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Billet de blog 19 sept. 2019

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«Fridays for Future» : radiographie d’un mouvement social en devenir?

Ce vendredi, une nouvelle «grève mondiale pour le climat» est censée marquer le départ d’une semaine de mobilisation et d’actions. Un moment décisif pour la suite du mouvement initié par Greta Thunberg. Dans le cadre d’un projet européen, des chercheurs allemands soulignent une hétérogénéité plus importante qu’attendue.

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«De Paris à Kampala, la jeunesse se mobilise pour le climat» C’est sous ce titre que le journal Le Monde couvrait, le 15 mars dernier, les manifestations organisées dans le cadre de la première «grève mondiale» en faveur de l’environnement. Avec plus d’un million et demi de manifestants selon les organisateurs, cette journée témoignait de la croissance rapide d’un mouvement lancé par la suédoise Greta Thunberg en août 2018, à seulement 15 ans.

Surpris par ce développement et la forte mobilisation qui s’annonçait, des chercheurs de différents pays européens décidaient, quelques jours plus tôt, de se rendre sur les lieux des manifestations afin d’enquêter sur le profil des participants et leurs motivations. Réunis au sein d’un projet de recherche préexistant, le «Protest Survey», où la France n’est pas représentée, ils se rapprochaient en Allemagne de l’ipb, institut de recherche spécialisé sur les mouvements sociaux. Tout d’abord réticents — étant donné la charge de travail et le manque de financements, quatre membres de ce dernier rejoignaient finalement la démarche, portant à 9 le nombre de pays concernés et à 13 les lieux d’enquête*.

Publié en août dernier, le rapport allemand, rédigé par Moritz Sommer, Dieter Rucht, Sebastian Haunss et Sabrina Zajak, offre une radiographie précise (bien que ponctuelle) du mouvement «Fridays For Future» outre-Rhin, où il a rencontré un écho plus important qu’en France. La comparaison internationale permet quant à elle de souligner l’hétérogénéité à l’œuvre au sein du mouvement alors qu’il est souvent résumé à sa seule «jeunesse».

Des manifestants qui veulent «sécher les cours» ?

Les premiers enseignements portent sur la composition des cohortes de manifestants. A travers leur enquête, les chercheurs de l’ipb confirment la participation importante des plus jeunes : les 14-19 ans représentent ainsi plus de la moitié des enquêtés, suivis des 20-25 ans (19%). En témoignant par ailleurs d'un intérêt fort voire très fort pour la politique (77,9% des écoliers), ces jeunes renvoient les éditorialistes de la presse conservatrice à leurs chères études, qui y voyaient avant tout la volonté de «sécher les cours».

«Chers adultes, ne séchez pas la grève du climat le 20 septembre ! » © Arthur Devriendt

À cette caractéristique qui singularise déjà les manifestations «Fridays For Future» par rapport à d’autres mobilisations (contre la guerre en Irak, contre le TTIP ou durant le G20 à Hambourg), les auteurs soulignent également la forte présence féminine, qui atteint près de 60% à Berlin et à Brême. Un pourcentage qui monte à près de 65% parmi les seuls écoliers.

En revanche, l’analyse de l’origine sociale des manifestants est plus en phase avec celle observée traditionnellement dans les rangs des manifestations allemandes : une «forte sélection sociale» est en effet à l’œuvre, mesurée à travers le niveau de diplôme et de rémunération des parents, de deux fois supérieur à la moyenne nationale. Les retraités, les chômeurs ou les femmes au foyer sont quant à eux clairement sous-représentés.

Si ce tableau général semble confirmer ce qui est généralement donné à voir du mouvement «Fridays For Future», la comparaison internationale apporte des nuances bienvenues : si la part de la jeunesse s’affirme encore davantage aux Pays-Bas (95,8%) ou en Pologne (88,6%), elle s'établit aux alentours des 20% en Belgique, Suisse, Italie et Grande-Bretagne, où la répartition des différentes classes d’âge est plus équilibrée. Par ailleurs, les auteurs relèvent la forte participation des +65 ans en Suède (plus de 15%).

Un mouvement autonome ?

L'écho particulier rencontré par le mouvement «Fridays For Future» en Allemagne s'explique-t-il par l'histoire particulière des mouvements écologistes dans ce pays ?

Si les auteurs n’abordent pas directement cette question sous cet angle, une première piste pourrait laisser penser que non. En s’intéressant aux leviers de participation, les chercheurs de l’ipb montrent en effet le faible rôle joué auprès des plus jeunes par les campagnes de communication des organisations ou associations actives dans la protection de l’environnement (5%).

En revanche, les auteurs soulignent le rapprochement de «Fridays For Future» avec le mouvement «Ende Gelände», lequel milite depuis plusieurs années pour la fin des mines et centrales à charbon en Allemagne. À l’occasion du manifestation internationale organisée à Aix-la-Chapelle, le 21 juin dernier, les deux mouvements se sont retrouvés, illustrant la porosité de leurs publics. Officiellement, le mouvement «Fridays For Future» n’a toutefois pas repris à son compte la stratégie de la désobéissance civile prônée et mise en œuvre par «Ende Gelände», au grand dam de nombreux activistes.

Tous derrière la même banière ?

C’est sans doute cette prudence vis-à-vis des formes plus radicales de mobilisation qui a amené la figure du mouvement outre-Rhin, Luisa Neubauer, à signer dans les colonnes du journal Die Welt une tribune intitulée «Pourquoi "Fridays for Future" est conservateur».

Dans ce texte, l’emploi de l’adjectif renvoie moins à la tradition politique conservatrice en tant que telle qu’à l’attachement aux institutions en place et au souhait d’exprimer des demandes de changement en faveur du climat à l’intérieur du cadre existant.

Manifestation «Friday for Future» du 24 mai 2019 à Hambourg © Arthur Devriendt

L'objectif principal revendiqué du mouvement correspond à ce caractère raisonnable : il s'agit de faire respecter les engagements pris par les pays participants lors de la COP21, qui s'était déroulée à Paris fin 2015. Pour y parvenir, les chercheurs de l'ipb soulignent une position également modérée parmi les manifestants, qui se divisent en deux grands groupes plus ou moins opposés : d'un côté ceux pour qui la lutte contre le dérèglement climatique est d'abord une affaire de mode de vie personnel et, de l'autre, ceux qui pour la responsabilité incombe aux acteurs politiques et économiques.

Au niveau international, la comparaison est intéressante : ainsi 25% des manifestants suédois font confiance en leur gouvernement pour trouver une solution face au réchauffement climatique quand plus de 40% des manifestants polonais placent au contraire leurs espoirs dans le marché (voir tableau ci-dessous).

Source : ipb, août 2019 (adapté par Arthur Devriendt)

Vers un mouvement social ?

Le succès du mouvement «Fridays For Future» réside dès lors, pour les auteurs du rapport, dans sa capacité à réunir sous une même bannière ces différentes sensibilités. Le caractère modeste et légitime des demandes, qui s'inscrivent dans la suite de l'accord de Paris, autorise et permet ce rassemblement. La figure médiatique de Greta Thunberg, le choix de placer des cohortes d'enfants en tête des cortèges ou encore l'idée de la «grève scolaire» sont d'autres inventions expliquant l'absence de démobilisation dans le temps, qui menace toute entreprise de ce type.

S'agit-il d'un nouveau mouvement social pour autant ? Les auteurs se montrent ici réservés, sans toutefois être définitif. Selon eux, l'absence de véritable remise en cause du système existant empêche d'accorder ce qualificatif à ce qui s'apparente dès lors, pour l'instant, davantage à un mouvement de protestation.

C'est dans cette perspective que la journée de ce vendredi sera importante, particulièrement en Allemagne. L'importance de la mobilisation sera décisive, tout comme le positionnement du mouvement vis-à-vis des mesures du «paquet climat» qui devrait être dévoilé par le gouvernement le même jour. Si les mesures sont jugées insuffisantes, le mouvement va-t-il entrer dans une nouvelle phase ?

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