Pas chic : Vogue et Karl Lagerfeld mettent la fourrure à la une

L’édition du mois de septembre du magazine VOGUE est toujours un événement dans le monde de la mode. Véritable bible de l’industrie, elle donne le la des tendances à venir.

Pourtant, la dernière édition n° 960 etait surtout une véritable vitrine promotionnelle à peine voilée de l’industrie de la fourrure.

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Depuis longtemps une partie du monde de la mode apporte son plein soutien à une industrie pourtant notoirement cruelle dont le mode de production consiste à confiner des êtres sensibles dans des cages avant de les gazer ou de les électrocuter, puis les écorcher.

Un cycle industriel de mise à mort, on parle de 150 millions d’animaux l’année dernière,  soutenu par VOGUE.

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Pourquoi un tel fanatisme pro fourrure ?

La fourrure représente une poule aux œufs d’or pour l’industrie de la mode : mettre un empiècement de fourrure véritable à un vêtement parfois très banal apportera une valeur ajoutée et fera facilement décoller son prix de vente.

Le poids des annonceurs est également évident

Dans l’édition dont nous parlons, les 105 premières pages sont des publicités dont une grande partie présente des vêtements en fourrure.

Une fois les 105 premières pages péniblement tournées, le premier contenu rédactionnel s’affiche : une interview de la top model Raquel Zimmermann illustrée par des photos de la miss … en fourrure bien sur que l’on imagine véritables.

En effet, le magazine évite soigneusement de mettre en avant la fausse fourrure, pourtant la seule tendance forte de l’année.

Sur 380 pages, 207 sont des publicité soit 55 % du contenu. A cela s’ajoute un encart cartonné de 10 pages.

On imagine la manne financière pour VOGUE.

Le reste du contenu de la revue est consitué la plupart du temps de rubriques shopping c’est à dire de publicités déguisées.

Et puis vient le reportage star de cette édition. Une série photo  born to be wild spéciale fourrure produite par la rédactrice en chef elle même, Emmanuelle Alt, atteinte elle aussi du « syndrome Anna Wintour », la fameuse patronne du Vogue USA responsable du retour de la fourrure dans le monde de la mode.

Le tout est suivi d’une conversation qui se voulait « poilante » (on notera ce jeu de mot tragique : fourrure – poilante) d'un Karl Lagerfeld qui n’en finit pas d'être embarrassant.

Des propos un poil désolants

Karl Lagerfeld a déclaré récemment qu’il n’écoutait personne, ce qui revient à dire qu’il parle tout seul.

Qu’attendre d’un homme enfermé sur lui même ? Le kaiser de la mode craint surtout d’être politiquement correct. 

Aujourd’hui tout est interdit ! s'emporte t-il. Utiliser de la fourrure serait donc son dernier espace de liberté autorisé.

Karl Lagerfeld ne s’impose aucune limite  et s’inquiète plutôt du manque de disponibilité de certaines peaux. Ensuite Karl Lagerfeld utilise la fausse comparaison cuir = fourrure.  

On fait des vêtements en cuir et ça semble gêner personne. Ce n’est rien d’autre que de la fourrure épilée !

Pourtant quelqu’un qui travaille dans le textile depuis si longtemps devrait savoir qu’il s’agit bien de deux industries différentes sans comparaison. Le cuir est disponible car issu de l'industrie de la viande (des milliards de pauvres vaches consommées par l'humain) : cette réalité pas forcément glorieuse n’est pas créée par l’industrie de la mode contrairement à la réalité de la fourrure (et cuirs exotiques) qui elle existe pour le monde de la mode. Réduire le nombre de victimes animales devrait être une priorité lorsque c'est si simple.

Le reste des propos vaut son pesant d’or. La fourrure est une industrie (…) devrait-on mettre cette industrie au chômage ?  Bon samaritain Karl Lagerfeld refuse de mettre au chômage les fourreurs mais ne pense pas soutenir l'activité économique d’autres branches plus éthiques comme celle de la fausse fourrure.

Et pour finir une perle...

Est-ce que les associations ont assez d’argent pour entretenir les gens qui vivent de la fourrure ?  Je ne tue pas d’animaux domestiques que je sache !

Les propos de Karl Lagerfeld sont indignes.

Après des années de progression, l’industrie de la fourrure se retrouve de nouveau dans l’incertitude. Elle ne communique qu’avec les chiffres exceptionnels de l’année 2013. Aujourd'hui de nombreuses marques se remettent à la fausse fourrure. Désireuses d’échapper au sempiternel débat de société sur la condition animale et au bad buzz qui en découle, la fausse fourrure reste la seule option satisfaisante pour qui veut proposer ce genre d'articles dans ses collections.

L’impact environnemental lié à la production de fourrure véritable

Un fait peu connu du grand public est le coût environnemental de la fourrure véritable.

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En Asie le traitement chimique des fourrures a détruit littéralement les cours d’eau de la province du Hebei  (au nord de la Chine)

Au Canada ce sont les élevages intensifs de visons qui ont considérablement dégradé les écosystèmes locaux.

La fausse fourrure est de retour 

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Signe des temps : aujourd’hui la marque de fourrure shrimps est la plus branchée du moment. Elle n’utilise que des fausses fourrures de luxe. Hannah Weiland, 25 ans, sa créatrice affirme qu’elle retrouve dans la fausse fourrure le même niveau de douceur, de qualité et de chaleur.

Alors que la fashion week commence à Paris, il est temps que l’industrie de la mode privilégie l’intelligence plutôt que l’arrogance.

La créativité et le talent peuvent aller de pair avec l’empathie et le respect du vivant. Certains l'ont bien compris. Qu'attendent les autres ?

 

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