Iran : les entreprises françaises à la botte de Donald Trump

Coupe du monde 98, les Etats-Unis et l’Iran s’affrontaient sur un terrain de foot. 20 ans plus tard, le match n’a plus rien d’amical. Et les dommages collatéraux s’accumulent… notamment les entreprises ayant noué des relations commerciales avec l’Iran. Si les Total, Engie et autres PSA ne les stoppent pas, l’arbitre Donald Trump pourrait bien leur infliger un sévère carton rouge.

A quelques heures du lancement de la Coupe du monde de football 2018, voici une anecdote qui fait réfléchir sur l’évolution de la diplomatie américaine… Il y a 20 ans presque jour pour jour, lors de la Coupe du monde 1998, les américains et les iraniens s’étaient retrouvés pour la première fois sur le même terrain, la pelouse lyonnaise du stade de Gerland. Beaucoup de spectateurs, à l’image de Ahmad Fazeli, caviste installé à Lyon et cité par France 3-régions, voulaient voir dans cette rencontre sportive le symbole d’une « amitié renaissante » entre les deux Etats. Ce match, soldé par la victoire de l’équipe de la République islamique d’Iran, s’était déroulé sans heurts… les spectateurs américains reconnaissant le mérite des joueurs iraniens. Deux décennies plus tard et l’arrivée d’un président ultra-nationaliste à la tête de la première puissance économique mondiale, l’espoir d’un apaisement vacille à nouveau.

Le 8 mai dernier, Donald Trump a en effet annoncé le retrait de son pays de l’accord de Vienne signé en 2015. Il s’agit du texte sur le nucléaire iranien. Cet accord autorise l’Iran à investir dans l’énergie nucléaire mais restreint fortement son utilisation au nucléaire civil. La décision du président américain était attendue. Et la venue d’Emmanuel Macron à la Maison Blanche fin avril n’y a rien changé.

L’extraterritorialité du droit comme arme économique

Si ce retrait signifie le retour des sanctions financières appliquées par l’Amérique à l’Iran, il a également de lourdes conséquences pour l’ensemble des entreprises ayant un lien avec ce pays, qu’elles soient américaines ou non. En restant sur le sol iranien, ces dernières risquent désormais d’être (sévèrement) inquiétées par la justice américaine. En vertu de l’extraterritorialité de sa législation anti-terroriste, anti-corruption ou fiscale, la justice américaine est apte à s’intéresser à n’importe quelle société dès lors que celle-ci a un lien quelconque avec les Etats-Unis. Cela peut être un lien financier ou capitalistique, mais pas seulement. Une entreprise ayant des salariés de nationalité américaine, utilisant un serveur de stockage d’une firme états-uniennes, ou encore effectuant une transaction en dollars peut tomber dans le giron d’une Cour américaine.

Et le risque de sanctions est bien réel… En atteste les déboires de BNP Paribas en 2014. Pincée pour avoir contourné plusieurs embargos portant sur 4 pays dont l’Iran, la banque avait alors accepté de régler une amende de 8,97 milliards de dollars (6,6 milliards d’euros) afin d’éviter les poursuites judiciaires. Les bénéfices de BNP Paribas lui permettent de payer une telle ardoise, mais ce n’est pas le cas de tous les établissements bancaires. Pour éviter de s’attirer les foudres de la justice et de l’administration fiscale américaine, certaines banques françaises refusent d’ouvrir un compte aux ressortissants français sous prétexte qu’ils sont bi-nationaux.

On comprend donc aisément pourquoi plusieurs entreprises françaises ont décidé de rompre leurs partenariats avec l’Iran. Ainsi, dès le 16 mai, soit une semaine seulement après l’annonce de Donald Trump, Total pliait bagage. Le géant de l’énergie annonçait renoncer à un projet gazier. Le 18 mai, Engie a décidé de rappeler ses ingénieurs travaillant pour des clients iraniens. Plus récemment, le 4 juin, c’est PSA qui a fait part de son départ. Pour ce dernier, le manque à gagner est plus important car, comme le souligne Le Monde, le constructeur est très bien implanté en Iran. En 2017, il y a vendu près de 450 000 véhicules, faisant de ce pays son premier marché étranger devant la Chine (380 000 unités) et le Royaume-Uni (280 000). 

Depuis, la France, l’Allemagne et le Royaume-Uni ont appelé Donald Trump à épargner les sociétés européennes présentes en Iran. Insuffisant semble-t-il pour rassurer Total, PSA et Engie qui maintiennent leur décision. Preuve que les firmes transnationales françaises ont bien compris qu’elles s’exposaient à un jeu périlleux en se mettant à dos la première puissance économique mondiale.

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