Petite réponse à Jean-Michel Blanquer

J'ai envie de parler de la pseudo-polémique qu'a générée l'organisation par le syndicat Sud Education 93 de stages de formation, parmi lesquels se tiendront des ateliers en non-mixité raciale. Des espaces auxquels seules les personnes concernées par le racisme peuvent participer, pour en parler, partager leurs expériences, réfléchir aux outils de lutte contre les préjugés, etc.

Comme à chaque fois qu'en France des minoritaires ont le culot de prétendre s'organiser entre eux et de protéger des espaces de paroles "safe", ça s'excite et ça s'offusque. (Note : l'entre-soi dans la plupart des lieux de pouvoirs ne semble déranger personne, mais un festival réservé aux femmes racisées, ou des ateliers non-mixte à Sud Education, PANIQUE GENERALE et montée du communôÔôtarisme).

Parmi les réactions poisseuses, Jean-Michel Blanquer a tweeté ça :

"Inconstitutionnel & inacceptable.

Je condamne avec fermeté le projet d'une réunion syndicale triant les membres sur la base de leur origine."

Non mais vraiment, lovin'it (pour parler le langage marketing que LREM comprend bien) ! Je me sens particulièrement interpelée sans doute vu le thème de mes recherches. Je vais essayer de mettre un peu de droit dans ce débat sordide, parce que là, il faut quand même...

Argument 1 : c'est inconstitutionnel.

On imagine que l'idée de génie de Jean-Michel, c'est l'article 1er de la Constitution : La France "assure l'égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d'origine, de race ou de religion".

Bon alors, "la France" et "devant la loi", ça veut dire que ce sont les institutions publiques créatrices de normes et les personnes qui les mettent en œuvre qui sont visées... certainement pas les syndicats qui sont des associations destinées justement à promouvoir les intérêts spécifiques de leurs membres. C'est un peu le même dévoiement que pour le principe de laïcité de l'Etat... décidément, le Droit prend des coups.

Petit rappel utile, au passage : la liberté d'association (loi de 1901) et liberté syndicale (alinéa 6 du préambule de la Constitution de 1946) ont une valeur constitutionnelle depuis 1971 (décision n° 71-44 DC du Conseil Constitutionnel).

Rien n'interdit constitutionnellement de promouvoir les intérêts d'un groupe particulier de citoyens par le biais d'une association, ou d'organiser un festival non-mixte. (Et puis dans tous les cas, c'est juste un atelier de FORMATION, on nage en pleine paranoïa).

Argument 2 : c'est inacceptable.

Bon, Jean-Michel on va faire un peu de droit de l'Union européenne, parce qu'à part le marché intérieur, vous n'avez pas l'air d'y connaître grand chose.

La directive 2000/43 (principe d'égalité de traitement entre les personnes sans distinction de race ou d'origine ethnique) de 2000, que la France doit transposer et respecter, contient plein de choses intéressantes...

Par exemple : point 17 de son préambule "L'interdiction de la discrimination [n'empêche pas ] les mesures destinées à prévenir ou à compenser des désavantages chez un groupe de personnes d'une race ou d'une origine ethnique donnée, et ces mesures peuvent autoriser l'existence d'organisations de personnes d'une race ou d'une origine ethnique donnée lorsque leur objet principal est la promotion des besoins spécifiques de ces personnes".

Ou encore, point 23 : "Les États membres doivent encourager le dialogue entre les partenaires sociaux ainsi qu'avec les organisations non gouvernementales pour discuter des différentes formes de discrimination et lutter contre celles-ci".

Ce n'est pas inacceptable, c'est tout à fait souhaitable. Wahou, quelle folie ce droit de l'Union, quel progressisme !

 

Allez, courage Jean-Mich', tu n'es que juriste et Ministre, tu ne pouvais pas savoir.

 

 

 

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