Le jardin de monsieur Gallimard et le vélo

C'était avant la déferlante pro-vélo que le parcours la Seine à vélo a été imaginé, étudié, planifié, approuvé par les entités compétentes, comme on dit et, par tronçons, mis en travaux. Mais voilà, dans l'Eure, le chemin de halage à Pressagny, touche des jardins de propriétés privées. Et là, halte! la famille Gallimard n'est pas d'accord.

C'est un projet qui relie Paris au Havre, itinéraire qui prévoit des aménagements le long de la Seine en passant par Mantes-la-Jolie et La Roche Guyon.

En Seine-Maritime, l'itinéraire est aménagé et jalonné sur pistes cyclables et petites routes de Rouen au Havre. L'itinéraire jongle sur les deux rives de la Seine où des bacs (gratuits) permettent la traversée du fleuve. En arrivant sur l'estuaire, deux options sont possibles, l'une vers Honfleur, l'autre vers Le Havre.

L'objectif est de privilégier le déplacement à vélo en l'associant à des haltes culturelles comme Giverny mais aussi cette proximité avec le fleuve et toutes ses beautés. Pour cela à certains moments le chemin passe proche des propriétés privées, voire des résidences secondaires. Et probablement, sûrement même, le partage des bords de Seine avec des gens venus d'ailleurs, fussent-ils à vélo, risque de déranger voire d'empiéter sur des plates-bandes dont des propriétaires se sont, parfois appropriés, puisque personne y passait. Et quand on s'appelle Gallimard, tout de même, une véloroute au fond du jardin (enfin à vélo... mais il y a toujours le mot route), avec des hordes de cyclotouristes, c'est non!

Bien sûr je simplifie, c'est un peu plus compliqué que ça. Il paraît même que les bords de Seine s'effritent, peuvent être dangereux et certaines clôtures des résidents doivent être reculées, étant nécessaire de renforcer les berges. On pourrait penser que ce projet serait une opportunité pour le faire dans l'intérêt des habitants et des usagers. Faire profiterde ces lieux préservés à un plus grand nombre ne serait pas non plus une attente à l'aisance des propriétaires. Mais l'association qui s'oppose à ce projet de passage du vélo, pour se faire entendre à refusé de recevoir les géomètres. Toujours difficile d'échanger ou débattre quand on ferme la porte.

Il y a donc deux associations, dont une, l'Association Culturelle Bords de Seine (présidée par Claude Franck, un membre de la famille Gallimard) “préfère emprunter la voie judiciaire pour infléchir le tracé de la Seine à Vélo : deux recours ont été déposés devant le tribunal administratif”.

Selon France Bleu Normandie ce sentier presque à l'état sauvage, traversant Pressagny l'Orgueilleux, “certaines maisons sont proches du fleuve et le chemin est par endroits très étroit. Une dizaine de riverains pourraient être expropriés de 7 à 10 mètres de jardin”.

Le vice-président du Département de l'Eure en charge de ce projet la Seine à vélo, cité par Anne Bertrand, dans le reportage de France Bleu, dit comprendre les interrogations sur les effets d'un tel projet “Évidemment lorsqu'on doit réfléchir avec les riverains en leur prenant un bout dans le jardin, c'est plus compliqué donc il faut prendre notre temps, expliquer et convaincre. En revanche, Frédéric Duché, semble moins indulgent sur les critiques quand elles sont portées par une famille parisienne comme Gallimard: C'est toujours facile de ne pas être d'accord lorsqu'on habite dans les beaux quartiers parisiens et qu'on ne vit pas forcément sur le territoire. Ce projet de Seine à vélo est aussi un outil de développement touristique. Nous ne sommes pas une région très riche et nous avons besoin de ces infrastructures pour alimenter l'économie locale.

Et ce combat de la famille Gallimardvient de recevoir un renfort médiatique de poids dans la personne du prix Nobel de la Littérature Le Clézio. Il a publié une tribune dans le journal local, Paris-Normandie du 23 juillet 2020, trouvant ''aberrant'' ce projet. […]Le projet de transformer cette promenade romantique, au fil de l'eau, au rythme lent, en une piste cyclable moderne, bitumée et fléchée, n'est pas seulement absurde, il est aberrant.[…]

Nous sommes nombreux à admirer le grand talent littéraire de Le Clézio. Pour ma part j'estime et respecte aussi ses qualités humaines dans les différentes prises de position que j'ai eu à connaître. Mais je suis surpris et perplexe de son besoin de conforter l'opposition de son éditeur (avec d'autres) pour préserver le bout de leurs jardins. D'ailleurs un autre prix Nobel de la Littérature, Modiano, également édité chez Gallimard, soutient l'Association qui s'oppose à l'aménagement du chemin de halage.

Et là aussi, nous sommes nombreux à apprécier, lire et acheter les éditions Gallimard... mas ces exigences de ''pré-carré'' paraissent peu en phase avec l'idée qu'on se fait (en tout cas moi) de l'esprit humaniste et altruiste d'un éditeur...

 

Le dessin de la semaine... fédérale internationale de ...

Merci Kurt pour ce dessin, paru dans actu.fr * Perche

Bords de Seine, chemin des douaniers... même combat?

C'est d'une autre nature, si on peut dire, mais le chemin des douaniers, ou sentier du littoral de Saint-Briac sur Mer (Ille-et-Villaine), faisant partie du GR 34, a également été (et serait toujours) au centre d'une bataille juridique.

Les riches et notables propriétaires touchant le chemin côtier sont vent debout contre l'accessibilité des marcheurs au sentier, depuis presque quatre décennies, malgré la loi de “servitude de passage”. C'est qu'ils voulaient conserver leur accès direct à la mer depuis leur demeure!

Ce sentier, longe le littoral breton sur plus de 2 000 kilomètres depuis le Mont-Saint-Michel jusqu'à Saint-Nazaire, consacré par la loi du 31 décembre 1976, qui fixe une servitude de trois mètres sur les propriétés privées en bord de mer, pour permettre aux randonneurs d'y passer.

Le hic, c'est qu'il y a aussi des personnes de grande notoriété... Un ancien président de la Cour des Comptes, la famille de John Kerry et celle de Brice Lalonde, ancien ministre et qui a été Maire de la commune de 1995 à 2008. Ce n'est qu'après son départ que la procédure pour l'ouverture du sentier a été relancée par son successeur Auguste Senghor (2008-2014), neveu de l'ancien président du Sénégal. Selon lui, rapporté par l'Ouest France, “à Saint-Briac, il y a plus de votants que d'habitants. Ce sont les résidences secondaires qui font la loi».

Et toujours dans l'Ouest France (26/12/2018) “Les propriétaires des belles villas en bord de mer multiplient, eux, les recours en référé, sans succès à ce jour. «Le sentier affectera le bien-être des habitants s'il rase leurs murs et ruine leur intimité. Ceux-là ne pourront s'empêcher d'y voir une confiscation», soutient ainsi Brice Lalonde, dans un message à l'AFP. Concernant sa maison de famille, l'ancien ministre se dit «inquiet du risque terroriste» car «il sera assez facile de viser des membres de ma famille engagés dans l'action politique»”.

Petites “baronnies”

Ces petites “baronnies” qui dérangent les propriétaires signent une sorte de toute puissance dont le petit peuple des randonneurs et des cyclistes n'ont qu'à passer au large! Sans doute que le confort des propriétaires est respectable et mérité, mais le partage de l'espace public avec les non-propriétaires n'est pas moins digne d'intérêt.

Il va sans dire que le combat de MM Lalonde, Gallimard et autres, est juste pour préserver les chemins du littoral breton, des bords de Seine ou d'ailleurs, à condition qu'ils acceptent qu'il n'y a pas de citoyens plus égaux que d'autres”!mais c'est vrai, parfois nous en sommes loin.

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Entre la piscine et la mer... un étroit sentier!

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