Le mythe des "Mythologies"

Alors que nous fêtons le soixantième anniversaire de la publication des "Mythologies" de Roland Barthes en volume, celles-ci son devenues, par un intéressant phénomène de transfert, exactement ce qu'elles mettaient en évidence.

La célèbre Citroën DS, "nouvelle cathédrale gothique" pour Barthes, orne l'édition de poche des "Mythologies". © Antoine Marquet La célèbre Citroën DS, "nouvelle cathédrale gothique" pour Barthes, orne l'édition de poche des "Mythologies". © Antoine Marquet

En 1957, après des parutions épisodiques dans divers hebdomadaires, sortait en librairie un essai original écrit par un professeur d’université tout aussi inclassable. Malgré son titre renvoyant à un panthéon de divinités et de héros musculeux, il ne s’agissait pas de mettre à nu les secrets religieux d’une civilisation engloutie. Par un simple tour sur lui-même, en considérant le pays et le peuple qui l’entouraient, l’auteur s’attachait à montrer qu’il est aussi légitime pour comprendre le monde de parler de combats de catch, de margarine frémissant dans une poêle ou d’hommes politiques vantant les vertus du lait que de récits homériques ou bibliques. Le quotidien et le banal avaient trouvé non pas leur ambassadeur, mais l’homme capable de transcender toute la fascination qu’ils exerçaient sur les esprits. Le succès fut au rendez-vous et ne s’est jamais démenti. Les Mythologies de Roland Barthes sont depuis devenues un classique.

 

L'édition de poche des "Mythologies" © Éditions du Seuil, collection Points L'édition de poche des "Mythologies" © Éditions du Seuil, collection Points

Le mythe de la DS, le mythe par la DS

La plus fameuse des mythologies illustre le livre dans sa version de   poche, la Citroën DS. On se pose alors la question : est-ce la DS qui   devient mythologique parce que saisie dans les Mythologies ? Ou bien les Mythologies le deviennent-elles parce qu’elles se chargent du poids de la déesse ? Le livre, par ce qu’il met en exergue du rapport entretenu entre l’homme et l’objet, établie la mythologie des années 1950, tout en s’y plaçant lui-même. Une forme de symbiose s’établit entre les mythes et leur mise en forme théorique. Le livre est un mythe pour le lecteur du vingt-et-unième siècle autant que son contenu.

  

Le savoir à domicile

Soixante ans plus tard, pas un de ces ménages bourgeois ou petit-bourgeois (forme abâtardie, mais triomphante) dont il martelait la rigidité et l’auto-conviction, qui ne possède aujourd’hui son exemplaire des Mythologies. La version de poche trouve naturellement sa place dans les bibliothèques de conception suédoise, entre la poésie microscopique d’Henri Michaux et les essais paysans d’Emmanuel Leroy-Ladurie. Pour ne pas dire la Bible car le livre de Barthes n’est pas loin d’avoir la qualité de texte religieux.

Le retournement est habile. Le signifiant (l’objet physique, le livre relié) prend le pas sur le signifié (le sens du texte) et va jusqu’à l’annuler. Posséder un exemplaire du livre, c’est le faire sien, le faire être par soi et à travers soi. Il est aussi là pour être vu et avant tout pour être vu. Entre honnêtes gens, qui lisent, qui savent, qui pensent, on se jauge. On a pour réflexe, en pénétrant dans un intérieur nouveau, de fondre sur la bibliothèque pour en scruter le contenu. Le livre est en vue, en représentation, rassurant. On se comprend alors, on sait à qui l’on s’adresse. Pas besoin d’en dire plus, le sens s’efface devant le discours, la glose qui entoure le texte étouffe la substance.

Il importe moins d’avoir lu ou non les Mythologies que de savoir en parler, en présumer le contenu et plus encore, ce qui s’en dit. Il faut avoir tenu le livre entre ses mains, absorbé la substance par transfert magique, avoir entendu le cours du professeur de classe préparatoire, d’université ou de ces innombrables écoles de communication privées qui vendent de l’extrait de sémiotique et de story telling contre toute une décennie d’endettement. Les mythologies en ressortent désamorcées de leur caractère corrosif originel, pour ne plus être ce qu’elles disent, mais ce que l’on veut qu’elles disent. Ce livre, qui mettait en lumière la naissance d’une culture de masse petite-bourgeoise et mettait en garde contre celle-ci, est devenu un élément de la culture de masse petite-bourgeoise. Celle qui pense bien parce qu’opposée à la bien-pensance.

Le bon bourgeois, tout éclairé de sa lecture, referme le livre satisfait. Lui a compris, il en est. Certes, il appartient aussi à cet empire de l’argent et se laisse parfois tromper par cette consommation hypnotique dont Barthes observait la mise en place fulgurante au début des Trente Glorieuses. Mais le bourgeois n’est pas dupe. Il a lu les Mythologies et n’est pas comme ces pauvres ignorants et ces enrichis sans culture. Il ne le cède que par nécessité à cette société de l’immédiateté, d’idéologie du ventre et du bas-ventre, de mythologies aussi fascinantes que factices.

Les Mythologies seraient donc un livre bourgeois ? Marquée par le marxisme de l’auteur et de l’époque, l’expression a le charme de ce qui brille encore mais ne se trouve plus que dans les boutiques d’antiquités (à ce propos, combien d’exemplaires des Mythologies chinés aux puces ou chez les bouquinistes ?). Mais le lecteur qui pense l’opposition bourgeoisie/classe populaire dépassée est invité à se demander qui dispose de la légitimité pour qualifier le concept de caduc ? Barthes n’est pas sauvé d’un problème bien courant chez les intellectuels. Désireux d’accompagner au mieux un peuple dont ils perçoivent trop les oppressions qu’il avale, ils lui fournissent une matière à pensée (les textes furent pré-publiés dans des revues de gauche) qui n’est pas facilement assimilable. Pour rendre inoffensif un penseur dérangeant, il suffit de lui donner des honneurs, quitte à les lui imposer presque malgré lui. En faire l’un des siens, en somme, le couper de toute aspiration à la masse grouillante, intégrer gentiment son œuvre au corpus des œuvres bourgeoises, légitimes et inoffensives.

Si les Mythologies sonnent comme une mise en garde à une époque où le délire consumériste pouvait encore être évité – mais le devait-il ? –, il faut reconnaître un semi-échec. Livré au lecteur, le texte l’éveille, mais se retrouve aussi à sa merci. Les Mythologies amorcent et accompagnent une critique du spectaculaire commercial/politique/médiatique. Mais elles ont aussi engendré tout une pensée marketing, à qui elles ont montré que l’on peut faire de l’inutile un désirable indispensable.

 

Les Mythologies par elles-mêmes

Il n’importe plus de produire du discours sur les Mythologies, mais de penser leur place en tant que nouveau mythe français. C’est un fait dont Barthes lui-même avait pu prendre la mesure avec ironie. Exemple mathématiquement parfait de fractale, les Mythologies sont devenues leur propre sujet, l’illustration allégorique de ce qu’elles contiennent. « Mythologies » pourraient, nous l’avons vu, devenir une entrée dans leur propre volume. La lecture du livre devient superflue, l’objet (ou signifiant) étant projeté comme message en soi. Un regard sur le livre et le plus ignorant comprend de quoi il s’agit, même s’il ne sait pas l’exprimer.

Barthes avait donc conscience de l’accession de l’ouvrage au rang de mythe. Aussi indique-t-il dans sa préface de 1970 qu’il ne souhaite pas le corriger, l’amender ou l’augmenter. Il laisse couler dans le moule des Mythologies l’or qui en fait une icône païenne et atemporelle. Mais ainsi, Barthes les fige dans leur époque, les années 1950.

En 2010, le Seuil, éditeur historique de Barthes, proposa une nouvelle édition des Mythologies sous la forme d’un beau-livre. La démarche relevait de ce paradoxe. Le livre d’art est autant fait pour être regardé que pour être jeté sur une table basse haut de gamme, mis en scène. Les Mythologies sont officialisées dans leur corps de mythe. C’était déjà le cas avec le passage au format poche. Les Mythologies se transforment à leur tour en objet. Imposant, brillant, tout en verticalité, l’ouvrage est ouvertement ornemental et ostentatoire. Aérant le propos et permettant de voir les documents dont Barthes s’est inspiré et auxquels il renvoie abondamment, l’iconographie donne du corps permet de nourrir les propos. Cette iconographie des années 1950 a une saveur délicieusement surannée qui annule le caractère hors du temps des Mythologies. Si le texte sur les saponides et détergents garde sa force abrasive, il n’en est pas de même pour Gaston Dominici que plus personne ne connaît.

On écrirait de beaux textes sur les mythes ayant existé entre 1957 et 2017. De Mai 68 à la Coupe du monde de football de 1998, toute pensée tournée vers le passée, se réfère à un mythe. Le concept même de mythe a été digéré. Quiconque vit entouré de mythes en saisit implicitement la définition. Il n’est pas nécessaire de mettre en mots les mythes pour les qualifier comme tels. Ils ont leur cycle propre. Écrire encore des mythes ne peut relever que du plaisir littéraire pur. Non pas celui de la découverte, mais plutôt celui de la confirmation, de la complicité entre auteur et lecteur. Le premier n’apprend rien au second, mais essaye simplement de bien dire ce que tous deux savent déjà en sourdine. C’est en acceptant ce fait que l’on peut à son tour écrire les mythes de son époque.

L'édition illustrée des "Mythologies" consacre le livre comme objet mythologique à part entière, davantage fait pour être lu que vu. © Éditions du Seuil L'édition illustrée des "Mythologies" consacre le livre comme objet mythologique à part entière, davantage fait pour être lu que vu. © Éditions du Seuil

 

Dépasser le maître

La splendeur des grands auteurs est de réussir à s’effacer. Ils n’écrasent pas du haut de leur savoir. Leur domaine n’est pas protégé par des mots de passe cabalistiques qu’il faut déchiffrer. Si Barthes n’échappe pas à un peu d’imperméabilité, il est de ceux-là. Il sait se faire humble, sa pensée est éclairante, ses mots d’une complexité modeste, juste et maîtrisable. En l’abordant en tant qu’auteur littéraire, c’est à une approche implicite et presque inexplicable que l’on veut avant tout se référer. Digéré par ses lecteurs, c’est en partant de lui et en le dépassant que l’on peut continuer à le faire vivre et lui rendre hommage. Il se fait arme, passion, inspiration, repère solide et esprit bienveillant. Il devient une méthode, une attention aux choses et une façon toujours dubitative de considérer ce qui se prend pour nouveau, inédit, génial, innovant, révolutionnaire, indispensable, et qui n’est que recyclage et tournures de phrases. Dans les Mythologies, on ressent la fascination autant que le scepticisme. Mais toujours une envie sincère de partager et de rendre lucide. À nous, lecteurs actuels sans illusion mais déterminés, de redonner à Barthes toute sa dangerosité et repousser toute tentative de le dogmatiser, d’en congeler la pensée, la rendre fade et indolente. S’il y a chez Barthes un humour et un appétit, c’est pour donner plus de force et de portée au propos et non pour le transformer en plaisanterie. Il ne doit pas être transgressif, mais subversif.

Dans le refus de Barthes de proposer à nouveau des mythologies, on peut voir un manque ou un coquetterie toute théorique. Mais voyons-y aussi une humilité, un passage de relais, car il ne cessa pas d’insister sur la nécessité de combattre la norme bourgeoise. Du point de vue bourgeois, tout peut être bon tant que la bourgeoisie elle-même (en tant que puissance de groupe) en décide et en écarte tout trouble à l’ordre. Pour la marge, c’est le contraire. Elle n’agit d’ailleurs jamais aussi bourgeoisement que lorsqu’elle se prétend seule à comprendre un auteur et se proclame élite – intellectuelle face à une élite économique – sous-entendant implicitement qu’elle devrait être la seule vraie et légitime bourgeoisie, celle de l’esprit.

Un texte ni son auteur ne peuvent changer ou sauver une société donnée. Mais tel un acide manipulé par des mains prudentes, un texte peut ronger petit à petit une gangue calcaire autour d’une réalité qui restait occultée, par malveillance ou indifférence. Amener un lecteur à se voir comme sujet pensant et actant, participer à semer le doute à l’heure des certitudes les plus discutable, sont des ambitions honorables pour un texte. Il y a avec Barthes un rassurant droit à l’erreur. Pour Barthes, tout peut devenir mythe. J’en déduis que tout le monde peut et devrait dire le mythe. Barthes n’est pas lui-même exclu de l’erreur et du tâtonnement. Il travaillait au gré de l’inspiration et de la documentation qu’il trouvait. Bichon et Minou Drouet ne nous disent plus rien et rendent le livre poussiéreux. Tant mieux, c’est signe que ce livre que l’on voudrait sacré n’a rien de canonique et d’infaillible et que le travail amorcé peut être repris par chacun.

 

Poursuivre les Mythologies

Pour les cinquante ans de la publication (2007), le Seuil proposa des Nouvelles Mythologies. Elles furent auparavant pré-publiées, elles aussi, dans Le Nouvel Observateur, grand hebdomadaire de la bonne gauche, celle qui range le livre à la DS entre Antonin Artaud et Jorge Luis Borgès.

Les contributeurs, Jérôme Garcin en tête, ont compris l’essentiel : Barthes donne le ton et invite le lecteur d’une époque à se faire lui-même artisan en mythologie, analyste et expert en doute. Il faut reconnaître cette qualité à l’ouvrage.

Barthes proposait le panorama des années 1950, Garcin celui des années 2000 et imagine que les lecteurs des décennies suivantes sauront faire de même. Cela, dans l’esprit de Barthes, plutôt que dans la redite de sa loi. Si l’on ne peut que difficilement échapper au mythe, il convient d’apprendre à l’aborder avec un enthousiasme froid et amusé qui est bien le ton des Nouvelles Mythologies.

L’ennui avec les Nouvelles Mythologies, c’est qu’elles sont rédigées par ceux qu’elles devraient attaquer. L’exercice sent la rapidité, le bâclé, l’homme blanc seulement à demi convaincu, avec le ton faussement incrédule de qui se sait dans son bon droit dominant et croit au progrès malgré tout, décidé à l’accompagner passivement. Les textes restent à la surface, les auteurs ratent leur sujet et ne savent pas se défaire de leurs oripeaux de confort. Les texte sonnent faux et leurs auteurs ne se révèlent guère à même de critiquer ce qu’ils représentent : l’argent et l’ordre. Non par méchanceté ou pur plaisir, mais par nécessité.

En 2007, le Seuil a proposé un nouveau livre inspiré de celui de Barthes et proposant les nouveaux mythes de l'époque. Quoique décevant dans son contenu, le livre était en lui-même une bonne idée. © Éditions du Seuil En 2007, le Seuil a proposé un nouveau livre inspiré de celui de Barthes et proposant les nouveaux mythes de l'époque. Quoique décevant dans son contenu, le livre était en lui-même une bonne idée. © Éditions du Seuil

La France devenue mythe

En substituant sur la couverture la Smart à la Citroën DS, l’ouvrage affirme d’emblée une réalité : le mythe s’est mondialisé. La France ne peut plus se croire un grand pays de cocagne autosuffisant au milieu d’une planète exotique. Les nouveaux mythologues sont sans hésitation convertis aux bienfaits de l’Europe et du mondialisme, dont ils profitent et qu’ils professent à une population méfiante et forcément un peu idiote qui s’accroche à la grandeur hexagonale – l’homme politique, lui, en parle d’autant plus qu’il n’y croit plus du tout –. Car la France encore en deuil de sa monarchie est passée, depuis les années 1950, d’empire (colonial), sûr de sa toute puissance (la photographie du tirailleur africain saluant le drapeau tricolore), à celui de destination exotique, musée à ciel ouvert pour des touristes chinois enthousiastes à dépenser leur richesse neuve dans les magasins de parfum ou un émir qatari rachetant des rues entières de Paris pour le plaisir de posséder de la pierre historique. Au fond, ils sont tous deux un mythe pour le Français autant que la France leur est devenue un mythe simple : du vin, du pain, du pittoresque et de la grève. Si l’on se souvient bien, autant de mythes que Barthes lui-même avait mis en avant.

 

Qui fait le mythe ?

Si tout peut devenir mythe, faut-il faire de tout un mythe ? Un mythe en chasse un autre comme une décennie se construit en opposition esthétique et morale à celle qui la précède. Transformer en mythes les combats pour la cause animale, le climat, les droits des homosexuels, le passage à une économie solidaire, c’est aussi les traiter comme les amusantes obsessions d’un temps donné et non comme des évolutions de fond. C’est décrédibiliser et transformer des mouvements profonds en lubies de surface. Il y a dans le mythe l’idée d’un enthousiasme avec lequel chacun se rue sur l’objet désiré, mais avec conscience du ridicule de la situation. Une fois la fièvre passée, l’ordre naturel, bourgeois donc et indiscutable, reprend la place qui lui est due.

S’il s’intéresse à son élaboration théorique en seconde partie de son œuvre dans Le mythe aujourd’hui, Barthes n’insiste pas sur un point pourtant central : qui fait le mythe ? Qui, physiquement ou symboliquement, fabrique le mythe et dans quel but ? Ce n’est pas ou plus l’auteur, Barthes, Garcin, nous ou un autre, qui ne fait que constater et confirmer. Entreprises de production industrielles et de médias sont au cœur du processus de création du mythe et d’une domination.

Sur le mythe, le public dispose d’un droit de regard aussi légitime que celui de ceux qui possèdent les droits légaux, donnée relative, discutable, changeante. C’est la réponse populaire à l’entreprise qui se projette de toute éternité future. Mickey est éternel. La Walt Disney Company, c’est à voir. Né dans et par un système capitaliste tout confiant, il y a de l’ironie et du réconfortant à voir le mythe prendre son autonomie et devenir collectif. Pas automatiquement bienfaisant, mais disponible, à nu, abordable. La marque est l’émanation de celui qui la créé et la vend, mais devient possession de celui qui la consomme, l’achète. Juste retour des choses.

Il faut considérer le mythe comme un matériau. Ses créateurs férus de bénéfices frais et de droits de la propriété intellectuelle doivent accepter que le mythe leur échappe. Donné aux consommateurs, penseurs, artistes, il leur appartient, est partie intégrante de leur culture, de leur vie, des références qui ponctuent leur conversation et leurs créations. Sont en germes chez Barthes des inventions aussi géniales que les franchises et les produits dérivés. Mais aussi, émanant du public imaginatif, la fan-fiction, le détournement, la parodie, l’hommage, la réappropriation. Dès lors que l’on est en présence d’un mythe, il n’est plus d’accusation de plagiat qui tienne, quoi qu’en pense des compagnies agrippées à la paternité de leur produit.

L'objet de consommation porte en lui la réponse au désir profond de normalisation de la part de chaque individu. Le coup de génie de l'industrie de consommation est d'avoir substitué à la recherche du rare et du précieux qui caractérise un objet artisanal à la recherche du standardisé, tout en réussissant encore à faire passer l'objet standard pour un objet précieux. Mais l’individu se veut aussi unique. La contrepartie à cette standardisation est qu’il puisse personnaliser, agencer, rédiger sa propre histoire vis-à-vis de l’objet-mythe.

Face au mythe comme argument de vente artificiel, contre la tendance à faire de l’idée de mythe elle-même un mythe, il convient de réaffirmer son caractère éminemment politique. Si l’entreprise veut la liberté de faire de tout un mythe, elle n’a pas d’autre choix que d’accorder la liberté à son mythe et la liberté du consommateur de soumettre le mythe à ses désirs. Si le mythe est inévitable, il est normal que nous le saisissions fermement, l’observions et le manipulions. Ce que nous n’allons pas nous priver de faire ici.

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