Pendant la Covid la “casse” continue... l'exemple du Lycée Rabelais

Le gouvernement clamait il y a un an l'importance de la formation des professions essentielles, “plus” encore pendant la crise sanitaire qui s'accroche. En plein “boom de crise sanitaire”, au lycée Rabelais, à Paris, ces formations sont supprimées. Les trois écoles du lycée "des métiers de la santé et du social" qui forment des Assistantes Sociales, Infirmières et Puéricultrices seront fermées.

Alors que le gouvernement, compte tenu de la situation sanitaire et sociale, affirme vouloir augmenter le nombre de professionnels de ces secteurs pour assurer 15 000 embauches dans l'hôpital public et combler le nombre élevé de postes non pourvus dans le secteur social, la décision du ministère, connue il y a moins d'un mois, est incompréhensible.

C'est à la mi-février que l'Académie de Paris annonçait son désengagement du financement de ces formations. La plupart des étudiants viennent des quartiers dit défavorisés, en majorité des boursiers, leur permettant une formation supérieure, peu coûteuse. Le discours “à la jeunesse” que le président fait via les Youtubers, ne résiste pas à cette nouvelle mesure, là aussi discriminatoire, envers les jeunes les moins “bien nés”.

Les promotions actuelles pourront terminer le cursus, en revanche les inscriptions sur Parcoursup, date limite le 11 mars, ne seront pas disponibles pour les éventuels futurs candidats.

Voilà le déroulement des échanges récentes entre la Région d’Île-de-France, l'Académie et les directrices de trois Écoles.

* Le 04-03-2021 Mme la Vice-présidente à la Région Île-de-France chargée de la Santé, des Solidarités et de la Famille a reçu les Directrices des trois Écoles pour leur confirmer que la Région n’est pas en mesure de financer les formations pour Septembre 2021 et informer que Valérie Pécresse a écrit au ministre de l’Éducation Nationale pour lui demander de reporter sa décision.

* Auparavant, l'Académie de Paris disait en janvier 2021 : .“(sur un ton sérieux) Ces formations sont de qualité mais je choisis de ne plus les financer, on contacte la Région IDF pour leur demander de faire vite. On va les rencontrer...”.

* Ce à quoi les enseignants de Rabelais réagissent “(sur un ton de colère) Supprimer sans préavis le financement de trois écoles paramédicales et sociales en pleine pandémie de COVID-19 est inconséquent”.

*  À son tour la Région IDF répond en mars 2021 : “(sur un ton sérieux) Oui on a besoin de ces formations et nous envisageons de les financer... dans 2 ou 3 ans.... que l’on ait le temps de s’organiser. On contacte l’Éducation Nationale pour leur demander d’attendre..”.

* Et le Collectif des “3 écoles du Lycée Rabelais 75018”, répond :

Cette situation reste inacceptable, les soutiens citoyens, syndicaux et politiques se multiplient autour de nous, pour affirmer la volonté politique collective d’avoir des formations sanitaires et sociales maintenues pour Septembre 2021 au sein du Lycée des Métiers de la Santé et du Social Rabelais.

Le SNES-Paris a relancé la demande d’audience urgente adressée le 09-02-2021 à Mme la Vice-présidente en charge des lycées et à Mme la Vice-présidente chargée des Solidarités, de la Santé et de la Famille, sans suite à ce jour.

Nous demandons une rencontre conjointe en urgence avec la Région IDF, l’Éducation Nationale et les Syndicats pour que des décisions soient prises avec des écrits, des chiffrages, des dossiers, du concret”.

* Notons que dans un courrier Valérie Pécresse, présidente de la région Île-de-France, adressé le 24 février à Jean-Michel Blanquer, ministre de l’Éducation nationale, rappelle l'incongru de la situation et la responsabilité du ministre : « Il serait incompréhensible qu’une problématique de locaux ou des raisons budgétaires conduisent à la fermeture de ces formations au moment où l’État et la région se sont engagés à augmenter le nombre de places accessibles dans ce secteur si essentiel du sanitaire et social […]. La gestion par l’Éducation nationale, qui est une spécificité de ces formations, doit par ailleurs être maintenue le temps nécessaire pour qu’une autre structure puisse prendre le relais, ce dont nous sommes tout à fait disposés à discuter dès à présent avec l’Etat, et notamment avec le ministère de la Santé et le ministère de l’Enseignement supérieur. »

16 000 suppressions de postes dans l'Education Nationale, la casse continue  -

dessin de Charb, merci.

Une mobilisation indispensable

Tout ceci ne concerne que peu d'élèves, 202 précisément, et tout ceci passe en catimini, parmi les méandres de l'information, qui est en pleine euphorie du vaccin “rédempteur” et d'un ministre qui a d'autres “chats à casser”.

Mais ceci est significatif de ce que cette majorité a à faire du sort des jeunes en quête de formation diplômante et motivante et de la considération que les métiers “essentiels” leur procure.

Saurons-nous mobiliser nos forces et celles autour de nous pour manifester ; là aussi, notre indignation et le faire savoir ?

Pétition* si vous le souhaitez, manifestez vous ici !

Extrait : Nous venons d’apprendre avec stupéfaction que l’Académie de Paris a pris la décision de se désengager du financement de 4 formations dispensées au Lycée Rabelais, localisé à Paris 18ème, lycée labellisé “Lycée des Métiers de la Santé et du Social” :

- Du Diplôme d’État d’Infirmier, (80 places supprimées de Parcoursup)

- Du Diplôme d’État d’Infirmière Puéricultrice (35 places supprimées)

- Du Diplôme d’État d’Auxiliaire de Puériculture (39 places supprimées)

- Du Diplôme d’État d’Assistant de Service social (48 places supprimées de Parcoursup)

Cela en pleine crise sanitaire et sociale, où tout le monde s’accorde à dire qu’il faut plus de personnels soignants et que nous allons avoir besoin de travailleurs sociaux pour répondre à la crise sociale qui s’annonce.

Interpellée par les syndicats et les représentants de parents d’élèves, l’Académie explique sans complexe son désengagement par une logique gestionnaire : la dotation du Ministère est en baisse, l’Académie de Paris doit rendre 100 emplois temps plein (ETP) et le Recteur choisit de ce fait de se désengager sans préavis de ces 4 formations professionnelles à la rentrée de septembre 2021.

*

** Déjà, en novembre dernier, Juliette Baillon publiait un billet sur Mediapart, dénonçant le “Manque de moyens, crise sanitaire et désormais violence, la situation s'est détériorée ces derniers mois au lycée Rabelais du XVIIIème arrondissement de Paris. En plus des difficultés matérielles auxquelles le corps enseignant devait faire face, un élève s'est fait poignarder ce lundi 16 novembre 2020.”   Le lycée Rabelais sous pression ici

*** D'autre part, Juliette Loiseau abordait le 16 février dernier les dotations décidées par le ministre...“Les établissements scolaires prennent connaissance, depuis deux semaines, des moyens dont ils disposeront pour la rentrée 2021. Malgré le Covid, les dotations sont au plus bas pour les collèges et lycées, annonçant une rentrée très dégradée.”  Collèges et lycées: Blanquer pas vacciné contre les suppressions de postes ici

****  Dans le premier commentaire un peu d'histoire sur le Lycée Françoise Rabelais dans le 18ème arrondissement de Paris... par Didier Dubasque !

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