14ème jour de grève de la faim des Djiboutiennes : soutenons les !

14 jours de grève de la faim des femmes Djiboutiennes ! : Quand on rentre dans leur local il y a comme un accueil chaleureux fait de regards, de beaux regards, de femmes déterminées à dénoncer les viols et surtout, à prévenir le futur de leurs sœurs victimes de ces crimes impunis par le pouvoir de Djibouti qui s'arroge le droit de le garder pour y rester ad vitam eternam !...

 C'est le 14ème jour de grève de la faim et il me paraît important de le signaler, de le faire savoir et diffuser le plus possible l'information.

 Et pourquoi ? C'est que Djibouti va se doter d'un nouveau Président dans quelques jours, (aucun suspens...) ce sera celui qui était là avant et que veut y rester pour toujours (4ème mandat). C'est donc le moment de parler en occident de Djibouti, de ses mœurs, de sa politique, de ses arrangements stratégiques avec la France, de ses femmes violées en toute impunité. Cette élection c'est une mascarade pour donner un vernis démocratique à Djibouti. D'ailleurs, on le dit communément «à quoi ça sert des élections à Djibouti ? À amuser les chancelleries occidentales!» À bon entendeur salut !

Et c'est cette date que dix femmes de Djibouti (dont quatre victimes de viol) ont choisi pour exprimer de la forme la plus déterminée leur engagement, leurs convictions et attentes de la justice internationale : elles exposent leur vie, leur santé pour faire aboutir la revendication simple de la justice. Être reconnues comme victimes des abus des militaires, notamment des FAR (Force d'Action Rapide, ces polices d'élite que l'occident a formé) et faire que leurs agresseurs soient jugés.

Sachant que les procédures, les plaintes, ne sont pas engagées dans leur pays (mille difficultés avancées par la police), les médecins craignent (pour leur avenir professionnel voire leur vie) de faire des certificats attestant l'agression. Les avocats locaux qui ne souhaitent pas s'engager de peur des suites et des représailles du gouvernement, ces femmes sont à la merci du pouvoir sans obstacle. Un des porte-parole du gouvernement cherchant à disqualifier ce mouvement a déclaré que ce sont des « viols anciens ». Un autre parle de « viols imaginaires » !

 C'est Aïcha Dabalé, porte-parole du Comité des Femmes Djiboutiennes contre les Viols et l'Impunité (COFEDVI), qui nous parlera de cette lute des femmes enclenchée depuis 1992 lorsqu'une femme, mère de famille a été violée et brûlée vive. Certes c'était la guerre civile mais le traitement fait aux femmes encore aujourd’hui exige que ces crimes de viol soient considérés comme des «crimes de guerre». C'est pour cela que «l’ouverture d’une enquête internationale sur toutes les exactions commises à l’encontre des femmes en République de Djibouti», serait vraisemblablement le début d'une nouvelle ère dans la vie de ces femmes nomades du peuple Afar. Elle «évoque également l'affaire Borrel et le combat de sa femme pour faire éclater la vérité » (voir billet précédent).

De nombreux soutiens

 Le mouvement a d'ores et déjà reçu un nombre important de soutiens. A noter la visite du Maire de Cachan, la commune voisine, Jean-Yves Le Bouillonec, ainsi que de deux députés européennes, Marie-Christine Vergiat, Front de Gauche, et Maïté Mola, Espagnole, vice-Présidente du Parti de la gauche Européenne. Soulignons les soutiens de Yvette Roudy et d'Agnès Jaoui. A sont tour, le Président du Conseil Général du Val de Marne et Sénateur Christian Favier, a publié un communiqué rappelant qu'à «quelques jours de l’élection présidentielle qui se déroulera dans leur pays le 8 avril, elles souhaitent attirer l’attention du public et des dirigeants internationaux sur l’utilisation du viol dans la plus grande indifférence comme arme de guerre à Djibouti. Indépendant de la France depuis 1977, la présence militaire française est encore très importante dans ce pays de la corne de l’Afrique. Les relations diplomatiques entre nos deux pays sont fréquentes. Les accords et traités de coopération sont nombreux tant le domaine de la sécurité, que des relations économiques, commerciales et culturels.  L’utilisation de la localisation géostratégique de ce territoire pour lutter contre la piraterie, et le terrorisme ne doit pas se faire au détriment du respect des Droits de l’Homme. Soucieux du respect de ces Droits partout dans le monde, je soutiens le combat de ces femmes pour la reconnaissance de ces viols comme crimes de guerre, l’ouverture d’une enquête internationale sur toutes les exactions commises à l’encontre des femmes en République de Djibouti, le jugement des soldats coupables de viols, et le respect des conventions régionales et internationales ratifié par Djibouti».

De son côté, Sabine Salmon, présidente du réseau des Femmes solidaires, nous explique la force du mouvement et toutes les démarches engagées. «Nous avons été reçues longuement par l’ambassadrice aux droits de l’Homme et avons bon espoir que le gouvernement français fasse une déclaration. Le combat va bien au-delà de Djibouti, il porte sur la reconnaissance réelle du viol comme arme de guerre et l’intégration de la lutte contre ce fléau dans les négociations diplomatiques, au même titre que d’autres enjeux », défend Sabine Salmon, présidente de Femmes solidaires.

Nous sommes saisis aussi par ce lieu à Arcueil (Val de Marne) qui les héberge. C'est en plein dans la Cité du Chaperon Vert, dans la place Marcel Cachin. Une solidarité spontanée s'est installée, les commerçants sont passés pour soutenir ces femmes. Une voisine qui tous les matins avant de partir travailler descend un thermos avec du thé, une militante très âgée, de la cause des femmes,  qui a ouvert son appartement pour que les grévistes prennent leur douche. Les jeunes du quartier, surpris, voire soupçonneux au début laissent entendre qu'ils sont là pour défendre «ces femmes»! Ce local, dans l'esprit de Femmes solidaires, présent et inséré dans le tissu social existe depuis 50 ans. Il est la preuve des solidarités qui peuvent encore se manifester et s'alimenter entre voisins!

 C'est au cœur de la cité, j'ai envie de dire au cœur de la vie de la cité, là où enfants et adolescents venus d'ailleurs se réunissent et se trouvent la plupart du temps cherchant à tuer le temps ou à chercher ce qui peut leur arriver et peut-être leur faire sens. Aïcha et ses camarades appellent à la solidarité et elles mêmes font preuve de courage et nous apprennent l'ouverture aux autres. Cette façon de dire que leur combat c'est aussi le nôtre car le viol, par temps de guerre ou par temps de paix,  reste une « arme » de la supériorité supposée de l'homme. Et avec elles sachons dire non!

 Précédent billet Djibouti : contre le viol et l'impunité  

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.