.e.s probablement.

Antoine

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