"Décidément, la Catalogne rend fou en Espagne" (France Inter)

Jeudi, dans sa chronique sur France Inter, Anthony Bellanger ne prenait pas de gants pour traiter du cas de censure, visant une oeuvre d'art, qui vient de se produire en Espagne. Et de pointer un autre phénomène inquiétant pour les libertés dans le pays voisin : le grand quotidien de référence El País "transpire désormais la haine des indépendantistes catalans". Car le grand révulsif est catalan !

Cette chronique ainsi que diverses prises de position d'eurodéputés, d'Amnesty international ou encore le "pronuncionamiento" du Tribunal Européen des Droits Humains de Strasbourg dénonçant la torture en Espagne pourraient être le prélude à un retournement de l'opinion dans l'UE. Jusqu'ici la revendication indépendantiste catalane avait laissé éberluée ladite opinion, ce qui a permis au gouvernement espagnol de prendre momentanément le dessus sur le mouvement national de la Catalogne en destituant les instances élues de la Généralité et en dissolvant le Parlament catalan. Deux mesures dénoncées comme inconstitutionnelles par nombre de juristes.

L'exil en Belgique du président destitué ainsi que l'emprisonnement du vice-président et d'autres responsables politiques dans des conditions faisant douter de l'indépendance de la justice de ce pays ont commencé à interroger la qualité démocratique (1) de la politique menée dans cette affaire par un gouvernement au demeurant désavoué, et délégitimé plus encore qu'il n'était, par la législative de décembre qu'il a imposée à la Catalogne. D'autant que l'actuelle révélation exponentielle de cas de corruption impliquant le parti au pouvoir s'accompagne d'un étalage de provocations, politiques, judiciaires ou relayées par des secteurs de la "société civile", contre "tout ce qui dérange", la toute dernière étant, dans le contexte d'émotion soulevée par le cas de censure que nous évoquons ici, la condamnation et la prochaine incarcération, pour trois ans et demi de prison ferme, d'un rappeur pour le contenu, certes virulent, de ses chansons (lire ici) ! Enfin le récent départ en exil en Suisse, pour déjouer sa convocation devant un juge, de la principale dirigeante de l'organisation d'extrême gauche, la CUP, qui, bien que minoritaire, pèse sur la constitution du front indépendantiste catalan, le défi ouvert du président du Parlament dénonçant, hier, l'existence de prisonniers politiques devant le Ministre de l'intérieur, lors d'une cérémonie devant le collège des avocats de Catalogne ou le refus de la maire de Barcelone et du même président du Parlament de participer à l'inauguration du célèbre Mobile World Congress de la capitale catalane, aux côtés du Roi, finissent d'ajouter à l'impression que décidément "Spain is too different" de ce que l'on s'ingénie à imaginer ! Le bienveillant soutien apporté par l'UE, Macron en tête, aux mesures choc prises par le gouvernement de Rajoy pour mater l'impertinence catalane pourrait commencer à s'en trouver questionné autrement que par des collectifs de soutien qui jusqu'ici criaient dans le désert au déni de démocratie.

(1) Le professeur de droit espagnol Javier Pérez Royo parle de "régression vers une situation prédémocratique" (Pérez Royo: "Vivimos una regresión a una situación predemocrática")

Mais lisons ou écoutons Anthony Bellanger...

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L'affaire a été révélée hier et fait aujourd'hui les belles heures de l'ensemble des commentaires des médias espagnols : avant même l'ouverture de la foire internationale d'art contemporain de Madrid, l'ARCO, une œuvre a été retirée.

Une partie de l'installation de Santiago Sierra '"Les prisonniers politiques de l'Espagne contemporaine"

Une partie de l'installation de Santiago Sierra '"Les prisonniers politiques de l'Espagne contemporaine" © AFP / GABRIEL BOUYS

C'est le directeur de cette manifestation prestigieuse, Clemente González, qui a obtenu de la galiériste Helga de Alvear le retrait de cette œuvre du plasticien Santiago Sierra intitulée « Prisonniers politiques ».

[…] En 37 ans, jamais une œuvre n'avait été retirée ! Maintenant, que contenait cette œuvre de si perturbant pour qu'elle soit ainsi retirée ? Il s'agit en fait d'une série de portraits en noir et blanc accompagnés d'une légende historiographique.

Or 3 de ces portraits sont consacrés à trois figures du nationalisme catalan : l'ex vice président de la Catalogne, Oriol Junqueras, et les deux « Jordis », Jordi Sánchez et Jordi Cuixart. Tous sont en prison.

Lire l'intégralité de la chronique (on peut aussi l'écouter)

En savoir plus

Et hop, un nouvel exil indépendantiste catalan mais, cette fois-ci, en Suisse !

Catalanistes emprisonnés. Les juges espagnols se ridiculisent devant toute l'Europe

Le parti d'en rire

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 L'Espagne menace la Suisse. Ils extradent Anna Gabriel (l'exilée de la CUP) ou alors ils retirent tout l'argent noir qu'ils y ont en dépôt. Le Gouvernement suisse prend la chose au sérieux et étudie les risques d'effondrement qu'une telle mesure de rétorsion ferait peser sur l'économie du pays.

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Note

Un lecteur, cherchant à défouler ses obsessions à partir de mes billets sur la Catalogne, pollue systématiquement les commentaires qu'ils suscitent. Les propos les plus délirants y sont tenus et je me rends compte qu'il m'entraîne sur le terrain glissant de la colère.

J'en viens à penser que tout cela est une perte de temps et d'énergie, doublée d'une dérive vers une polémique dans ce que cela a de plus stérile. Je mets donc un terme aux possibilités que ce "délirant" stérilise les discussions à partir de mes billets et en fasse fuir les intervenant-es désirant une discussion constructive : je ferme définitivement la page Commentaires desdits billets. Il va falloir que ce méchant personnage aille défouler ses aberrations sous d'autres cieux... Ceux et celles qui voudraient m'entretenir sérieusement, objections aidant si nécessaire, sur ce que j'écris, sont invité-es à le faire sur ma messagerie personnelle du blog.

A regret.

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