Le président du pipeau

“C'est du pipeau”: signifie mentir pour plaire ; ce n'est pas sérieux ; c'est inefficace... Le grand débat, la convention citoyenne, le Ségur de la Santé... tout ça ressemble à cette expression, si populaire “C'est du pipeau”.

axilya on Twitter: "humour : c'est du pipeau #Macron #Ecologie #Amazonie… "

merci Mutio pour ce dessin.

La séquence vidéo du président-moderne qui va parler aux jeunes sur le média en ligne Brut est venu confirmer les véritables intentions de Macron notamment sur l'environnement et la transition énergétique. Sa tirade pour mettre en cause Cyril Dion est exemplaire de l'utilisation-communicante que le Président a fait de la Convention Collective et du leurre que cette initiative semble représenter.

En quelque sorte, Macron a mis au goût du jour la célèbre phrase de ClemenceauSi vous voulez enterrer un problème, nommez une commission”. Il en a fait plus avec le Grand Débat National, en bras de chemise, il s'est livré à une performance, un one-man-show. Montrer aux “incontrôlables” gilets jaunes qu'il connaissait tous les sujets, n'ignorait aucune question et lui aussi était sur le terrain... pas sur les ronds-points mais en salles remplies et bien surveillées.

Le climat, l'environnement, l'écologie, voilà une bonne idée qu'on lui a soufflé (Cyril Dion, cinéaste et Marion Cotillard comédienne), une convention citoyenne, tirée au sort, installée dans les lieux des institutions républicaines, ils réfléchiront sur le climat et sur ce que le France devrait faire pour la préservation de l'environnement. Pendant ce temps là, 150 citoyens investis de cette légitimité de la parole du terrain, se réuniront et la population mettra la pédale douce sur la critique d'autant que le Président, dans des séquences de communication a affirmé que leurs conclusions seront entendues, étudiées et passeront “sans filtre” (encore une démago, l'élaboration de la loi c'est une construction et un débat) comme des projets législatifs...

Depuis, entre la 5G, les reculades dictées par la FNSEA (notamment sur la dérogation à l'interdiction des néonicotinoïdes pour les producteurs de betterave qui avaient été bannis du fait de leur effet nocif notamment sur les abeilles, le délai du glyphosate...) l'environnement est passé au second plan, avec une ministre-équilibriste.

Et à l’Élysée, devant un parterre d'entrepreneurs “StartUp”, le président sans cravate (com. oblige), fait rire ses fans en évoquant les Amish (membres d'une communauté très austère aux USA) et caricaturant ceux qui voulaient revenir «à la lampe à huile!»

 Après avoir contribué au démantèlement du service public hospitalier, le poursuive malgré l'effort demandé aux professionnels de la santé, un autre “lapin” sorti du chapeau, le Ségur de la santé. Avec un ministre qui a été contraint par la justice d'inviter le syndicat de jeunes médecins, ce qui montre le caractère restreint qu'il voulait imposer. Là aussi, il s'agissait de faire de l'esbroufe, pour annoncer des mesures salariales exceptionnelles -pas pour tout les monde- tout en oubliant bon nombre de professions qui aujourd'hui, quelques mois après continuent à manifester et à rappeler au ministre, comme la semaine dernière l’Association hospitalière de Bretagne (AHB), qui dénonce, notamment, les dispositions salariales qui divisent et créent de l’iniquité, issues du Ségur de la Santé, « Nous ressentons le Ségur de la Santé comme humiliant ».

Un général?... me voilà!

Nous pouvons dénoncer à l'infini la tournure de ce quinquennat, le mépris affiché en haut lieu, l'utilisation de ce viruspour imposer des mesures discriminatoires sans débat ni concertation comme si la démocratie était leur propriété. L'exemple du récent article de la loi Sécurité Globale, après avoir imposé aux députés de voter la loi (ils étaient 388) à l'Assemblée et alors que la ''la main'' revenait au Sénat, le premier ministre décide de créer une commission pour réécrire la loi, le ministre de l'intérieur actuel dit qu'il n'y a rien à enlever, l'ancien ministre du portefeuille dit que la loi sera réécrite... au-delà de la cacophonie, c'est la conception même de la démocratie qui est en jeu : tout ce qui se fait ou se dit en dehors de nous n'a pas de place dans le monde En Marche, point.

Reste que pour les prochaines échéances un ''triumvirat'' se configure -la république en marche, les républicains-le rassemblement national- qui, a quelques nuances près, ne se distinguent que par des intérêts de clan (même s'ils sont puissants). De l'autre côté, selon les nuances de gauche, les divergences, les points de vue, les destins, les singularités sont aussi fortes mais paraissent bien plus fragiles et peu opérantes.

Avec, sorti du bois par Valeurs Actuelles, un général Pierre de Villiers se met à rêver... après que l'hebdomadaire publie une étude de l'institut Ifop selon laquelle 20% des Français seraient prêts à voter pour le général s'il briguait, finalement, la fonction suprême en 2022". Son frère, Philippe, se laissait aller à un aveu, «Il est des moments où la situation appelle un militaire», et selon Le Figaro, «Les Français veulent un président de la République qui ait trois qualités: la sincérité, l'autorité et le patriotisme. Pierre a les trois».

Pendant ce temps là, les inégalités s'accroissent, la paupérisation s'enracine parmi la population plus jeune, l'éducation nationale sélectionne et des pans entiers de jeunes sont laissés pour compte dans les banlieues dites à problème. Le bras armé du pouvoir qui constitue la police,  semble être là davantage pour protéger la politique du clan au pouvoir que les citoyens. Et pourtant, ces policiers, ces fonctionnaires,  bénéficient des finances publiques grâce à l'impôt des citoyens. 

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