Un pavé dans la mare (A propos de la démission de Nicolas Hulot)

Depuis la démission de Nicolas Hulot, je regarde émerger un micro-phénomène sur mes réseaux et dans les médias, mi-amusée mi-horrifiée. Un mélange délectable de « sa démission, quel courage », « tu as vu comme il était ému sur France inter » et « comme il a bien pleuré à la tribune… ». Il devient petit à petit Hulot-le-héros. Mais oui, « il a quand même fait des petites choses, après tout ce n’est pas sa faute, c’est les autres ». Évidemment, avec François de Rugy pour le remplacer - qui met au passage la pleine lumière sur la mascarade totale qu’est ce ministère au sein d’un tel gouvernement - on a envie de pleurer Hulot-le-sincère.

Ce qui est grave, c’est que cette compassion et intérêt soudains pour les faits et gestes de Hulot masquent son énorme responsabilité. Je ne suis pas prête de pleurnicher sur son triste sort !
Première question : comment un écolo convaincu pouvait-il imaginer, après une campagne où le thème de l’écologie était presque totalement absent, que Macron lui laisserait faire quoi que ce soit d’ambitieux ?
Deuxième question, pire encore : comment un écolo véritable peut-il encore croire qu’une politique de transition écologique est compatible avec une politique néo-libérale capitaliste à laquelle Macron n’a jamais caché son allégeance ? C’est un peu n’importe quoi, non ?

Et surtout, ce n’est pas un acte sans conséquence. La réalité c’est que Hulot-l’émotif a prêté bien volontiers, je dirais même qu’il a vendu, son image pendant un an à Macron, ce qui a permis à ce dernier de se prétendre écolo tranquille en ne faisant absolument rien. Résultat, nous avons perdu un an, durant lequel des « macronistes verts » (je ne sais toujours pas ce que c’est mais j’en ai rencontré) ont pu nous dire « Ben non attends, y a Hulot, ça change tout, c’est PRA-GMA-TIQUE ». Un an c'est beaucoup vu l'urgence et l'ampleur du chantier. C’est très grave et je vis vraiment mal qu’on se mette à larmoyer sur Hulot-le-vendu. S’il avait été courageux, il n’aurait jamais accepté ce poste et il aurait passé un an à combattre à nos côtés la politique mortifère et inégalitaire de Macron et ses copains. Il aurait donné son énergie à organiser la lutte.

Et il n’aurait très certainement pas dit sur France Inter que Macron est un type super, Philippe aussi, qu’il leur reste loyal et compagnie, tout en disant que leur politique marchande est incompatible avec l’écologie. Ciao Hulot-le-démago. Sans regret.

Maintenant on se réveille et samedi on marche tou-te-s ensemble pour le climat ?

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