La “contrôleuse générale”, enchaînée ou dé-chaînée?

Qui dirait que le Canard cachait une “contrôleuse générale”? Après les “attractions médiatiques” Bachelot et Dupont-Moretti, voilà que le président des coups d'éclat (ou de la pub du réinventons-nous) se paie une journaliste (appréciée) du Canard Enchaîné. Il se “déchaîne”, le monsieur de l’Élysée, parti en campagne pour 2022!

Nommée “contrôleuse générale des lieux de privation de liberté”, les lecteurs du Canard ne se réjouissent pas (en tout cas moi) de ne plus lire les coups de barre” de Dominique Simonnot, souvent des petites perles sur la condition humaine des prévenus en comparution immédiate et du coup sur la justice en général.

Que n'apprennent-on dans ses chroniques sur l'état de la Justice, sur l'attitude des juges présidents des audiences (pas toujours des personnages épris d'humanité), des procs parfois peu inspirés et donc à la main lourde, des rapports d'expertise qu'on pourrait dire “ni fait ni à faire”, des jeunes avocats rembarrés par des magistrats sûrs de leurs droits (ou bon-vouloir) et qui n'arrivent même pas à terminer leurs observations.

Une chronique de Dominique Simonnot , dans le Canard du 30 septembre est un exemple édifiant... extrait : […] “C'est au tour de l'élève avocate: «Cette affaire illustre inadaptation des procédures aux handicapés mentaux! L'altercation avec les policiers a fait beaucoup de dégâts, il a été frappé, avec des risques très importants et... – Maître, je vous demande d'abréger vos cours de philo! La délicatesse de ce dossier semble vous avoir échappé! S'emporte le président, furieux. – Je voulais parler de l’incompatibilité entre justice et maladie mentale! – Ah? Ce petit couplet était-il obligatoire, alors que vous n'avez même pas lu l'expertise?

Une chronique judiciaire à la façon de D. Simonnot du Canard Enchaîné

C'est donc une impertinente, pas dépourvue de justesse, observatrice des choses de la justice qui a été proposée aux présidents des deux chambres, Assemblée nationale et Sénat. Ils ont été saisis par l’Élysée du projet de nomination de Dominique Simonnot. Chacune des Chambres doit valider cette nomination d’une durée de six ans.

Une formation de droit, éducatrice pendant plus de dix ans à l'administration pénitentiaire, devient journaliste à Libération, comme reporter au service Informations générales (police/justice). Dominique Simonnot y restera jusqu'en 2006 ayant exercé aussi les fonctions de présidente de la Société des rédacteurs et du Conseil de surveillance du journal.

Et c'est à partir de 2006 que Dominique Simonnot intègre le Canard Enchaîné, et publie en-bas-à-gauche de la page 5 ses bien assénés coups de barre”.

J'avais eu l'occasion de voir au Théâtre la représentation de «Comparution immédiate...» au Rond-Point!*, et je faisais référence à son livre sorti en janvier 2020, un recueil de chroniques de Dominique Simonnot intitulé justement, “Coups de barre, justice et injustices en France”. On ne le verra pas dans la liste d'ouvrages de préparation à l'école de la magistrature mais il y serait précieux... à condition qu'on puisse causer après car de ces coups de barre on ne sort pas indemne!

Depuis juillet que le poste était vacant après le départ d'Adeline Hazan, magistrate, que j'avais aussi apprécié en tant que Juge des Enfants au TGI de Paris. C'était en effet surprenant qu'un poste de cette importance ait été sans titulaire. Signe du peu d'importance qui lui est accordé en haut lieu ou la réalité d'un poste “indépendant” mais dépendant des décisions du ministre de la justice, de celui des finances, de la santé et, en définitif du président. Le Contrôleur général des prisons (CGLPL) est chargé de veiller au respect des droits fondamentaux dans les lieux de privation de liberté et peut être saisi par des détenus ou leurs familles.

«Réinventons-nous», Macron!

Les péripéties de ce quinquennat notamment en questions de justice et de police me conduisent à douter des intentions” de ce «réinventons-nous», les actes étant significatifs de politiques de démantèlement du service public (Juges, greffes, policiers...) qui conduisent à des mesures répressives qui cachent mal l'absence de prévention et des moyens pour la rendre prioritaire.

L'arrivée à ce poste de quelqu'un d'atypique, dans une instance administrative indépendante est peut-être une opportunité pour donner un “coup de pied dans la fourmilière” mais aura-t-elle les moyens même si on sait qu'elle a (en tout cas jusqu'à présent) la capacité et la liberté de coups de bec” bien ciblés. Le choix du président, vue ses méthodes et ses discours, laisse toutefois dubitatif voire carrément opposé par ce qu'il représente de manouvrier.

En tout cas on peut s'attendre à ce que la nouvelle “contrôleuse générale” soit soumise à “comparution immédiate” devant les lecteurs du Canard, voire un paragraphe-pointu sur “l'album de la comtesse”, si elle donne des signes de privation de liberté”...!

Coups de barre - Justice et injustices en France de Dominique Simonnot -  Grand Format - Livre - Decitre

 

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