Le jour où la gauche a “perdu” ?

Non, j'exagère car l'événement qui nous guette n'a pas encore eu lieu et il est encore loin. Mais on reste (je reste) perplexe avec la signification politique de la déclaration de candidature de JLM. Une façon de prendre date avant les autres et d'affirmer (avec 150 mil signatures) qu'en dehors de lui “pas de salut à gauche”! En quelque sorte une réponse face à la “gôche éperdue”...

C'est moins la question de l'opportunité (en pleine crise sanitaire et en plein confinement), ce qui peut interroger c'est la façon dont un des principaux “leaders de la gauche” envisage le processus de mobilisation des citoyens.

«Oui je suis prêt. Je propose ma candidature. (…) J’ai un programme, une équipe prête à gouverner. 2022, c’est le moment de changer. La société est en impasse. (…) Nous avons les moyens d’innover, de faire différemment, d’abolir la monarchie présidentielle. (…) Je suis un pôle de stabilité» Et vlan, tout est dit, signez et je m'occupe du reste avec mon équipe”.

“Quoi, il y aurait d'autres candidats possibles ? Eh bien qu'ils viennent à moi, je les accueillerai les bras ouverts, avec mes 150 mil signatures (sinon plus) et ils pourront signer”!

On pourrait penser (en tout cas moi) que les expériences récentes, que le mouvement social, que les difficultés croissantes d'une large partie de la population, que la prise de conscience des crises présentes et surtout à venir de l'environnement, que les colères qui s'expriment largement tantôt sur les ronds-points, tantôt parmi le personnel hospitalier, tantôt dans le milieu scolaire, tantôt et surtout dans les banlieues qui cumulent les difficultés, oui, on pourrait penser que les responsables politiques s'accorderaient, se mobiliseraient pour mettre en commun leurs perspectives, les programmes, les ébauches de transformation sociale et politique. Ouf ! phrase trop longue... mais non ils ne s'accorderont pas et le premier a déjà dégainé ! Bravo l'artiste...

Même si deux jours plutôt, dans une tribune à Libé, Jean-Luc Mélenchon stigmatisait, avec justesse, la dérive “autoritaire” qui au fond est la marque de fabrique de ce quinquennat, le voilà toutes voiles dehors en train de haranguer sur TF1 les “gens” qu'il entend convaincre.

Le moment est crucial, me semble-t-il, pour chercher et trouver les communs, en idées et en personnes... mais l'alternative ne semble pas évidente voire même inatteignable. Déjà en avril 2019 il me semblait que du côté écolo il y avait quelques interrogations : Hé Jadot ! Écologie ou «égologie»?* C'est le tour de JLM, “le meilleur d'entre nous”, de vouloir nous dispenser d'aller chercher ailleurs.

La tentation du “blanc”

Et le scénario de 2017 se profile à l'horizon, Fillon en moins...

Un second tour qui opposerait le président sortant et la première qui s'est déclarée candidate (du FN-RN) et le tour est joué.

On n'aime pas le sortant et il ne peut plus s'auréoler du sceau de la “virginité”, qui a éludé et con-fusionné plus d'un (dont moi au second tour).

Le Pen, non il n'est pas question. Nous avons dit non au père en 2002, non à la fille en 2017 et pour 2022 ce sera non. Pas pour tout le monde car la tentation du “brun” reste très présente et les municipales 2020, même si l'image était pâle a tout de même donné quelques trophées, avec des Maires élus dès le premier tour. Voir Fréjus, dans le Var, avec 51,5 % des voix. Ou à Beaucaire, dans le Gard, avec 59,5 % des suffrages. A Hénin-Beaumont dans le Nord, près de 75 % des voix, à Béziers aussi, l'allié du RN, est élu dès le premier tour avec 65 % des suffrages. Je pense aussi les nouveaux élus à Perpignan et, bien tristement à Moissac (Tarn et Garonne).

Et la question se pose dans un tel scénario, que faire ? S'abstenir ? Depuis toujours je suis opposé à cette option car, même si pour certains l'abstention serait un acte qui se veut politique, dans la réalité s'abstenir c'est participer à un groupe hétérogène composé de pêcheurs à la ligne, je m'en foutistes, citoyens dépolitisés voire manipulés, éloignés de la vie sociale, bref des personnes dont l'énergie pour l'abstention serait précieuse dans une énergie pour l'affirmation de leurs refus.

C'est ainsi qui surgit la tentation du blanccomme une expression du ras-le-bol, de la méfiance, du refus devant l'alternative qui nous est présentée. Le vote blanc, pour négligeable qui soit son incidence dans le résultat, a une signification et permet tout au moins d'affirmer, et de le compter, le rejet des deux candidats en lice qui, en quelque sorte représentent une même option, celle d'exclure l'Autre, tous les autres qui ne partagent ni les choix ni les méthodes utilisées qu'ils utilisent.

La déclaration d'un candidat à gauche, avant même la mise en commun des différentes options pour se positionner pour une société différente de celle qui nous est imposée depuis des décennies, n'inspire pas, me semble-t-il la mobilisation mais plutôt la tentation du blanc, tout en espérant qu'ils s'en apercevront à temps!

Encore une victoire de l'abstention – L'actu en patates

merci Vidberg pour ce dessin.

 

Je me permets d'insérer ici quelques contributions qui me semblent aider à la réflexion :

* par Raymond Macherel * Présidentielle 2022: Jean-Luc Mélenchon ou une candidature collective?

** par A. NIBAL * "Imprenable", Mélenchon ?

*** par jubaultetienne * Chantage au vote : un​.​e candidat.e unique pour la gauche et l'écologie

**** par Gaspard de la nuit * «Hacker» la présidentielle!

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