Un mois de Juin en flèche, et scandales !

Et voilà que le mois de juin est passé aussi vite qu'une fusée. L'équipe de France a perdue, mais ce n'est pas le plus important : après tout, à chacun son tour. Après la finale en 2006, les Italiens et les Français se sont fait éliminer au premier tour. Une équipe sur deux sort dès les matchs de poule. C'est ainsi. Le mois de juin aura aussi et surtout vu l'éviction de Stéphane Guillon et Didier Porte de France Inter. Là encore, rien de surprenant : à chaque fin de saison, une radio renouvelle une partie de sa grille des programmes. De ces derniers, seuls ceux qui font succès restent à l'antenne.

Mais voilà que le bas blesse : les deux humoristes font presque l'unanimité parmi les auditeurs. Mieux : la rubrique de Guillon est la tranche horaire la plus appréciée, la plus écoutée. Pour beaucoup, c'est le moment de souffler, d'évacuer le stress et la colère face à ces dirigeants sans scrupules et corrompus jusqu'à la moelle. Bien évidemment, le verbe est acide, la plume parfois empoisonnée (dixit Arielle Dombasle). Il en va ainsi de l'insolence et de l'humour affuté. Celui dont on a tous tellement besoin. Car ce défouloir est un service rendu aux politiques, sans qu'ils n'aient l'intelligence de s'en rendre compte : le défouloir calme le risque d'insurrection, assèche le réservoir à colère de tout un chacun.

Mais allez demander à des élus du peuple de comprendre le peuple, alors que la plupart ne le fréquentent plus depuis bien longtemps. Bien sûr, je pense en premier lieu à Nicolas Sarkozy, le premier nain de France, celui qui a télécommandé l'éviction des deux humoristes. Mais je pense également au félon aux nez de fouine, Éric Besson, la taupe du FN incrustée dans un premier temps chez les socialistes, puis dans le gouvernement le plus réactionnaire depuis Vichy. Ce Monsieur avait été choqué par la rubrique de Stéphane Guillon. Rien d'étonnant que de voir un abysse d'humour chez quelqu'un de cette espèce, dont les rats même ne voudraient pas dans leur terrier. Plus étonnant pour ceux qui ne connaissent pas le fond du personnage, DSK avait été outré d'entendre que l'on puisse rire de ses déboires conjugaux. Lui, le coureur de jupons fumeur de cigares - au sens propre, personnage public à la stature désormais mondiale, n'a pas compris la légitimité de l'humour face à une réputation dont il est pourtant le seul instigateur, de par ses actes avoués. Imaginez-vous ça une seule seconde ? Les Guignols de l'Info ne se sont pas privés, à l'instar de Guillon, pour rire de l'infidélité de DSK. Tout comme ils ont ri de Tiger Woods, ou encore de Franck Ribery. Ça serait un comble que les humoristes fassent une telle impasse.

Sarko, Judas et DSK blessés, la peau de Stéphane Guillon était faite, ses jours comptés. Mais c'est là que notre Président n'avait pas tout prévu : le peuple aime rire et ne tolère pas qu'une radio du service public méprise son public, financier des programmes de par la redevance. Lettres de protestation à la pelle, plainte, manifestation unique en son genre, pétition : les actions se multiplient afin de faire céder les dirigeants de Radio France et France Inter.

 

Les deux hommes ont été nommés par Nicolas Sarkozy il y a un an. Le premier, Philippe Val, éminence de Charlie Hebdo à sa fondation, homme autoproclamé "de gauche", a rejoint les rangs des admirateurs d'Éric Besson. Fut-il réellement, un jour, de gauche ? La question mérite d'être posée quand on sait qu'il disait de Brassens "c'est un anarchiste de droite". À croire qu'il a toujours confondu sa droite de sa gauche.

Le second, Jean-Luc Hees, fut un journaliste, de ceux qui n'hésitent pas à déplaire au pouvoir en place. D'enfant battu de France Inter - il en avait été viré - il en devient le père fouettard. Belle reconversion. Aujourd'hui. Il compte sur "la mémoire de poisson rouge des auditeurs, qui auront tout oublié à la rentrée". On apprécie.

 

Mais peu importe le casting : les dés étaient pipés. Le licenciement des deux humoristes été négocié en échange de leur nomination. C'est politique. Que Dominique de Villepin ait eu le syndrome Gille de la Tourette ou non, Didier Porte aurait été évincé à la première occasion. Stéphane Bern aura beau tout faire et tout dire pour garder son chroniqueur, ce n'était pas envisageable puisque les dirigeants de la radio ont enfilé l'anneau qui, maintenant, les enfile. Quant à Nicolas Demorand, l'homme applaudi Stéphane Guillon pour sa dernière rubrique mais n'ira pas plus loin dans la contestation. Deux semaines plus tard, il quitte France Inter pour Europe 1. Que restera-t-il à Val et Hees pour septembre ?

 

En attendant, Canal + conserve la rubrique de Guillon dans "Salut les terriens" de Thierry Ardisson. On les remercie, comme toujours, et on espère désormais que la pétition sera signée par un maximum de monde, à cette adresse :

 

Pétition pour une radio publique indépendante

 

 

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