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Billet de blog 2 août 2022

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Humaniste, militant, poète, de la Gardunha, au Consul rebelle, et le camp de Gurs!

C’est un vieux camarade, Manuel Dias Vaz et, il y a longtemps, nous nous sommes beaucoup fréquentés dans les engagements autour de l’immigration portugaise et de l’opposition au régime de Salazar au Portugal. L’évocation du Consul rebelle de Bordeaux, Aristides de Sousa Mendes, des années 40 a été l’occasion d’un nouveau ‘‘abraço’’.

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

C’était au cours des années 70, venus par chemins différents, avec des modes de voir ou de comprendre les choses aussi divers, mais finalement un même but, la solidarité et la fraternité autour de ce qui nous entourait et nous mobilisait. Et de même que les chemins nous font rencontrer, ils nous font parfois suivre d’autres directions… ici surtout géographique.

C’est donc avec plaisir que je l’ai retrouvé lors de la présentation du film-documentaire de Patrick Séraudie, sorti en 2020, L’héritage d’Aristides, qui retrace le parcours et le combat du Consul du Portugal à Bordeaux…, cité dans le billet -ici- publié il y a quelques jours.

A cette occasion j’ai découvert un des livres de Manuel Dias Vaz, Mémoires et rencontres, recueil 2021.

La poésie, l’amour, la montagne, la Gardunha

Ce sont des textes, des poèmes, des récits, des compte rendus, des allocutions tantôt en portugais, tantôt en français. Poèmes d’amour, messages d’amitié, d’engagement, de mémoire mais aussi de colère…

‘‘Les fruits rouges de la colère

explosent,

face au sentiment d’injustice

et s’éveille en moi un désir

de partager,

de faire vivre la solidarité fraternelle.’’ (pg 30)

Et cette force de la poésie, la croyance dans les mots et ce dont ils sont porteurs...

‘‘...Avec la poésie nous pouvons contribuer

à faire changer le monde, à faire franchir les frontières,

à briser nos peurs, à brises les barrières.

Avec des poèmes, nous pouvons atteindre les sommets,

nous élever au-dessus de nous-mêmes,

en communion avec les esprits et les mots…’’ (pg 20)

Et cela vient de loin, de son terroir, comme s’il trouvait sa source d’inspiration, son lieu de recueillement, de méditation, pas loin d’où il est né :

‘‘...La montagne de la « Gardunha » avec ses légendes,

ses mystères, ses grottes,

fut un lieu de résistance et de refuge

pour des populations de la plaine de « Cova da Beira »

...une forme de frontière naturelle

entre le nord et sud du Portugal,

entre les peuples des montagnes

et les peuples des plaines.’’ (pg 28/29).

Outre les poèmes, ce recueil, consacre une partie importante à l’histoire du ‘‘Consul rebelle de Bordeaux’’, à l’action du Comité Sousa Mendes (dont Manuel prend une part déterminante) pour la reconnaissance et l’entrée au Panthéon portugais, d’Aristides de Sousa Mendes.

Il aborde aussi son implication dans la création d’un Musée de l’Immigration en France comme au Portugal. Manuel Dias Vaz, fait une brève synthèse des nombreux projets et études, des réalisations notamment en France. D’abord la Cité nationale de l'histoire de l'immigration, aujourd’hui Musée de l’Histoire de l’Immigration à la Porte Dorée à Paris. Au Portugal, Manuel Dias Vaz, note le parcours tortueux, tout en gardant l’espoir, pour qu’un Musée consacre les mouvements de population, dans ce pays de migrants depuis le XVIIIème siècle.

Eduardo Lourenço

Un bel hommage est rendu à son ami Eduardo Lourenço, écrivain-poète-philosophe, grand intellectuel portugais ayant aussivécu en France dès les années 60, décédé fin 2020 à l’âge de 97 ans. Manuel Dias Vaz, l’évoque comme «un porteur de valeurs universelles, un européen convaincu, un homme très proche de ses semblables tout en restant attaché à ses origines, à sa terre natal, aux siens». (pg 58)

A l’instar de l’écrivain Fernando Pessoa ‘‘ma patrie est la langue portugaise’’, Manuel Dias est fier de la ‘‘belle langue du poète Luis de Camões...

‘‘la langue portugaise, ma chère langue maternelle,

Pleine de poésie,

Nourrie de la pensée humaniste,

Remplie de soleil et d’hospitalité.

La poésie lusitanienne et la langue portugaise

Ont nourri mon cœur et mon esprit,

Ont guidé mon âme et mes rêves

Sur les chemins tumultueux de la vie.’’

Le camp d’internement de Gurs

Plusieurs pages évoquent le camp d’internement de Gurs (Pyrénées-Atlantiques), construit (si on peut le dire ainsi vue les conditions d’habitat des baraques) en 1939 et ayant reçu des combattants Républicains Espagnols, des résistants français, des Juifs immigrés, des Juifs allemands, des Juifs arrêtés par la police Vichy... Plus de 64 000 personnes y ont été internées (1 072 y sont morts) et près de 4 000 Juifs furent transférés au camp de Drancy.

C’est à l’occasion d’un hommage rendu aux 349 portugais internés au camp de Gurs, que Manuel Dias y fait une allocution, en septembre 2021, ‘‘La majorité des Portugais internés à Gurs, et dans les autres camps, étaient des combattants engagés dans la guerre d’Espagne, pour défendre la République et les valeurs de la liberté. Certains de ces Portugais se sont ensuite engagés dans la résistance en France et ont été victimes de déportation.’’ Le camp fût fermé en 1945. La philosophe allemande Hannah Arendt y a été enfermée entre deux à trois mois en mai 1940.

Acrobate...

Nos vies ne sont pas linéaires...l’histoire et les comportements humains pour douloureux qu’ils soient, et ils le sont, n’enlèvent pas la détermination de Manuel Dias Vaz, à la résistance et à la confiance... seraient même une source de vie !

‘‘Comme un équilibriste j’ai suivi mon chemin

les yeux fermés,

à la recherche du silence,

de la paix intérieure,

de la sagesse.

Dans cette quête incessante

la mort me suit comme une ombre,

toujours prête à me prendre par surprise.

Et moi, je résiste à la mort

avec ma joie de vivre,

avec la force de l’amour

qui vibre et vit en moi

comme un rayon de soleil éternel.’’ (pg 50)

(Bordeaux 16 déc 2021) et illustration de Bernard Lhoumeau qui préface également le livre..

Porto, ville rebelle...

Et au milieu de son recueil un bref regard sur Porto, capital du nord du Portugal qui, forcément, ne m’a pas laissé indifférent...

‘‘...Porto (ville rebelle) et sa région, territoire entreprenant, ville populaire, résistante et progressiste, fidèle à sa tradition de lutte pour défendre la liberté, la démocratie, la république et ses valeurs’’... (pg 54)

Oui, ville rebelle... à l’image du ‘‘ardina’’ (vendeur de journaux à la criée) qui, dans les années 50/60, avaient parfois au fond de sa sacoche des tracts clandestins contre le régime de Salazar, la presse étant soumise à la censure.

C'est l'image de mon blog, en hommage sa statue à côté d’une boîte aux lettres, près de la gare de S. Bento à Porto...

* * Dans le premier commentaire extrait d’un article du Monde sur Eduardo Lourenço

* * * sur le film-documentaire de Patrick Séraudie, voir ici le /catalogue/lheritage-daristides

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