“La Vallée de la Mort”: on y est! Minute de silence pour Christine...

Dans le langage-président de la start-up France, Macron a déclaré au magazine Time qu'il traversait actuellement "la vallée de la mort''. Et oui, ''mister president'' nous y sommes!

C'est dans un long entretien à la revue Time que le président a utilisé, fin septembre, cette drôle d'expression. Il s'agit d'un terme technique pris dans le vocabulaire start-up. Vendre son produit, rembourser les dépenses de lancement. L'entreprise va alors traverser la phase dite de la Vallée de la mort. C'est à dire accompagner les premiers pas du produit sur le marché et dans l'attente des résultats.

Si je comprends bien, exit le vieux monde, les ''transformations'' sont en train de bouillir, de s'infiltrer, de germer, de réduire les moyens humains et matériels, de modifier le sens, la cohérence mais, d'ici peu, les résultats se consolideront, et ouf! on sort de la Vallée avec une start-up clean. Le Macronisme utilise une supposée modernité pour mieux déréglementer, disqualifier, débiner le socle commun. L'intention de M Macron ne pouvait pas mieux s'exprimer pour caractériser son volontarisme et agitation en bras de chemise... la vallée de la mort.

Et nous y sommes pour de vrai. Une directrice d'école, Christine Renon, a mis fin à ses jours, et a laissé un courrier faisant écho au ''quotidien de directeurs·trices d'école, au regard de la dégradation de nos conditions de travail et de toutes les responsabilités qui reposent sur nos épaules'', selon leur tribune.

Et dans une école du Val-de-Marne, lors de la minute de silence-Chirac, que le ministre a décidé pour tous les élèves, en présence de l'inspectrice, une directrice lui a demandé ''et pour Christine Renon''. Remarque mal à propos et mal prise par la hiérarchie...

Que vaut en effet la vie de Christine dans ce contexte, dans cette façon de décider et d'imposer envers et contre tous une politique de réduction des moyens du service public (écoles, hôpitaux, tribunaux... fermetures de lignes de train) Comme l'écrivait Laurent Mauduit, "Ce pouvoir ne veut décidément rien entendre. En réponse au mouvement des «gilets jaunes», il a beau avoir dit qu’il serait désormais à l’écoute du pays et qu’il tiendrait compte des critiques qui lui sont adressées, il continue à n’en faire qu’à sa tête".

Un pouvoir qui confronté à la contestation, à la mise en cause de sa politique, aux interrogations sur le discours "embelli" et démagogique, confirme les décisions qui provoquent de plus en plus de protestations, d'injustices et d'inégalités, apportant surtout des réponses policières.

Et un pouvoir qui ment. Le Procureur de Nice a déclaré "J'ai menti pour ne pas embarrasser le président"; le ministre de l'intérieur a menti sur la Pité-Salpétrière (manifestation des gilets jaunes); le premier-ministre a laissé entendre que la disparition de Steve n'avait pas de lien direct avec l'intervention de la police à Nantes; la porte parole du gouvernement dit: "J'assume de mentir pour protéger le président". On comprend la méfiance et le refus qui suscitent les déclarations gouvernementales sur l'incendie de Rouen, ils ne se cachent même plus pour mentir!.

Que valent nos vies, pour ce pouvoir, quand les conditions de vie et de travail ne rentrent pas dans les critères de la start-up de la SARL-France version Macron.

19-9-31-silence

merci pour ce dessin de    FRED SOCHARD

 

**  "Son geste est révélateur de la souffrance au travail" : la lettre ouverte du collectif des directeurs d'école de Pantin, après le suicide de Christine Renon, voir leur Tribune dans le premier commentaire.

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