J’ai enfin lu Sorcières de Mona Chollet

Avec un temps de retard en raison d’une thèse à terminer, j’ai enfin fini la lecture de Sorcières de Mona Chollet dont tout le monde me parlait, ou plutôt, à ma demande, se retenait de me parler.

Le nombre de personnes qui m’en ont parlé ou en ont parlé confirme que, depuis quelques années, Mona Chollet a mis le doigt sur quelque chose. Sa capacité à incarner et appréhender une nouvelle « case » du féminisme, loin des bourgeoises et des racistes, tout en rupture et connivence avec les soixante-huitardes, déterminée à renouveler la doctrine, est indéniable. J’avais lu aussi Beauté Fatale il y a deux ans et à mettre les deux bout à bout, il me semble que Mona Chollet a entrepris de dresser une cartographie du Féminin. Non pas le Féminin auquel je ne crois pas du tout qui résulte d’une essentialisation des genres, généralement clamé par des hommes et depuis toujours, mais celui qui résulte de siècles de domination patriarcale, socialement et culturellement construit, en riposte, par instinct de survie ou nécessité, face aux multitudes d’oppressions et de violences subies par les femmes. Ce féminin-là est souvent douloureux et la lecture n’est pas facile, ni de Beauté Fatale ni de Sorcières, mais il n’est pas que cela. Il est aussi une lutte permanente, une résistante et une inventivité phénoménale pour se libérer des chaînes . Dans toutes ces expériences individuelles et collectives décrites par Mona, qui peuvent amener à parler d’un féminin par opposition à un masculin (hétéro, cis, blanc en particulier), on se délecte chacun.e de certains sujets plus que d’autres.

Si Beauté Fatale m’avait percutée avec une incroyable puissance, Sorcières m’a laissé un goût d’irrégularité. Forcément, le sujet de la vieillesse et de la maternité me sont un peu passé par-dessus la tête (surtout que j’ai trouvé la partie sur la maternité très à charge, n’hésitez pas à réagir en commentaire, ça m’intéresse). En revanche, la dernière partie sur la médecine et la position des femmes dans le corps médical autant que leurs expériences face au corps médical m’a bouleversée. La justesse et la finesse de l’analyse de Mona va comme toujours droit à l’esprit et à l’âme, comme les soins apportés fut un temps par les guérisseuses emmenées au bûcher pour sorcellerie.

Ce n’est pas parce que Mona Chollet parle des femmes que les hommes doivent passer leur chemin. Si j’étais un homme qui aimait les femmes (au sens d’éprouver de l’empathie, pas au sens sexuel), je crois que j’aurais bien du mal à me dire « féministe » (ce que je persiste à penser qu’il vaudrait mieux éviter de toute façon, mais c’est un autre débat !!!!) sans même prendre la peine de lire ce que les femmes ont à dire sur les femmes et m’intéresser réellement (il n’y a pas que Mona Chollet évidemment) à l’histoire vue par leurs yeux, leur corps ressenti par leur système nerveux, leurs émotions vécues par leur sensibilité, leurs douleurs expérimentées par leur épiderme.

J’ai envie de finir sur une touche d’humour, en ne citant pas Mona Chollet pour ne pas gâcher le plaisir des lectrice.eur.s à venir :

« Les conduits reliant chacun des deux ovaires se sont appelés jusqu’en 1997 les trompes de Fallope, chirurgien italien du XVIe siècle […]. Les petits sacs situés dans les ovaires et dans lesquels, de la puberté à la ménopause, mûrit chaque mois un ovule sont les follicules de De Graaf, médecin hollandais du XVIIe siècle. Les glandes qui sécrètent le liquide humidifiant la vulve et l’entrée du vagin portent le nom de Bartholin, anatomiste danois du XVIIe siècle. En outre, au XXe siècle, une zone de plaisir située dans le vagin a reçu l’appellation de point G, initiale du médecin allemand Ernst Gräfenberg. Imaginez l’équivalent chez l’homme : les corps caverneux : les corps caverneux d’Emilienne Dupont, ou le canal de Catherine de Chaumont », Florence de Montreynaud, appeler une chatte… Mots et plaisirs du sexe (2004).

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