Le #SparadrapGate ou un cyberharcèlement sexiste et raciste de plus

La France. Ce pays merveilleusement bien en paix avec ses identités culturelles, ses religions, ses genres, ses couleurs, ses ethnies.

Une femme noire - en l'occurrence Rokhaya Diallo - ose prendre l'exemple des pansements adhésifs de "couleur chair" (ie beiges, roses ou blancs) en vente dans les supermarchés pour souligner un problème plus large. La difficulté de trouver des produits de consommation courante adaptés aux personnes non-blanches dans la société française : inadaptation des produits vendus à la couleur de leur peau, à leur cheveux, sous-représentation permanente. Et immédiatement est né le #sparadrapGate. Petit nom attrayant pour désigner sur Twitter l'avènement d'un phénomène banal à en crever : un déferlement de commentaires teintés ou carrément imbibés de haine raciste et sexiste à destination de ladite personne.

Instant décorticage - dans le florilège habituel que constitue la réaction des dominants quand des minoritaires ont l'outrecuidance de parler de ce qui les concernent, on retrouve (classement anarchique) :

- le très précieux "vous-vous-trompez-de-combat" et "c'est-pas-ça-l'urgence" ou "whitesplaining", pétri d'intentions louables (comme le "mansplaining" qu'on a vu fleurir pendant le #MeToo où des hommes vachement bien informés sont venus nous expliquer comment on devait se sentir quand on se fait harceler, agresser ou violer, parce que notre manière ne convenait pas).

- les insultes franchement racistes (le genre de trucs fastoches que Christiane Taubira a essuyé pendant tout son mandat. No comment, c'est beaucoup trop nul).

- l'ironie, le sarcasme, destiné à décrédibiliser l'auteur.e (en général, on ressort un truc dont le lien avec le propos est au mieux discutable, au pire totalement hors-sujet, provenant du passé de la personne, un truc comme : "Mais attend, en 2011, j'ai vu Rokhaya Diallo porter un pansement rose sur son bras gauche, elle n'était donc pas totalement contre à l'époque...")

- L'injonction à corriger soi-même l'injustice au lieu de se plaindre tout le temps ("Hé Rokhaya, pourquoi tu ne montes pas ta boîte de cosmetics ?! Start Up Nation !!")

- et mon petit préféré : celui ou celle qui est allé.e dénicher l'exception absolue pour faire taire le phénomène pourtant massif dénoncé. En l'occurrence, on a bien vu passer la petite photo prise dans un supermarché d'une boîte de pansements pour "peaux mats ou bronzées". (Pour continuer le parallèle, combien de fois a-t-on entendu parler des femmes qui agressent sexuellement des hommes pendant le #MeToo malgré des statistiques écrasantes ?).

 

Tout cela tourne rapidement au cyberharcèlement, ce que Rokhaya Diallo a expliqué (1). Toujours en comparant avec #MeToo, combien de féministes ont quitté les réseaux parce qu'elles ne pouvaient plus faire face au torrent de haine reçu chaque jour ? (Caroline de Haas (2), Valérie CG alias "Crêpe Georgette" etc.). Au delà du #MeToo, il s'était produit exactement la même chose lorsque Caroline de Haas avait osé parler de l'aménagement urbain (éclairages, largeurs des trottoirs) comme l'un des éléments pour lutter contre le harcèlement de rue (3).

 

Bref, je suis fatiguée, je n'ai pas de conclusion pertinente à proposer. Parce que Rokhaya Diallo le fait beaucoup mieux.

Vivement le week-end.

 

(1) A LIRE ! https://www.buzzfeed.com/rokhayadiallo/le-sparadrapgate-montre-comment-les-specificites-physiques?utm_term=.vqrzZem6b#.vazjemz4N

(2) https://www.marianne.net/debattons/editos/caroline-de-haas-quitte-twitter-encore-une-victoire-pour-les-laches-anonymes

(3) http://lelab.europe1.fr/harcelement-de-rue-a-la-chapelle-caroline-de-haas-propose-delargir-les-trottoirs-3337751

 

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