Alerte climat (politique) : L'ouragan TINA s'abat sur la France.

Depuis dimanche 23 Avril, l'ouragan TINA ("There Is No Alternative") s'abat avec violence partout en France. Sortir le bout de son nez sur la place publique, c'est risquer de s'attirer les foudres des partisans du vote utile. Décryptage de cet ouragan et de ses conséquences une fois qu'il sera passé.

"Une seule solution, voter Macron". Tel est le message qui passe en boucle dans les médias depuis que l'ouragan TINA a atteint les côtes françaises, dimanche dernier vers 20h. L'arrivée de cette tempête était prévue et n'aura pas étonné. Par contre, sa magnitude exceptionnelle (cyclone de catégorie 4) a de quoi laisser songeur. Est-ce bien la cause antiraciste qui souffle si fort sur toute la société pour pousser Macron au pouvoir ? Il n’est peut-être pas superflu de se poser la question pour éviter de s’entredéchirer à gauche.

Derrière l'unanimité républicaine apparente....

L'injonction à voter Macron a de multiples ressorts. Bien entendu, le barrage au FN et à son idéologie raciste en font partie. On ne doutera pas de la sincérité avec laquelle certains militants de gauche vont s'y résoudre avec l'unique motivation d'empêcher Marine Le Pen d'accéder au pouvoir.

Cependant, derrière les ralliements publics à Macron, on peut subodorer d'autres motivations. Peut-être faudrait-il analyser ce qui peut bien amener la droite anti-immigration (Estrosi, Sarkozy & cie) et un ancien 1er ministre réactionnaire (Valls) à communier ensemble dans le "front républicain" face au Front National, la lutte antiraciste ?

Comme je l'écrivais dans mon précédent article, ces derniers auraient sans nul doute invoqué le même "front républicain" face à la France Insoumise en cas d'accession au second tour de ce mouvement face à un des "tenants du système". D'ailleurs, les médias dominants, en bons chiens de garde, avaient déjà préparé le terrain en repeignant Jean-Luc Mélenchon en affreux dictateur totalitaire.

...l'ouragan TINA

Mais, comment caractériser ces fameux "tenants du système" ?
Au-delà de leurs différentes étiquettes, c'est la bannière TINA ("
There Is No Alternative", slogan politique de Margaret Thatcher) qui les rassemble. Et si la déferlante anti-Le Pen est aujourd'hui aussi forte, c'est qu'elle cache en réalité un phénomène météorologique pro-Macron : l'ouragan TINA.

En analysant les commentaires médiatiques, on s'aperçoit que ce qui est reproché à Marine Le Pen n'est pas tant les relents xénophobes de sa politique que son discours proposant une alternative au système en place (motivation dont on peut d'ailleurs douter). Et c'est bien ce qui doit nous déranger à gauche quand on sait qu'une bonne partie du programme économique du Front National (qui originellement était celui du Thatcherisme) est aujourd'hui directement siphonné des programmes de gauche (alternatives à l'économie de marché).

Autrement dit, la candidature du FN est aujourd'hui une opportunité exceptionnelle pour démontrer qu'aucune alternative au système n'est possible, qu'il y a "une réalité" avec laquelle il faudrait savoir composer et qui limiterait le champ de l'action politique à simplement accompagner la mondialisation et l'économie de marché (positionnement politique de Macron). Le libre-échange serait aussi naturel et indépassable que les phénomènes météorologiques....et l'ouragan TINA, un phénomène météorologique parmi d'autres. A quoi bon s'en préoccuper ? C'est ainsi, il n'y a pas d'alternatives pour eux. L'émergence du FN au 2nd tour permet ainsi de le consacrer dans une unanimité de toute la société derrière Macron.

Vous allez me dire, et alors ? Ce n'est pas parce qu'on vote de la même façon que Sarkozy qu'on est son allié objectif ! Effectivement, pas de faux procès de ce côté-ci (pour exemple, le Non au référendum de 2005, porté par différents partis, n'avait pas le même sens).

Cependant, il ne faudrait pas oublier le contexte actuel qui rend cette communion au côté des tenants du TINA des plus dangereuses.... Le vote utile (aussi inconfortable soit-il pour quelqu’un de gauche) a la vertu de vous placer dans l'œil du cyclone TINA, lieu de relative quiétude face à la déferlante actuelle. Néanmoins, il ne doit pas empêcher de réfléchir à ces conséquences....

Le jour d'après l'ouragan TINA....

Nous l'avons expérimenté en 2005 avec le référendum (ouragan TINA catégorie 3), vu au moment du Brexit (ouragan TINA catégorie 4) et lors de l'élection de Trump (ouragan TINA catégorie 5), le cyclone TINA a de plus en plus de mal à souffler sur toutes les couches de la société..... et à remporter l'adhésion (plus ou moins enthousiaste) de la majorité de la population. On peut donc supposer qu'une majorité de la société sera bientôt hors de portée de l'ouragan TINA, quelle que soit sa force.

Qui restera-t-il alors pour proposer "une alternative" aux tenants du système ?
La réponse peut paraitre simpliste mais vaut qu'on s'y attarde : ceux qui auront construit une alternative jugée "crédible" (à laquelle on peut croire), c’est-à-dire les mouvements qui susciteront l'adhésion de tous ceux qui veulent voir les "tenants du système" sombrer et en qui on peut faire "confiance" pour qu'ils le fassent. Cette crédibilité et cette confiance ne seront pas celles d'un programme (malheureusement) mais celles de la "vertu anti-système" d'une figure politique. Pour preuve, Trump a remporté l'adhésion des défiants du système principalement sur l'argument qu'il était incorruptible puisqu'il était déjà milliardaire alors que sa rivale avait déjà accepté son argent lors de campagnes précédentes.

En bref, il faudra faire preuve de vertu, se montrer comme une vraie alternative (et de gauche) et qu'elle soit reconnue en tant que telle par toutes les personnes défiant les tenants du système. On pourra reconnaitre que commencer par communier à côté de ceux-ci lors de l'élection de Macron n’est peut-être pas la meilleure des choses en termes de crédibilité.

....qu'il ne soit pas celui du FN

Faire face à l'ouragan TINA me semble des plus urgents. Jean-Luc Mélenchon s'y est employé malgré la violence des bourrasques. Le temps manque pour s'organiser collectivement et la pression est forte pour se positionner officiellement à côté des tenants du système.

Voter Macron, est-ce bien notre intérêt en tant que force politique souhaitant proposer une alternative de gauche ? Que la question reste en débat me semble être aujourd'hui l'essentiel. Respecter qu’on puisse y donner des réponses différentes, une condition sine qua none pour une future alternative de gauche.

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