Golden Glove: l'horreur de Fatih Akın

Présenté comme le meilleur film de Fatih Akın à l’occasion de sa sortie en France mercredi 26 juin, «Golden Glove» a fortement divisé la critique lors de la dernière Berlinale et pour sa sortie sur les écrans allemands.

Présenté comme « le meilleur film de Fatih Akın » à l’occasion de sa sortie en France le 26 juin prochain, Golden Glove (Der goldene Handschuh) aura pourtant fortement divisé la critique lors de la dernière Berlinale et pour sa sortie sur les écrans allemands.

Après le décevant In the fade (Aus dem nichts, 2016), le réalisateur de Hambourg s’intéresse ici à une « figure repoussante de [s]on enfance », le violeur et tueur en série Fritz Honka, actif dans les années 1970 dans le quartier de Sankt Pauli. Originaire de l’Allemagne de l’est, ouvrier sur un chantier naval, défiguré des suites d’un accident et habitué du bar Au gant d’or dans lequel il mettait la main sur ses futures victimes (et qui donne son nom au film), Fritz « Fiete » Honka viola et tua quatre femmes avant de les découper en morceaux et de cacher les membres dans son appartement de la Zeißstraße.

Golden Glove © Pathé Golden Glove © Pathé

Se réclamant d’une plongée dans les entrailles d’un monde glauque et répugnant à la manière d’un Charles Bukowski, dont il est un fervent lecteur, Fatih Akın parvient à restituer l’environnement de son anti-héros au moyen d’une reconstitution fidèle des différents lieux, par la transformation impressionnante de l’acteur principal, Jonas Dassler, et par l’intensité des scènes de meurtre. Jusqu’à l’écœurement.

L’effet de réel, « prouvé » par les images d’archives du générique de fin, ne doit cependant pas faire oublier que le scénario est tiré d’un roman à succès d’Heinz Strunk (non traduit en français), dont la lecture s’avère bien plus riche. Si une adaptation cinématographique nécessite inévitablement des coupures et raccourcis, on peut toutefois s’étonner de la nature des choix opérés par le réalisateur. En retenant ce qu’il y a de plus obscène et voyeuriste, en effaçant tout élément biographique et en réduisant le couple d’adolescents à une simple amourette là où l’original laissait place à l’opposition entre différentes classes sociales, Fatih Akın signe bien là un film… d’horreur.

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