Football Leaks, Rui Pinto “à moitié” libéré

Incarcéré à Lisbonne depuis le 22 mars 2019, le “hacker” portugais Rui Pinto, à l'origine du Football Leaks, mais aussi des révélations sur les affaires angolaises d'Isabel dos Santos, vient d'être libéré, le mercredi 8 avril, tout en restant assigné à résidence dans un local de la Police Judiciaire.

Football Leaks : Rui Pinto, la balle au prisonnier - Libération

Il y a un double objectif dans cette ''détention à domicile'', protéger Rui Pinto car ses révélations ont déjà suscité un certain nombre d'investigations policières, toujours en cours, touchant des clubs de foot, mais aussi des cabinets d'avocats. Avec Luanda Leaks, il y a aussi des intérêts de certaines personnalités portugaises qui risquent de devoir s'expliquer sur leurs liens et affaires avec l'ancienne colonie, l'Angola.

D'autre part, le lanceur d'alerte (statut qui n'existe pas au Portugal) a accepté de collaborer avec la justice portugaise, aidant à décrypter les fichiers informatiques appréhendés à Rui Pinto lors de son arrestation en Hongrie (dont il a été extradé). La PJ portugaise estime que dans ses dossiers il peut y avoir des éléments qui pourront aider les inspecteurs dans diverses enquêtes visant la corruption dans le football, la banque, mais aussi le monde des affaires et de la politique.

Rui Pinto, 30 ans, est né à V.N de Gaia (la ville en face de Porto, de l'autre côté du Douro), est un autodidacte informaticien, diplômée en histoire et un passionné d'archéologie. Il se considère comme un ''lanceur d'alerte'' mais, pour le moment il n'est pas reconnu comme tel au Portugal. On notera toutefois que cette libérationa été souhaitée par le parquet et la Juge d'instruction a fini par accepter ouvrant peut-être la voie à d'autres révélations sur la corruption dans le foot portugais et certains de ses supporters...

En Espagne, le trésor Public a pu récupérer, de la part de Ronaldo, la somme de 18,8 millions d'euros afin de mettre fin à ses poursuites dans le cadre d'un pré-accord. Jusqu'à maintenant la justice portugaise l'accusait surtout d'avoir piraté des courriels sans s'intéresser au contenu des faits dénoncés par le jeune “hacker”.

Rui Pinto, pourra voir sa famille (qui a l'autorisation de le visiter) et il restera libre mais sans la liberté d'aller et venir... Il est également interdit d'Internet.

C'est une bonne nouvelle. Pour le Portugal qui voit ainsi levé une pointe du voile qui couvre la corruption dans les milieux du foot (très populaire et influent au Portugal) *, mais aussi pour tous les militants engagés dans la lutte anti-corruption et défenseurs des lanceurs d'alerte.

Il y a un mois, le 4 mars, à partir des documents de Footbal Leaks, la police portugaise lance l'opération Hors-Jeu, où plusieurs clubs de foot portugais ont été perquisitionnés (Benfica, Sporting, FC Porto) mais aussi la société du très puissant agent de joueurs de foot, Jorge Mendes (notamment de Ronaldo) ainsi que l'avocat du joueur actuellement à l'Inter de Milan.

En février dernier, une soirée de solidarité avec les lanceurs d'alerte a eu lieu à la Bourse du Travail de Paris, où l'engagement de Rui Pinto a été souligné, notamment par son avocat français William Bourdon. Sa libération est saluée par ses conseils qui ont déclaré à la presse portugaise, «que d'autres mesures seront prises vers la liberté totale de Rui Pinto, dont les révélations ont déjà beaucoup contribué à la la lutte contre la grande criminalité, notamment dans le contexte des crimes économiques».

Certes des petits pas, mais “un combat qui rend fort” pour poursuivre la défense des lanceurs d'alerte et rompre l’omerta qui est imposée dans les affaires du ballon rond!

* Au temps de la dictature de Salazar, on citait souvent l'utilisation par le fascisme des trois F d'aliénation du peuple... Futebol, Fado e Fátima

** voir l'article de Yann Philippin du 27 janvier 2020:  Le lanceur d’alerte Rui Pinto annonce être à l’origine des «Luanda Leaks»

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