Faut-il des “gilets-jaunes” pour la protection des mineurs?

Les Juges des Enfants de Bobigny, en nov 2017, avaient lancé “un appel au secours”. Quelques jours après, dans une tribune de la Croix, 183 magistrats soutenaient en l'élargissant l'appel de Bobigny. Au tour des professionnels éducatifs de la Seine St-Denis de dénoncer “la non-protection de centaines d'enfants en danger”. Faudra-t-il sortir des “gilets-jaunes” pour stopper cet abandon programmé?

Résultat de recherche d'images pour "protection de l'enfance dessins"       Ce sont les “éducatrices et éducateurs spécialisés, assistantes et assistants sociaux, psychologues, secrétaires, chefs de service” éducatif, de l’Association vers la vie pour l’éducation des jeunes (AVVEJ) de la Seine-St-Denis, confrontés sur le terrain à l'impossibilité de répondre aux signalements de situations de violences, abus sexuels, maltraitances exercées sur des mineurs, qui appellent “les pouvoirs publics à faire de cette thématique une cause nationale”.

Il dénoncent une politique qui consacre l'abandon des populations en précarité sociale et/ou éducative. Du côte des professionnels de la Justice, censés protéger les mineurs en danger, il y avait déjà eu en novembre dernier un acte fort, Juges “lanceurs d'alerte”! adressé aux pouvoirs publics (aussi bien l’exécutif que les départements et régions sont concernés), soulignant l'impossibilité de faire appliquer les décisions de justice en matière de protection des mineurs. Quelques jours plus tard, le 25 novembre, nouvelle initiative, avec l'Association des Magistrats de la Jeunesse et de la Famille, ils étaient 183 juges a élargir géographiquement, en donnant de l'ampleur à l'interpellation des autorités compétentes.

Mais les pétitions, tribunes, appels, semblent ne pas émouvoir les décideurs qui ne se donnent même pas la peine d'accuser réception publiquement. En revanche, par une brève entourloupe de dernier minute, la Ministre de la Justice a demandé au parlement (à savoir les élus en marche) de soutenir sa réforme de la circulaire de février 45, concernant la jeunesse délinquant, par une circulaire à venir, Justice des mineurs! À la manœuvre.... En quelque sorte ouvrir un autre “chantier” lui permet de dévier l'attention sur les alertes des Juges et de ne pas répondre aux observations exposées.

Ce sont les professionnels de terrain, salariés de l'AVVEJ de la Seine St-Denis qui, dans ce département comme dans beaucoup d'autres, sont confrontés à des interventions éducatives qui perdent tout leur sens, faute de moyens mais aussi de vision globale d'une politique de protection et d'éducation intégrant les différents intervenants auprès des mineurs. C'est peut-être aussi le moment de soulever la question de la protection des enfants et jeunes seulement du point de vue de la justice des mineurs, l’Éducation Nationale ne faisant jamais partie de ce dispositif.

Mesures éducatives  “fictives”

Et leur communiqué explicite bien ce constat. Extrait:

[…] “Professionnels de l’enfance et de la famille, nous rencontrons, à la demande du juge des enfants, des familles dont un enfant se trouve en situation de danger, c’est-à-dire lorsque «sa santé, sa sécurité, sa moralité sont en danger (…), ou que les conditions de son éducation, de son développement physique, affectif, intellectuel et social sont gravement compromises» (art. 375 et suivants du Code civil). Ces mesures éducatives judiciaires ont pour objectif d’apporter un éclairage au juge sur la situation et l’histoire familiale, d’apprécier la nature et le degré du danger, et d’accompagner l’enfant et ses parents dans les difficultés rencontrées, afin de tenter d’y remédier.

Nous partageons avec les juges des enfants, le constat dramatique d’une impossibilité de mener à bien les missions qui nous sont confiées par l’État et le Conseil départemental. Nous sommes confrontés à une quantité grandissante de mesures éducatives qui viennent grossir les listes d’attente de tous ces enfants dont la situation de danger est avérée, et qui constituent des « mesures fictives » pouvant attendre jusqu’à dix-huit mois” […].

Ce que les professionnels éducatifs soulignent, on le constate dans les autres structures dont la mission est l'accompagnement des mineurs, comme les Centres médico-psychologiques (CMP), secteurs de psychiatrie, service social, protection maternelle et infantile (PMI)… Les budgets sont insuffisants eu égard aux besoins identifiés sur le département: un an d’attente pour une prise en charge psychologique en CMP, pénurie de foyers et de familles d’accueil, etc.

Les dégâts humains et matériels engendrés par des politiques basées sur des critères exclusivement comptables, seront à court et moyen terme bien plus onéreux. Les signataires de l'AVVEJ l'évoquent, dans ces termes “... enfin nous dénonçons un coût énorme pour la société, qui pourrait être évité. Un enfant qui se construit dans un climat de violence physique, psychologique ou de carences affectives a plus de risques de devenir un adolescent délinquant, un adulte vulnérable qu’il faudra protéger ou dont il faudra protéger la société”.

Est-ce qu'il faudra se munir des “gilets-jaunes-enfants” pour être entendus et que d'autres priorités soient prises en compte concernant l'enfance et la jeunesse et mises en pratique.

On comprend que cette politique d'abandon de la jeunesse qui devraient être une des compétences régaliennes de l’État, est dans la même logique et oriente l'absence d'engagement et de vision vis à vis des mineurs isolés qui arrivent en France. Il suffit de voir (entre autres) le désarroi et la perdition dans lesquelles se trouvent quotidiennement des dizaines de mineurs autour de la station La Chapelle (située à la limite des 10 et 18 arrondissement de Paris), et on pourrait multiplier les exemples.

Faudra-t-il que juges des enfants, travailleurs sociaux, éducateurs... manifestent en prenant des “gilets aux multiples couleurs de l'enfance et de la jeunesse” pour que le devenir du pays, dont ces jeunes sont la “matière première”, les reconnaisse autrement?

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