Petite mise en contexte

Commençons par rappeler le contexte dans lequel est née la Constitution de la Vème République. Si cette dernière est bien le fruit de la Seconde Guerre mondiale, elle fut cependant précédée par un court régime particulièrement fragile, véritable parodie parlementaire : La IVème République..

Au sortir du conflit, en 1945, la France se dote d'un gouvernement provisoire. Profitant du vide politique, les nouveaux dirigeants en profitent pour moderniser le pays, par le biais de mesures progressistes. Ou plus vulgairement : gauchistes. Une orientation particulièrement sociale qui aujourd'hui foudroieraient d'effroi le.a premier.ère macroniste parvenu.e.

L'Assemblée Constituante, fraîchement composée, dote le pays d'une nouvelle Constitution. Elle a également pour mission d'élire un chef du gouvernement. C'est le général Charles de Gaulle, qui depuis 1940 construit minutieusement son rôle d'Homme providentiel, qui est élu.

Dominé par d'ignobles Communistes et d'odieux Gauchistes, le gouvernement de De Gaulle peine à convaincre. Le grand Charles démissionne alors avec pertes et fracas, débutant le 20 janvier 1946 ce qui est connu comme sa ''traversé du désert''. Passage un peu forcé de tout homme politique qui se respect, avec plus ou moins de prestige. (Souvenons-nous de Nicolas Sarkozy entre 1995 et 1997). Durant douze ans, de Gaulle disparaît des radars, préparant sereinement son retour, dont il est de toute façon convaincu. Il profite de ce retrait de la scène politique pour mettre au point sa Constitution.

Le 27 octobre 1946 la IVème République est proclamée, et perdure péniblement jusqu'au 4 octobre 1958. En l'espace de 11 ans, 11 mois et 21 jours, se succèdent 25 gouvernements. Seuls 2 ont tenu plus d'une année, quand 9 n'ont pas dépassés les 41 jours. Il est estimé qu'un jour sur 9 une crise ministérielle éclate. Ce à quoi viennent s'ajouter les guerres de décolonisation. Alors que le pays s'enfonce dans la crise, le 13 mai 1958, en pleine guerre, le général Massu, à la tête du Comité de Salut Public en Algérie, lance un appel.

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Il initie un mouvement qui a pour objectif de favoriser le retour du général De Gaulle aux affaires. Les ''élites'' militaires, soucieuses de voir l'Algérie rester une région française, se tournent vers le seul homme qu'ils estiment capable de ramener la paix et l'ordre dans l'Empire. Comme en 1945, la légende de Gaulle est une réalité. Face aux pressions de l'armée, pour qui le général apparaît comme le sauveur de l'Algérie française, le 29 mai 1958 René Coty (savant mélange entre Dany Boon et Pierre Mondy), dernier président d'un régime en PLS, accepte de faire appel, selon ses termes, ''au plus illustre des Français''.

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Le 1er juin (comme par hasard), après un tour de force tout en douceur, de Gaulle prend la tête d'un gouvernement qui perdure jusqu'au 8 janvier de l'année suivante. Devenu président du Conseil, il gouverne 6 mois durant, par ordonnances. Tant qu'à faire. Puis le 3 juin il prend les pleins pouvoirs, devenant le seul maître à bord. Il a alors les mains libres pour établir une République à son image. Son but étant de mettre en place sa nouvelle Constitution, pour lui permettre d'asseoir définitivement son pouvoir.

Élaborée avec la collaboration de son fidèle Michel Debré, la Constitution de la future Vème République est rédigée durant ses années dans le désert, à Colombey-Les-Deux-Églises. Aussi connu comme la Forteresse de Solitude du général. Enfin, le 4 octobre, de Gaulle proclame la Vème République. Sans avoir consulté ni le peuple, ni les élus. C'est un coup d'état magistrale, sans violences autres qu'institutionnelles. Dans ses souliers d'Homme providentiel, mythe qui perdure encore aujourd'hui, il peut désormais s'éclater.

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Élu président au suffrage universel indirect, le 21 décembre 1958, il entre en fonction le 8 janvier 1959. Mettant fin de fait à son gouvernement. La rupture avec la bien moribonde IVème République, qui ne manquera à personne, est définitive.

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Voilà, comment le père de la Vème République a prit le pouvoir, pour instaurer un régime démocratique à son image. La République sous laquelle nous vivons depuis 61 ans fût créée par et pour le général de Gaulle. L'actuel mirage du mythe de l'Homme providentielle est donc éventé. Néanmoins, de Gaulle est ce que l'on peu nommer un ''despote éclairé''. Sous ses allures martiales, et par sa fascination pour le Second Empire, c'est avant tout du peuple qu'il souhaite tirer son pouvoir. Jamais avant lui, en France, l'ensemble des citoyen.nes n'avaient vraiment votés pour un président.

Suite au référendum du 28 octobre 1962, 62% des électeurices valident le suffrage universel direct. 4 ans après le coup d'état, la Vème République se présente sous un jour démocratique. Énormément inspiré du régime de Napoléon III, de Gaulle utilise fréquemment le référendum. Héritage républicain des plébiscites de Napoléon I et III, le référendum permet au général de légitimer son nouveau régime. Directement par les voix du peuple. D'ailleurs, la Constitution de la Vème République est écrite en ce sens : elle est l'arme du peuple face à l'autoritarisme.

La personnalité de de Gaulle se fond dès lors derrière les Institutions de la jeune République. En essayant d'en faire la propriété inaliénable du peuple. Mais ça c'était bien dans les années d'après-guerre, et après le désastre de la IVème.

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62 ans après la proclamation de la Vème, 50 ans après la mort du général, le mythe de l'Homme providentiel est aujourd'hui un anachronisme, propre à un régime présidentiel particulièrement fort, créée à l'image de son instigateur. Il est très clair que la Vème République a aujourd'hui atteinte ses limites.

Voilà donc le point de départ de la naissance de notre Constitution. Je vous propose donc de la (re)découvrir en détail, afin d'y comprendre pourquoi en 2020 notre Démocratie est en panne, et enchaîne les guignols au poste de président et dans les gouvernements successifs. Car l'héritage laissé par de Gaulle fût fait de telle sorte que le seul souverain de la nation est indubitablement le peuple. Non pas les privilégiés, les riches, les pseudo ''élites'', les hauts fonctionnaires où bien ceux élus par 10% de la population.

Non, les véritables souverain-es, ce sont les citoyen-nes. Ceux qui forment le peuple, la base, sa multitude. Et ce pouvoir qui nous est confié, sur lequel nous devons veiller avidement, réside tout simplement au cœur de la Constitution du 4 octobre 1958.

En bref, le vrai pouvoir, c'est nous.

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