Lettre à Monsieur Alain Finkielkraut et à ses soutiens

Cher Alain Finkielkraut, chers soutiens d’Alain Finkielkraut,

Depuis quelques jours, les réseaux et la presse s’enflamment parce que vous vous êtes fait écarter dans le chahut par les occupants de la place de la République, par cette France qui se soulève et qui ne ressemble pas beaucoup à la vôtre. Un drame innommable. Vous avez eu d’ailleurs l’insulte très rapide à l’encontre de ces agitateurs intransigeants, ajoutant à la confusion et à l’incivilité de cet insupportable événement.

Insupportable oui, car vous, Monsieur Finkielkraut, durant votre existence, vous n’avez pas dû souvent vous voir refuser un accès, dans cette société qui vous est taillée sur mesure, qui vous invite sur tous les plateaux, qui s’enquiert sur tout et pour tout de votre avis éclairé. Vous jouissez, tout simplement, de vos droits. Vous n’avez pas souvent dû voir des portes se fermer devant vous, sentir le sol se dérober sous vos pieds. Les maisons d’édition et les médias ne refusent jamais de vous donner la parole, les journalistes ne vous la coupent pas et les contradicteurs vous contredisent en chuchotant. Vous n’avez pas souvent dû sentir que vous ne « cadriez pas », être discriminé lorsque vous cherchiez un logement, un emploi, ou lorsque vous prétendiez user d’un droit en toute égalité avec vos concitoyens.

Alors que cette France qui se sent perpétuellement exclue, manipulée, discriminée, ou qui veut simplement cesser d’être dupe, ose vous bousculer un peu, forcément, ça prend des allures de psychodrame. Et aussitôt, vos soutiens, ceux qui jouissent des mêmes privilèges indiscutables que vous, s’alignent, au garde-à-vous, fusils levés. Et vous pointez du doigt ceux qui réclament simplement le droit de prendre un peu de place. Un petit bout de la Place. Mais rassurez-vous Monsieur Finkielkraut, elle est minuscule cette place comparée à celle que l’on vous laisse occuper sans broncher, vous et vos fidèles soutiens.

Alors Messieurs, soyez grands seigneurs, laissez-nous la place de la République. Et nous tâcherons de toutes nos forces de ne pas nous en contenter.

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