Hé Jadot ! Écologie ou «égocologie» ?

Le fait d’avoir voté pour la liste écologiste ne me donne pas une quelconque légitimité pour sonner chez Yannick Jadot. Mais après ses déclarations «tonitruantes» post-élection, je m'estime autorisé à exprimer, en tant que citoyen engagé pour l’écologie, dans une adresse à celui dont la liste a rassemblé 13,5% des voix aux Européennes. Soucieux de la confusion entre écologie et «égocologie»…

Le combat pour l’environnement, ne se superpose pas aux autres luttes. Il n’est pas non plus une force d’appoint.

La récupération de l’écologie dont le gouvernement, voyant le vent tourner, a essayé de faire le buzz (c’est son langage) ou la tentative des ex-FN-nouveaux-RN de s’approprier de cette prise de conscience écologique, les résultats électoraux prouvent, même s’ils sont en tête, que cela n’a pas suffit ni empêché que les électeurs -une partie- aient préféré ‘l’original à la copie’ (comme disait l’autre…)

Les plusieurs forces des gauches n’ont pas réussi à mobiliser sur le terrain social, ni associer lutte sociale et lutte écologique. Et pourtant c’est là que ça se joue.

Le combat environnemental, l’écologie politique est l’engagement pour un autre rapport économique, de consommation, de rapports sociaux et environnementaux, de choix éducatifs et de santé. Et ceci se confronte avec une économie capitaliste dans sa version la plus libérale...

A l'évidence ni la majorité au pouvoir, ni celles qui l'ont précédé n'y ont pas vu une vraie alternative et ce sont davantage servis de l'écologie qu'elles ne l'ont servi.

La péripétie Macroniste est significative à cet égard. Entre Hulot joué comme un coup de poker et finalement jeté dans l'arène des lobbies, les chasseurs, l'agro-alimentaire, le ministre FNSEA sous couvert d'agriculture, les projets destructeurs de l'environnement comme EuroCity... autant d'exemples (loin d'être exhaustifs) qui identifient la supercherie écolo du quinquennat.

Un score honorable, une victoire limitée!

Que l'EELV ait eu un score tout à fait important et se classe comme la première force politique de sensibilité de gauche, c'est un bon signe mais ne lui accorde pas un droit particulier au discours triomphaliste.

Les déclarations d' Yannick Jadot au Monde, même si elles ne me glacent pas comme à Noël Mamère, me laissent perplexe. En si peu de temps tant de certitudes sur «nous voulons conquérir et exercer le pouvoir», ou alors «On veut gagner de nombreuses municipalités, notamment de grandes villes. Le deuxième tour se construira sur la base du programme écolo. On veut gagner Paris, Nantes, Rennes, Toulouse et ailleurs, confirmer Grenoble et de nombreuses villes petites et moyenne où on a fait de très bons scores».

C'est surtout cette façon de s'affirmer comme unique et ‘seul au monde’ alors que l'écologie n'est pas, ne devait pas, en tout cas c'est mon credo, ne sera jamais une forme d'exclusion des autres. Que les forces qui s'estiment de gauche ne soient pas écolos, c'est un fait, même s'il y a des récents convertis. Les 13,5% acquis par la liste verte sont l'indicateur d'une volonté nouvelle de prendre en compte l'environnement. Dans le 20ème arrondissement c'est même la liste Europe Écologie qui est arrivée en tête avec 24,76% (suivie des Macronistes à 21,45%).

Ces résultats peuvent être analysés comme un sursaut (même si on a vu d'autres) des électeurs sur l'environnement ou plus exactement une prise de conscience grâce notamment aux mouvements de jeunes, spontanés, apparus lors des campagnes contre le réchauffement climatique ou, samedi dernier, sur les océans-poubelles à plastique...

L'euphorie du petit-grand soir?

Que la tête de liste, Yannick Jadot, ait eu un moment d'euphorie au soir de l'élection est tout à fait légitime et son effort a été récompensé.

Mais une fois qu'on a dit ça, reste le plus important qui est l'ouverture et l'attention aux autres qui, après ce combat électoral, s’engagent dans une démarche pour l'environnement y compris dans la perspective des élections municipales, un des mandats proche des citoyens et propice à des mesures concrètes sous le sceau de l'écologie.

Pas une écologie désincarnée, faite de discours convenus, de décisions affirmées mais peu expliquées, des taxes de punition ou des mesures d’apparat. Une écologie des citoyens, où chacun tel le colibri apporte sa contribution sans tambour ni trompettes, mais dans un salut de solidarité et fraternité et une vision collective et d'intérêt pour les populations.

Le discours que le ‘vainqueur écolo’ semble tenir sur une écologie ‘ni de droite ni de gauche’ outre que cela ne fait pas avancer le schmilblick, correspond au fond à une façon de tromper le client sur la marchandise.

L'écologie ne peut s'inscrire que dans un processus de transformation sociale, de lutte contre les inégalités, de remise en cause d'une société qui tend à transformer les citoyens en simples consommateurs, vidant de leur capacité de réaction tout esprit critique sur la manipulation de leur discernement.

L’écologie ne peut se conformer à un système où la concurrence et la destruction de la planète s’inscrivent dans la logique d'un système basé sur des diktats publicitaires couverts par les moyens d'information des propriétaires de médias, des jeux financiers dictés par les économistes haut perchés, des politiques d'austérité pour justifier des rationalités budgétaires, vues du côté des banquiers et des distributeurs de dividendes.

Que Mediapart réunisse les différentes “nuances de la gauche” est toujours utile, sans doute nécessaire et même urgent. Mais sortons du slogan “plus à gauche que moi tu meurs”... car nous sommes en train de dépérir par nos incapacités à voir où sont les combats mobilisateurs et à les partager avec le plus grand nombre.

Résultat de recherche d'images pour "paris match poids des mots choc des photos images"

‘‘piano-piano, chi va piano va sano… e lontano!’’

La séquence “poids des mots et choc des photos”avec Yannick et Isabelle dans les pages de Paris Match le long de la Seine, pour inattendue (ou inappropriée!) qu'elle soit, ne mérite pas beaucoup qu'on s'y attarde.

Rappelons tout de même qu'ils y sont en bonne compagnie: Tweetweiller et François y ont convolé, Ségolène y a présenté son bébé, Bernadette et Jacques étaient des bonnes prises, toutes les générations de Monaco y sont abonnés, Brigitte et Emmanuelle y font bonne et fréquente figure, les Miss France toutes versions aussi, Nicolas et Carla également, quand ça est devenu ‘sérieux’...

Que dès le lendemain de son heureuse performance électorale, Jadot ait donné son accord, type vague verte, à l'entreprise Lagardère, est pour le moins maladroit, voire opportuniste, et pour l'urgence-climatique il y avait peut-être plus urgent!

Mais les clients (lecteurs et annonceurs) de Paris-Match ne pouvaient plus attendre... le ‘piano-piano!’ transalpin n'est pas leur mot d'ordre! Ni celui de Jadot (interrogation)?

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.