Être jeune à Chanteloup-les-Vignes... ça brûle!

Un incendie criminel, samedi dernier, a réduit à néant le chapiteau d'un cirque "L’Arche, centre des arts de la scène et du cirque", une grande structure en bois appartenant à la Compagnie des contraires, une association culturelle implantée depuis près de trente ans à Chanteloup-les-Vignes. Une sorte d'école sociale du cirque, accueillant beaucoup d'enfants de la commune et des environs.

Mais voilà, une part (petite semble-t-il) des jeunes de Chanteloup-les-Vignes se rebellent depuis plusieurs semaines en provoquant des coupures d'éclairage et en empêchant par la violence les électriciens de réparer. Il y a une opposition déterminée contre l’illumination nocturne dans un quartier dit difficile et, selon divers témoignages, c'est pour s'opposer à la politique de prévention et de rénovation urbaine qui dérangerait certains petits (ou gros) commerces-trafics locaux. C'est bien connu les trafics, ceux de la banlieue ou des beaux quartiers, se font toujours loin de la lumière...

Ce sont de très jeunes adolescents, entre autres, qui semblent être les petites mains de ces actes destructeurs.

Rien de bien nouveau ou d'anormal, si on peut dire, quand toute une population est au bord de la route et de la vie de la cité, peu reconnue et stigmatisée.

Sur Chanteloup-les-Vignes, Mediapart a évoqué à plusieurs reprises le décalage entre la population jeune et les institutions notamment celle de la police. Cela n'explique pas tout, mais donne bien un aperçu de comment la citoyenneté est transmise à cette population.

En septembre 2008 Jade Lindgaard évoquait des Incidents entre jeunes et policiers à Chanteloup-les-Vignes (Le Parisien)

** Le 19 mars 2014, - La Rédaction De Mediapart* reprenait un article du Monde, A Chanteloup-les-Vignes, une tension durable entre la population et la police* ''Les versions divergent, d'un côté des autorités, qui évoquent une banale opération de patrouille tombée sur des jeunes agressifs. De l'autre, des habitants qui décrivent des comportements policiers choquants : une arrestation violente, l'utilisation à tout-va de flashball, des insultes racistes envers des jeunes qui filment la scène, puis leur interpellation, etc. «La police tirait avec ses gom-gom au milieu des gamins», témoigne Raoul, chargé de mission prévention de la délinquance à la communauté d'agglomération. Selon la maire, beaucoup d'habitants se seraient déjà plaints depuis l'arrivée d'une nouvelle brigade au commissariat de Conflans. «Les policiers se comportent comme des miliciens ici», dit un commerçant cité par Le Monde.''

**** et le 3 novembre 2015, la Rédaction De Mediapart* remet les points sur les i, citant ''Un PV d'interpellation rédigé par les policiers de Chanteloup-les-Vignes est contredit en plusieurs points par une vidéo qui, diffusée sur Facebook, montre cette même scène d’interpellation violente, le 16 octobre 2015'' dans Chanteloup-les-Vignes : la vidéo qui fait mentir les policiers.

Politique de la ville? Quelle farce!

Rien ne saurait justifier la destruction des biens publics, qui plus est ceux qui favorise la vie sociale et éducative d'enfants, pour la plupart bien loin de bénéficier de loisirs et d'initiatives culturelles.

Que les violences constatées ces derniers jours sont générées par d'autres intérêts que le bien commun et servent de couverture à des trafics de groupes plus enclins à la délinquance qu'au bien des citoyens, cela ne semble pas non plus nouveau et pas seulement dans cette commune.

Mais une fois qu'on a dit cela reste que depuis longtemps (premier article dans Mediapart en 2008) les liens entre la population et la police qui devait la protéger semble plutôt se manifester sur le versant répressif et rejetant.

Et on peut à cette occasion se questionner, ici et ailleurs, sur le démantèlement des services publics, une police qui ''patrouillent'' en voiture loin de la population et du tissu social. Quand elle se rapproche c'est pour castagner pas pour connaître et se faire connaître. C'est Sarkozy qui a cherché à ridiculiser la police de proximité en déclarant, en février 2003, que "La police n'est pas là pour organiser des matchs de rugby dans les quartiers mais pour arrêter les délinquants !" caricaturant lors d'un déplacement dans le quartier populaires du Mirail à Toulouse, "ces patrouilles conviviales et sympathiques". Si ses déclarations avaient une quelconque pertinence on pourrait se demander quel délai d'attente lui faut pour ''arrêter les délinquants'' depuis 2003...

Il est également légitime de s'interroger sur les effets des confidences du président de la République à l'hebdo d'extrême droite concernant les populations immigrés et musulmanes qui contribuent à stigmatiser à exclure les habitants de beaucoup de ces quartiers défavorisés.

Et on ne peut que s'insurger contre l'irresponsabilité du ministre de l'éducation nationale qui, par son raccourci stigmatise les mères de famille voilées, qui en majorité habitent ces cités, qui accompagnent leurs enfants à l'école ou dans leurs sorties de loisirs ou culturelles. Ce ministre parlait des mères de ces jeunes, comme ceux de Chanteloup-les-Vignes, probablement ''perdus'' dans la cité ou la proie de petits ou gros trafiquants que la police, trop occupée avec la colère citoyenne, semble négliger dans les cités qu'elle ne connaît que pour traverser dans les fourgons hurlants.

La maire de la ville, Catherine Arenou, s'est dite "écœurée". Avant l'élection présidentielle, en mars 2017, elle avait sonné l'alerte dans une tribune livre publiée dans le journal Le Monde, Catherine Arenou : « Hissons la banlieue au rang de grande cause nationale ! »*  ''Alors que les affaires contribuent largement à occulter les vrais sujets de la campagne, la maire de Chanteloup-les-Vignes (Yvelines) avance, dans une tribune au « Monde », une série de propositions pour permettre à « ce réservoir de jeunesse et d’ambitions » d’exprimer ses talents''.

L’État, plus soucieux de ''mater'' la colère sociale de plus en plus vive chez les salariés, les atteintes aux indemnités des chômeurs ou les menaces sur les retraites des travailleurs d'aujourd'hui et de demain, ne mesure pas ou se décharge sur les communes déjà fragilisées par le contexte social et économique pour traiter cette "désespérance" dans de nombreuses banlieues.

La grande cause nationale du quinquennat ce sont les réformes imposées au pas de course, la privatisation des jeux du hasard ou des aéroports de Paris, l'ouverture en soirée des supermarchés, ou les jeux européens des commissaires ''obligés'' de la Macronie. Le devenir d'une frange importante de la jeunesse de ce pays apparaît plutôt considérée comme des ''gens de rien''!

''Territoires'' d'Olivier Norek

La période électorale qui approche, sera sans doute la scène de beaucoup de ces petits pouvoirs ''locaux'' que le clientélisme municipal a souvent favorisé.

C'est l'occasion de lire ou relire l'éclairant livre d'Olivier Norek, qui dans son second roman ''Territoires'', raconte en forme de polar comment certains Maires essaient de tenir leurs villes. Ici il nous entraîne dans le 9-3, comme il avait déjà fait avec ''Code 93''.

Rien à voir avec Chanteloup-les-Vignes, c'est dans les Yvelines, ou avec Sarcelles, c'est dans le Val-d'Oise, mais que de similitudes sur des territoires, qu'on dit perdus pour la République mais qui me semble plus juste de dire abandonnés par un État qui ne règle les affaires que sur le versant moins-disant économique et le plus-actif répression policière. On se souvient des jeunes à genoux de Mantes-la-Jolie, de la pédagogie de l’humiliation, et on peut s'attendre que les conséquences de ces violences sur enfants sortira, un jour ou l'autre, et certainement de la plus mauvaise façon.

Reste que ce sont nos enfants, qu'ils ont fréquenté nos écoles, qu'ils ont grandi dans nos quartiers, pas qu'en banlieue, qu'ils ont été bercés par notre “culture” et nos chaînes de télévision...! Et, apparemment, nous ne savons pas -comme s'ils ne le méritaient pas- quoi en faire? Eux non plus, ne savent pas trop quoi en faire de leur avenir et parfois ça explose!

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C'était comme ça le chapiteau en bois de la Compagnie des Contraires* https://www.compagniedescontraires.com

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