Le “vieux” Maire et son ange-gardien!

“Alice et le Maire”. Prenons une grande ville, Lyon par exemple, un Maire installé depuis longtemps, ici c'est Fabrice Luchini, sinon apprécié au moins respecté et qu'on estime incontournable. Un cabinet de combat avec des jeunes loups au costard approprié, une directrice de cabinet volontaire et omniprésente. Mais il se fait vieux, on dit même qu'il n'a plus le goût on tout au moins plus d'idées!

Que faire? On lui avait proposé une thérapie ou un coach mais il n' y voit pas l'intérêt. Une idée géniale surgit, une philosophe ou à peu près…

Alice et le maire

C'est donc une jeune normalienne, qui étudie Rousseau, Orwell ou Illich… et qui va, mine de rien, sans trop savoir où on l’embarque ni comment elle s’y est embarquée, découvrir un "autre monde" et apporter un autre "savoir être". Progressivement, sans crier gare, sans rajouter tout en restant ferme sur quelques points précis de ses questionnements plus que sur ses vérités, elle va aider à révéler quelque chose de l’humain dans ce monde qu’on dit de brutes qui serait la politique. Et sa première note sur l'humilité l'a bousculé, d'abord incrédule, ensuite médusé et finalement... un peu touché!

C’est un beau jeu de ce couple. Le Maire trouve un Fabrice Luchini excellent dans sa superbe-morosité du début à une sorte de constat-apaisé d'une distance assumée avec la "haute" fonction. De son côté, la jeune comédienne, Anaïs Demoustier , qui joue Alice, vive, alerte, naïve, pertinente nous conforte dans l’idée que finalement si on est soi, en liberté et en conscience, on arrive à insuffler un peu d’humanité et à faire ressortir la mesquinerie ou la jalousie.

Tout n’est pas gagné mais Nicolas Pariser, pour son deuxième film,  réussi avec talent à nous faire côtoyer un peu de l’ambiance, de l’ambition voire des petits enjeux et manœuvres dans un milieu supposé détenir le pouvoir.

Ce n’est pas un film politique-à-message "le bon et le mauvais" mais un film sur l’âme du vieux Maire, usé et solitaire et la lucidité impertinente, non moins solitaire, de son ange-gardien ! Et sur ce versant, un film sur la politique. Sans doute pour le citoyen-électeur mais surtout pour le citoyen-élu, à le faire réfléchir sur ce qu'il donne à voir et vraisemblablement un peu sur ce qu'il est... dans cet échange inventé par la démocratie à travers un vote qui fait, actuellement,  disparaître l'engagement citoyen ou militant au bénéfice des agitateurs-communicants.

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