L'affirmation de la souveraineté populaire

Avant d'attaquer pour de bon la Constitution avec son Préambule, attardons nous un peu sur les quatre phrases énigmatiques qui ouvre la loi suprême, présentes comme pour confirmer que celui qui décide, et bien c’est le peuple.

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Le gouvernement de Charles de Gaulle (qui rappelons-le a prit le pouvoir par la force en 1958) compose l’organe institutionnelle qui propose aux citoyen.nes d'opter pour une nouvelle constitution. Afin de vite oublier la catastrophe parlementaire de la IVème République.

Une caractéristique qui se retrouve dans la formulation suivante : ‘’Le Gouvernement de la République’’
Ce n’est en fait rien d’autre que se Gaulle et ses potos, habillés d'une dénomination qui sonne comme démocratique. Quand en douce un dictature se met pourtant en place.

‘’La loi institutionnelle du 3 juin 1958’’ vient établir la chute de la IVème République. Promulguée par un René Coty sur le départ, ce constat d'échec criant permet à de Gaulle de cumuler à peu près tous les pouvoirs, facilitant la mise en place SA république.

Il est donc dit que le gouvernement ‘’a proposé’’ au ‘’peuple français’’ cette nouvelle Constitution, qui signe l’acte de naissance de la Vème République. Le peuple a ‘’adopté’’ cette transition, lors du référendum du 28 septembre 1958. Avec 82,60% de Oui, pour une participation s’élevant à 80,63%, c’est un véritable plébiscite, une aubaine pour de Gaulle qui peut pleinement légitimer sa prise de pouvoir, et sa volonté de mettre en place une véritable République populaire,

‘’Le Président de la République promulgue la loi constitutionnelle dont la teneur suit :’’
Le gouvernement de Gaulle place le Président (alors René Coty) comme le seul décisionnaire de cette mesure. Bien qu’il vient seulement après le peuple. C'est là qu'éclate complètement le génie politique du général, qui parvient à réaliser un nouveau tour de force, en se fabriquant une légitimité institutionnelle et démocratique, qu'il a pourtant usurpé.

Cette introduction reflète totalement le rôle que de Gaulle veut donner au Président de SA République. Soit une présidence forte, où la loi suprême ne peut être modifié que sur décision du Président. Dès le départ le régime présidentielle de la Vème République est particulièrement vigoureux. Le Président de la France est par ailleurs, parmi toutes les démocraties confondues, l’un des plus puissants. Ce n'est pas un monarque, ce n'est pas un dictateur, mais il cumule énormément de pouvoirs. Ce qui à certaines occasions peut être paradoxalement dangereux pour la démocratie.

Des hyper-présidents comme Nicolas Sarkozy (2007 - 2012) ou ce tartuffe de Macron (2017 - .... ) affichent une soif de pouvoir qui met en lumière les limites de la République pensée par, et pour de Gaulle.

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Comme Président du Conseil, de Gaulle est déjà en train de s’emparer du pouvoir. Cette loi constitutionnelle prépare sini le rôle qu’il souhaite s’attribuer par la suite, et qui influence tous ses mandats. De 1958 à 1969, la France n'est autre que gaullienne. Cependant, ce qui démarque Charles de Gaulle de ses successeurs, c’est que par deux fois ce militaire de carrière a combattu l’obscurantisme nationaliste. En 14 - 18 et en 39 - 45. De ces expériences il retire un attachement marqué à l'idée de liberté.

Il abhorre en effet le fascisme et toute idée de dictature lui est insupportable. Il démarque très tôt son pouvoir très fort, de la nécessité de tenir son peuple d’une main de fer. Et sa Constitution va dans ce sens. Elle est prévu pour empêcher une prise de pouvoir personnel. Pas un paradoxe prêt, suite à mai 68, puis la défaite d’un référendum à première vu anodin (un projet de loi relatif à la création de régions et à la rénovation du Sénat) signe la fin du contrat de confiance entre le peuple français et le père de la Vème République.

Tenant compte de cela, de Gaulle en tire les leçons, et bon joueur il prend la décision de se retirer. Il démissionne, prend sa retraite politique, et meurt loin de tout tumulte, un an après avoir quitté le pouvoir.

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Par cette introduction il est établi que la puissance du Président ne peut exister qu'en étant contrebalancée par la conscience politique du peuple. Mais en perdant cette conscience, endormis à-propos par la bourgeoisie capitaliste, les pouvoirs se sont totalement déséquilibrés.

Aujourd’hui le Président, son gouvernement et les élus de son camps à l’Assemblée Nationale, imposent une direction. Une vision unique qui ne prend en compte que l'infime pourcentage d'électeur, et en ignorants totalement la gronde populaire. Pourtant, une manifestation, mini soit-elle, doit être prise au sérieux par le pouvoir. Peut importe les revendications, que l’on soit d’accord ou non avec, elles sont nécessaires au bon fonctionnement de la démocratie.

Du moment où une tendance reflète une partie de la population, infime soit-elle, elle doit être étudiée et des réponses, positives où négatives, doivent être apportées par les élus, et débattus en public. Pourtant, nous entrons aujourd’hui dans les confins des limites d’une Vème République qui n’a jamais été autant sur le poids de craquer. La faute à des petits despotes de pacotilles, aux vues étriquées et aux PROJETS anti-démocratiques, anti-républicains, qui refusent de se remettre en question.

Cependant, dans ces trois phrases qui introduisent l’important contenu de la Constitution d’octobre 1958, tout est déjà dit. L'implication prépondérante du peuple, contre-pouvoir populaire d'un Président fort, qui ne doit agir qu’avec l‘aval de son peuple. Il faut se souvenir que cette loi régit ce qu'est la France comme société. Avant d'être une nation avec ses valeurs, ses traditions, ses coutumes, tout ça tout ça... La Constitution est en effet pensée de manière à prendre en compte l'immensément riche diversité du pays.

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