“Vague...?” oui, de l'abstention!

La victoire de certaines listes estampillées “verts ou gauche” a rendu la soirée électorale de dimanche dernier plutôt joyeuse et a ouvert à des espoirs possibles à moyen et long terme! C'est une bonne nouvelle, alors qu'elles ne sont pas si fréquentes ces derniers temps du côté du politique... De là à nommer “Vague...”, je me méfie des triomphalismes de circonstance.

J'étais ravi, bien sûr, de la poussée “verte” aux Européennes, tout en m'exclamant Hé Jadot ! Écologie ou «égocologie» ?* Ses déclarations “tonitruantes post-élection, étant surprenantes même si elles faisaient partie du discours de plateau-télé des dimanches soir.

Ce dernier dimanche, la victoire “écologique”, au sens large est indéniable. Au “sens très large” car elle s'est exprimée soit exclusivement verte (et dans toutes ses nuances), soit dans des rassemblements politiques tantôt en complément d'autres voix tantôt comme la voix prépondérant. J'estime que ce résultat, “globalement positif” comme aurait dit Georges, nous réjouit et nous donne des raisons d’espérer pour les combats futurs.

Ceci d'autant plus important que le président se gargarise de son volontarisme pour l'environnement. Et on est en droit de se méfier de sa "sincérité-écologique", quand les "obligés" de son parti, à la veille du second tour des municipales, ont fait des alliances type "geste barrière" avec tout ce qui pouvait aller contre les listes des écologistes (alors qu'ils les auraient considéré contre-nature avant le premier tour) ?

Causerie sur herbe”

Et on l'a vu encore le lendemain du scrutin, dans un exercice de calcul médiatique, faire une “causerie sur herbe” en recevant les citoyens de la Convention dans les verdoyants jardins de l’Élysée. Cette Convention inventée à l'issue du dit "grand débat nationale" où, en bras de chemise, le président faisait le ''monsieur Loyal'' avec réponse à tout ou plutôt imposant ses réponses à tous.

Autant je suis admiratif du travail des citoyens de la Convention (de l'opportunité de se trouver là et  d'échanger avec ce qu'ils étaient, ce qu'ils savaient, ce qu'ils pouvaient, ce qu'ils voulaient), autant je me questionne sur la suite et le supposé "sans filtre" de Macron, qui me paraît surtout une pirouette (parmi d'autres) médiatique.

Cette victoire électorale est un bon moment pour s'enthousiasmer sur les possibles qui s'ouvrent à la gauche, aux gauches sans exception et sans exclusive, je le crois fermement. Mais je pense qu'il faut avoir le triomphe modeste... par lucidité.

C'est que s'il y a eu “vague” c'est celle de l'abstention.

Selon les chiffres officiels du ministère de l’intérieur, 58,4% des électeurs inscrits ne sont pas allés voter. Soit près de 4 points de plus qu’au premier tour, le 15 mars, et 20 points de plus qu’au second tour des élections municipales de 2014. Et, dans le détail, l’abstention aurait atteint 72% chez les 18-34 ans.

La crise de représentation démocratique pose l'interrogation sur le devenir de la démocratie et les risques qu'elle soit, progressivement, balayée.

Et ici il me paraît indispensable que toutes les formations politiques se sentent concernées par cette question qui transcende, de loin, les appartenances partisanes. C'est aussi aux citoyens, aux électeurs que la question de l’absentéisme doit intéresser. De cela dépend la démocratie et notre propre devenir de citoyens, avec des droits et des devoirs, que les derniers quinquennats ont fragilisé et l'actuel s'en sert dans des opérations de "com"! (comme la "causerie sur l'herbe" aux Conventionnels...!)

Et savoir que l'abstention touche 72% chez les 18-34 ans me paraît un point crucial pour notre devenir. Dans un billet-alerte, Juliette Keating posait un regard pertinent sur ce que nous faisons de l'Enfance sans droits et cette “vague” n'est pas un épisode électoral de plus, est le fondement même du socle démocratique sur lequel nous vivons. L'exemple de la Seine-St Denis (93) est significatif. Là où les jeunes se sentent exclus, des laissés pour compte de l'institution scolaire et victimes de violences policières, toujours niées par les autorités, et que vient d'être révélé. Une unité de police, fonctionnant depuis des années comme une sorte de “bande organisée” ciblant les jeunes français d'origine maghrébine ou africaine du département, au point que le ministère de l'intérieur vient d'annoncer sa dissolution!

“C'est la faute au virus...”

Nous savons que Macron veut tourner la page de cette “déculotté municipale”, en faisant de l'esbroufe autour de l'environnement, tout en préparant ses coups suivants. Pour Renault, Air France, son zélé ministre du Cac 40, Bruno Lemaire, ouvre les vannes sans trop de contre-parties contraignantes alors que pour l'hôpital il a inventé un forum ''Ségur-Santé'' pour débattre à la mode de la Macronie, c'est à dire imposer les dispositions arrêtés par l’Élysée-Matignon, amenant déjà le personnel hospitalier a manifester sa colère le 30 juin.

Et comme ce “virus” a des multiples facettes et applications, voilà un président omniprésent qui s'occupe de tout et manigance pour ajourner les élections régionales. «Je vous aide [financièrement] si vous m’aidez à reporter les régionales après la présidentielle...», selon Le Figaro. Histoire de ne pas courir le risque d'un résultat identique un an avant les présidentielles de 2022.

Il n'est pas surprenant que dans ces circonstances la “vague d'abstentions” soit une des réalités de ce quinquennat qui à coups de matraque veut imposer “sa loi” (marché, services privés, réformes, abandon des gens de rien...) au détriment des intérêts de la majorité de la population. L'écologie ne pourra s'épanouir que si elle tient compte du social qui a son tour ne pourra progresser que si l'environnement devient une de ses lignes de conduite et un de ses objectifs. C'est alors, me semble-t-il, qu'une “vague démocratique” pourra s'imposer!

abstention | Olivero, dessin de presse

Merci Olivero pour ce dessin (mars 2014) toujours d'actualité!

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