Está tudo bem. Quelques mots sur le Portugal.

On ne parle pas beaucoup en France de ce qu’il se passe au Portugal depuis la formation du Gouvernement d’Antonio Costa en 2015… En revanche, c’est Matteo Salvini par-ci et Matteo Salvini par là. Bon.
Bref rappel des faits : les législatives d’octobre 2015 sont remportées par la coalition de droite mais l’ancien maire de Lisbonne, Antonio Costa, décide de faire une alliance de folie entre le PS, le Parti communiste portugais et le Bloc de gauche, ce qui entraîne que la droite perd sa majorité absolue. Il faut donc… cohabiter ! Le Premier ministre devient Antonio Costa, sous la présidence aujourd’hui de Marcelo Rebelo de Sousa, du Parti social démocrate.
Ce nouveau gouvernement d’alliance de la gauche entame tout de suite une politique de relance, à rebours complet du dogme austéritaire, hégémonique dans les institutions européennes. Le budget annoncé par le Portugal fait grincer des dents à la Commission, qui, évidemment, dès juillet 2016, entame une « procédure de déficit excessif » (petit bijou prévu par l’article 126 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne), pouvant mener à des amendes… Sauf que.

Quelques années plus tard, le déficit budgétaire portugais a fortement diminué et la croissance (comme on l’aime !) a bondi, c’est une des meilleures de la zone euro. Une des premières mesures du Gouvernement fut l’augmentation du Salaire minimum, renouvelée chaque année, ensuite, des baisses de cotisations pour les employeurs, l’augmentation des retraites et allocations familiale, un renforcement du droit du travail (pas de flexibilitéééééé), un arrêt des privatisations de services publics, le temps de travail à 35 heures. Le budget 2019 comporte un allègement de l’impôt sur le revenu, la poursuite du dégel des promotions dans l’administration, l’augmentation encore plus poussée des petites retraites. HÉÉ ! c’est comme le programme de Macron, mais inversééé ! Niveau écologique, ce n’est pas si mal non plus, enfin, en tout cas par rapport niveau plutôt placé très bas chez nous. En mars 2018, le Portugal a produit plus d’électricité par des énergies renouvelables qu’il n’en a consommé. C’est Byzance ! Ce qui est encore plus impressionnant, c’est que ce changement de mode de production s’est traduit pour les gens par une baisse de leur facture (Le MWh est passé de 43,93 euros en mars 2017 à 39,75 euros, soyons précise). La même chose s’est produite à Copenhague par exemple, depuis longtemps.

Certains journaux, et ils sont rares (je vous invite à faire une recherche « actualités » avec les mots clés « politique » + « Portugal », la page des résultats est quelque peu désertique), parlent de « petit miracle Portugais ». Au moins, oui ! Les projections des instituts statistiques misent sur un chômage portugais de 7% en 2019, le plus bas depuis 15 ans. Chez nous c’est la constance ou la hausse qui règnent. Evidemment, la Commission a abandonné la procédure de déficit excessif entre temps. Whooupsy.

Ce que je trouve le plus intéressant, c’est que malgré ce contexte qu’il ne faudrait surtout pas transformer en une douce utopie, le climat social reste tendu au Portugal. Beaucoup de grèves continuent dans différents secteurs. Par exemple, les infirmier.e.s ont fait de nombreuses grèves partielles en 2018, avec pas mal de jours d’arrêt de travail complet aussi. Les travailleur.se.s restent vigilant.e.s et s’organisent pour que le Gouvernement aille au bout de ses promesses et ne laisse pas tout tomber au bout de cinq minutes parce que « Bruxelles est méchaaant » (COUCOU François H.). Les gouvernants ne font jamais rien sans pression.

Bref, le mépris de nos médias pour le Portugal, même par rapport à l’intérêt porté à Podemos ou Syriza, est tout à fait dégoûtant il me semble… Pourtant, imaginez, si c’était ce genre de politiques qu’on expérimentait à un niveau bien, bien plus grand, comme l’Union européenne ? Si on votait malin en mai prochain (rime) ? Si on faisait en sorte que le prétexte « Bruxelles nous embêêêêête » disparaisse et qu’au contraire, le Parlement européen devienne notre allié et qu’il se mette à embêter Macron et consorts ? Alleeez.

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