Mutations du cinéma

La pandémie du Covid-19 a eu des effets directs sur l’industrie du cinéma : interruption des tournages, fermeture des salles partout dans le monde et encore aujourd’hui très largement en Amérique et en Europe. D’une manière plus souterraine et plus durable, elle a aussi accéléré des mutations qui étaient déjà à l’œuvre dans cette industrie. 4 grandes tendances se dégagent dès maintenant :

 

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Le centre de gravité du cinéma mondial se déplace de plus en plus vers l’Asie. Depuis déjà quelque temps, c’est en Asie qu’il y a le plus grand nombre de salles : 80.000 écrans en Chine, 20.000 en Inde… (contre 40.000 aux Etats-Unis, 6.000 en France...). Mais, pour la première fois aussi cette année, les recettes de la Chine au box-office international dépassent celles des Etats-Unis. Et en cette fin d’année 2020, il y a des chiffres d’entrées records en Chine et au Japon, pour l’essentiel sur la base de productions nationales.

Les plateformes de streaming ont acquis un poids prédominant. À la faveur de la pandémie, les principales plateformes de streaming, toutes américaines (Netflix, Disney, Apple, Amazon), ont considérablement augmenté leur nombre d’abonnés à l’échelle mondiale. Ce qui leur permet d’intervenir de plus en plus en amont dans le financement des films. Ce qui transforme aussi durablement les pratiques des spectateurs, qui s’habituent à regarder les films à domicile. En principe, ces nouvelles pratiques ne seront pas incompatibles avec le plaisir de la sortie en salles, dès que celles-ci rouvriront, mais il y aura des limites en termes de temps disponible pour les spectateurs.

Le cinéma américain est arrivé à un tournant stratégique. Les grands studios hollywoodiens ont différé leurs tournages et reporté la plupart de leurs sorties prévues en 2020. Ils ont licencié en masse leur personnel, de même que les salles, dont beaucoup restent fermées. Tous s’interrogent sur leur stratégie et le groupe Disney a déjà décidé d’accorder la priorité de diffusion des films à sa plateforme Disney+, à la place de la traditionnelle première exclusivité en salles. 

L’exception française en jeu. Il y a en France une configuration particulière du cinéma, régulée par l’Etat et généralement dénommée « exception culturelle française ». Celle-ci semble tenir bon dans la pandémie, en tout cas jusqu’à présent. Le gouvernement français apporte, en premier recours, des soutiens massifs dans toute la filière du cinéma. Mais il a surtout entrepris de négocier avec les plateformes de streaming américaines leur participation au financement de la production française. Dans le respect de la chronologie des médias, c’est-à-dire le maintien de la première exclusivité en salles, au prix d’aménagements plus favorables aux plateformes. On peut être dubitatif quant à la capacité du gouvernement français et du CNC à dicter la conduite des plateformes. Même si un décret en ce sens est en préparation, reste à savoir comment il sera effectivement mis en œuvre.

À suivre…

 

 

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