Petits profits de gros sénateurs!

Le jour où le Paradise-Papers était révélé au monde, s'ouvrait au Palais de Justice de Paris la requête de cinq sénateurs ex-UMP pour l’annulation de leur mise en examen dans l’enquête sur des «soupçons de détournement de fonds publics». Rien à voir entre ces deux affaires, sauf qu'elles sont révélatrices d'une atteinte à l'esprit démocratique par l'appât du gain au détriment du bien commun.

Ce dernier lundi, devant la chambre de l’instruction de la cour d’appel de Paris, cinq sénateurs soupçonnés d'avoir participé à 'détournement de fonds publics' contestaient le droit à la justice d'enquêter. Ils auraient empoché des chèques qu'un collaborateur UMP, Michel Talgorn, avait des ordres pour distribuer, comme il l'a raconté à Mediapart [«Je rédigeais les chèques, les sénateurs venaient dans mon bureau» ].

Ces Messieurs les Sénateurs, avaient créée une Association comme couverture pour rassembler les «ristournes» de l'argent non dépensé avec leurs collaborateurs. Ils se sont ainsi constitué une cagnotte pour compléter leurs fins de mois.

L'enquête de Mathilde Mathieu de janvier 2017 démonte bien le système [ Des millions d’euros ont été siphonnés par des sénateurs UMP]. Pendant plus de dix ans 117 sénateurs ont bénéficié des chèques pour plus de 5 millions d'euros. Il y aurait eu aussi, semble-t-il de l'argent liquide.

Sénateur pendant deux ans (2005-07) M Fillon en a tiré profit pour 21.000 euros. Le Sénateur-Maire de Marseille, M Gaudin en a bénéficié entre 2012 et 15 de 130.000 euros... Mais également l'ancien trésorier du groupe UMP, aujourd'hui sénateur LR Jean-Claude Carle, et l’ancien élu et ministre de la Sarkozie, Henri de Raincourt, qui dirigeait l'Association «distributrice».

A l'évidence, ces fonds dont les sénateurs se sont "appropriés" ont été détournés de leur objectif premier, ce pourquoi ils étaient destinés.

Ce n'est pas le point de vue des Sénateurs. Et surtout ce qu'ils contestent c'est que le pouvoir judiciaire puisse y mettre son nez et s'octroie «le droit de contrôler l’usage des fonds mis à leur disposition pour leurs missions».

D'ailleurs, et c'est surprenant, «la chambre de l’instruction a ordonné au juge de suspendre ses investigations, le temps qu’elle se prononce sur les recours des cinq sénateurs». C'est à dire que l'enquête qui suivait son cours en juin dernier a été arrêtée d'autorité, pour voir ce qui donnerait l'audience de recours du lundi 6 novembre.

Nous sommes là encore confrontés aux manipulations que les Élus s'autorisent, légalement estiment-ils, pour bénéficier ou faire bénéficier leurs proches ou leur clan des fonds publics.

C'est le 18 décembre prochain que la justice se prononcera. Entre-temps ces pratiques passent presque inaperçues, comme si les citoyens se lassaient de tant de combines et de méthodes douteuses dont le droit a du mal à s'imposer là où l'éthique et le bien commun sont négligés et détournés.

Leurs faits et gestes sont un détournement de l'esprit démocratique, une sorte de corruption des valeurs de la démocratie.

Résultat de recherche d'images pour "sénateur caricature"

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.