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Billet de blog 25 oct. 2021

Digitalisation des professions réglementées : pour le meilleur ou pour le pire ?

Les études d’universités ou de cabinets prestigieux leur promettaient un avenir sombre avec l’émergence de l’intelligence artificielle, de nombreux nouveaux acteurs du numérique attaquaient ces marchés avec la promesse d’une “disruption” et pourtant la révolution promise des professions réglementées n’a pas (totalement) eu lieu.

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Tout a commencé en 2013 quand deux chercheurs de l’Oxford Martin School de l’université d'Oxford (1), Carl Benedikt Frey et Michael Osborne, publiaient une étude retentissante sur l’impact de la robotisation et de l’intelligence artificielle sur le marché de l’emploi. Selon eux, 47% du total des emplois (aux États-Unis) risquaient de disparaître en 1 ou 2 décennies.

D’autres études sont venues confirmer ces prévisions ces dernières années comme celle du cabinet de conseil Roland Berger (2) en 2014 qui avance le chiffre de 42% des métiers qui présentent un risque d’automatisation forte du fait de la numérisation de l’économie.

Les différentes études sur le sujet ont un point commun : les professions réglementées semblent particulièrement menacées par l’émergence de l’intelligence artificielle : médecin, architecte, comptable, avocat, psychologue… Toutes ces professions sont régulièrement citées dans ces études.

L’arrivée de nouveaux acteurs bouleverse les professions réglementées

Les années 2010 sont synonymes pour les professions réglementées de l’affrontement entre l’ancien monde et le nouveau monde. Pas de jaloux, à chaque profession réglementée son “acteur disruptif” : les chauffeurs de taxi ont Uber, les avocats et juristes ont Legalstart et Captain Contrat, les auto-écoles ont Ornikar, les architectes ont Archionline et les experts-comptables ont Dougs, Indy ou Ça Compte Pour Moi.

D’un côté, les acteurs de “l’ancien monde” défendent leurs marchés, d’un autre côté les acteurs du “nouveau monde” essayent de s’y faire une place sans froisser les premiers cités et leurs lobbies parfois puissants.

La cohabitation se passe plus ou moins bien et les nouveaux acteurs trouvent leur place à coups de plateforme en ligne facile d’utilisation, de prix bas et d’automatisation des tâches.

Les nouveaux acteurs répondent à un réel besoin

S’il est difficile de comparer le marché des différentes professions réglementées, les nouveaux acteurs répondent souvent au même besoin : automatiser une partie des tâches effectuées par les professions réglementées et rendre plus accessible certaines prestations : c’est notamment le cas pour les prestations juridiques, comptables et pour les architectes.

Dans le cas des chauffeurs de taxi, la situation est différente. Uber, Free Now et Heetch ont profité de la réglementation permissive sur les VTC et de chauffeurs de taxi qui ont voulu le beurre, l’argent du beurre et toute la ferme et se retrouvent pris à leur propre piège de leur spéculation sur des licences pourtant gratuites.

La révolution n’a pas encore eu lieu

À mi-chemin de la disparition de ces professions, aux alentours de 2030 selon Benedikt Frey et Osborne, la révolution annoncée n’a pourtant pas eu lieu.

D’un côté les acteurs historiques des professions réglementées ont accéléré leur digitalisation et offrent de nouveaux services bienvenus : outils innovants, accompagnement premium et plus de transparence sur les prix.

D’un autre côté les nouveaux acteurs se heurtent au mur de l’automatisation et des prix bas. Les experts-comptables en ligne n’arrivent pas (ou peu) à automatiser la comptabilité des entreprises avec un chiffre d’affaires élevé et le conseil défaillant est souvent pointé du doigt. Les plateformes de prestations juridiques viennent concurrencer les avocats sur les documents juridiques mais beaucoup moins sur le conseil.

Et parce qu’on ne peut pas parler des professions réglementées sans parler d’Uber, on vous conseille de comparer les prix et la prestation de service entre Uber et les taxis en 2021. Les prix du géant américain se sont envolés en même temps que le service s’est dégradé. Quant aux chauffeurs de taxi, ils ont appris à sourire et les nouveaux services qu’ils proposent, grâce aux acteurs historiques comme G7, leur permettent à nouveau de gagner des nouveaux clients.

L’émergence de nouveaux acteurs s’accompagne parfois d’un business model critiqué et critiquable qui fonctionne grâce à des microentrepreneurs symboles de “l’ubérisation” de la société. Les startups qui fonctionnent sur ce modèle ne sont plus seulement critiquées par les acteurs qu’elles concurrencent mais également par une partie de la société française qui observe les conséquences de la précarisation du marché de l’emploi.

Les évolutions légales, arbitre du match

L’avenir des professions réglementées se joue, pour l’instant, plus sur le terrain juridique qu’économique.

Ce sont les décisions de justice qui pénalisent le plus les nouveaux acteurs du VTC comme Heetch ou Uber et qui ont failli causer la perte de l’auto-école en ligne Ornikar. Ce sont également les lois sur l’open banking qui facilite le travail des acteurs de la comptabilité.

Le risque pour les professions réglementées est de voir un nouvel acteur profiter d’un flou juridique ou de voir une énième loi de “simplification” ouvrir à plus de concurrence certaines activités.

Pour l’instant, la réponse à notre question initiale semble assez simple : la digitalisation des professions réglementées penche du côté du “meilleur”. Elle force les acteurs historiques à accélérer leur digitalisation avec de nouveaux outils mis à disposition de leurs clients tout en misant sur leurs points forts : l’accompagnement et le service. Les nouveaux acteurs ont aussi réussi leur pari : gagner des parts de marché et séduire une clientèle à la recherche d’un meilleur rapport qualité/prix. 

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