(Re)découverte de King Kong théorie

King Kong Théorie de Virginie Despentes (2006), ce petit livre qui ressemble à un manifeste, est actuellement adapté au théâtre de l’Atelier et interprété par trois comédiennes éblouissantes.

Je l’avais lu à 21-22 ans d’abord et à l’époque, j’étais en pleine découverte du féminisme, découverte forcément maladroite et chaotique au gré des conseils et cadeaux de chacun-e. Eparpillée. J’en étais encore au féminisme (s’il mérite ce nom) bourgeois, blanc, intello. King Kong théorie est arrivé là-dessus et m’avait mis une vraie claque. Mal à l’aise. Pas prête. Trop « radical ». Un féminisme guerrier, hyper cru.

Hier soir j’ai redécouvert ce texte incroyable au théâtre et le regard, cinq années d’expériences de femme, de lectures, de rencontres, de militantisme, plus tard, est changé. Plus du tout radical. Nécessaire. "Prendre le mal à la racine" simplement, dirait Angela Davis. Je conseille cette lecture (le livre est vraiment riquiqui et constitue une introduction puissante à quelques grands thèmes du féminisme) ou la pièce, encore plus facile et d’excellente qualité.

Ce n’est pas forcément pour raconter ma vie, juste parce que j’ai été émue hier et ai ressenti deux grandes victoires. D’abord, ce n’était pas des applaudissements à la fin de la pièce, mais des rugissements, une ovation déchaînée avec une espèce d’énergie de malade (je sais, y avait sans doute que des déjà-convaincu-e-s dans la salle mais je m’en fiche), comme si nous allions enchaîner sur une manif". Ensuite, les deux amies qui sont venues avec moi n’avaient pas lu le livre avant. Elles n’ont pas trouvé le féminisme de Despentes extrémiste. Non, elles étaient globalement d’accord. Une preuve que le féminisme radical (le seul dont on ait besoin) a fait un retour en force depuis quelques mois. La preuve que quelque chose est en train de bouger tout au fond de chacune et j'espère, chacun.

Ne choisir qu’un extrait du livre pour conclure est difficile. Je le fais quand même.
« Il y a eu une révolution féministe. Des paroles se sont articulées, en dépit de la bienséance, en dépit des hostilités. Et ça continue d’affluer. Mais pour l’instant, rien, concernant la masculinité. Silence épouvanté des petits garçons fragiles. Ça commence à bien faire. Le sexe prétendument fort, qu’il faut sans arrêt protéger, rassurer, soigner, ménager. Qu’il faut défendre de la vérité. […] S’affranchir du machisme, ce piège à cons rassurant les maboules. Admettre qu’on s’en tape de respecter les règles des répartitions des qualités. Système de mascarades obligatoires. De quelle autonomie les hommes ont-ils si peur qu’ils continuent de se taire, de ne rien inventer ? De ne produire aucun discours neuf, critique, inventif, sur leur propre condition ?
A quand l’émancipation masculine ? ».

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