Comment s'en passer du train ?

Défenseur du train comme choix de déplacement, comme forme de préserver l'environnement, comme moyen d'irriguer le territoire, comme un moyen au service du public, je suis assez «atterré» par l'action de ce gouvernement (à la suite de bien d'autres) d'ébranler les bases, très fragiles, du transport ferroviaire. Je le suis également par la façon dont la direction syndicale a décidé de réagir.

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La grève dite perlée, deux jours sur cinq est en effet, comme l'affirme un responsable, une forme de créer des difficultés voire l'empêchement de l'usage du train «La désorganisation du travail devra se faire également sur les jours ouvrés mais je ne vous en dis pas plus sur ce mail, je pense que vous avez compris où l’on veut en venir», écrit le délégué de la CGT-Cheminots. On sait, les cheminots comme les usagers, qu'avant et après les journées de grève le trafic est bouleversé et souvent, hors les jours de grève les trains sont supprimés. Et défendant le service public, on ne peut que regretter le choix inverse qui fragilise encore un peu plus le service au public.

Il y a trois jours, vendredi matin, un TER Le Mans-Paris, était supprimé sans que les usagers aient été informés, l'ayant appris en arrivant à la gare. Finalement quelques passagers ont pu prendre le TGV qui arrivait en gare car le contrôleur a accepté que quelques passagers embarquent. Ceux qui s'arrêtaient à Chartres ou Rambouillet pas d'alternative. Certains on profité du direct vers Paris (sans titre de transport), quitte à trouver un départ à partir de Paris. Pour le contrôleur du TGV, 'bonne poire' un aveu de mauvaise humeur «la grève n'a pas encore commencé et ils foutent déjà le bordel » !

Train de nuit Paris-La Tour de Carol

Utilisateur régulier du train de nuit Paris-Latour de Carol (je m'arrête à Foix) que la direction envisage de supprimer, tout est bon pour l'annuler et surtout la liaison Toulouse-Latour de Carol. Les conditions climatiques, un problème technique, un conducteur manquant à l'appel... et pas de train ni d'informations. Mais avec le TER partant de Tarascon, parfois d'Aix les Thermes, vers Toulouse (aller ou retour) les usagers locaux connaissent bien les annulations, avec parfois des cars de remplacement aux horaires élastiques.

Et si ces bouleversements sont du fait des choix d'organisation de l'entreprise ils sont aussi parfois le résultat d'une mauvaise humeur des agents. Mes amis cheminots, dont certains syndiqués, reconnaissent en petit comité des manquements qui nuisent à la qualité du service public. Et de ça la direction tout puissante s'en sert pour mener sa politique de casse.

Tout est bon pour détourner, «écœurer» les usagers du train de nuit vers les Pyrénées. Il m'est arrivé, il y a trois mois, de me trouver en « carafe » à la gare de Toulouse à 5 heures et demi du matin alors que le train devait continuer vers la Tour de Carole. Un des passagers de mon compartiment, plus alerte est descendu sur le quai et a constaté que le train n'était plus à quai. En fait le changement de conducteur ne s'est pas effectué et le train était garé. Ayant questionné un agent il a répondu que "ce n'était pas son affaire..." Le train pour Foix était sur un autre quai, allez voir le panneau...

Mon camarade cheminot, d'Auch, syndiqué, m'a confirmé qu'à Toulouse il y a quelques "mauvaises têtes". Je l'aime bien et "je lui pardonne" mais je crois que nous avons tous intérêt à nous battre pour le service public et sans doute avec d'autres pratiques.

Il est important et légitime que les salariés défendent leur droit au travail, les conquêtes des travailleurs au fil de leurs combats, cela concerne encore un certain nombre de cheminots mais il me paraît que la vraie question de cette réforme est surtout la mise à mal du service public. Situer le conflit autour du « statut des cheminots » c'est donner prise à que le débat se focalise autour d'une revendication corporatiste.

C'est à la fois la qualité du service rendu, l'utilité sociale de ce que représentent les déplacements par le train qui devaient mobiliser les salariés de la SNCF. Et quand on parle de «petites lignes» c'est un peu comme si on minorait l'importance du transport et des lieux. C'est le cas à AUBRAC, comment la SNCF nous é-conduit!, où l'entreprise nationale dit qu'il n'y a plus beaucoup de voyageurs ce qui est vrai mais c'est bien suite au démantèlement progressive malgré l'importance de ces lignes pour désenclaver certaines régions. Les responsables n'ont pas mis des cars, en correspondance avec les trains pour desservir les petites villes ou villages isolées. Non, ce qui a été mis en place ce sont des cars pour remplacer en partie les trains ou alors les cars-Macron supposés contribuer à la mobilité sociale. Les associations de défense de ces lignes dans les lieux moins privilégies  ce sont parfois battus seules car en fait, me disait un habitant à Aumont-Aubrac «notre voisin cheminot n'était pas très décidé à nous soutenir car il avait demandé une mutation pour Clermont-Ferrand.

Et quand les "politiques' visionnaires" vous sortent des discours alarmistes sur les trains non-rentables, on peut se demander quelle est la référence pour parler de rentabilité. Le service public n'est pas dans un critère de rentabilité mais dans un critère d'utilité. C'est ce critère qui explique et justifie les investissements publics à condition qu'ils soient envisagés dans une perspective de rendre service à la population et de préserver le milieu environnante durablement.

Ce qu'on peut craindre, que le mouvement se renforce ou pas, c'est que ce mouvement invite à apprendre : comment s'en passer du train. Le covoiturage, les bla-bla-car, les cars-Macron, tout contribue à démanteler l'entreprise et l'usage du train. Peut-être que depuis le temps que les défaillances techniques sont connues, que la qualité du service est moindre voire médiocre et ceci dépend aussi des acteurs sur le terrain, nous avons en effet perdu du temps pour que le service du train évolue avec les exigences du temps.

L'impunité

On s'en souvient de l'émission d’Élise Lucet, en septembre 2016, où son équipe était revenu sur le dramatique accident de Brétigny qui avait provoqué la mort de sept personnes. Son enquête montrait bien que des graves défauts de maintenance du réseau avait été mis en évidence. Comme si une sorte d'impunité couvrait l'entreprise et les choix de M Pépy étaient plus importants que la sécurité des usagers ou les conditions de travail et d'avenir des salariés.

Cette émission a été peu commentée et son alerte est passé un peu inaperçu. Ce jour-là, l'Envoyé Spécial révélait, pour la première fois au grand public l'affaire Bygmalion...

Nous sommes à la veille d'une confrontation et les salariés de la SNCF ont là un sacré enjeu: l'avenir du transport ferroviaire en France et le maintien du service public Le sujet du statut du personnel pour important qu'il soit ne peut pas être, me semble-t-il, la justification de ce mouvement, au risque de ne donner à voir que la défense d'une corporation. Et nous sommes nombreux à craindre que finalement, si on ne prend pas garde, un mouvement se forme pour apprendre à s'en passer du train... Et là je suis affirmatif, non on ne peut pas s'en passer du train!

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