“Haro” sur le chant du coq... ou le “rejet” de l'autre!

Finalement le “coq Maurice” est autorisé par la Justice à chanter. Dans la commune de Saint-Pierre-d’Oléron, en Charente-Maritime, le voisin de Maurice a porté plainte pour “trouble anormal du voisinage” contre son chant matinal. Propriétaires d'une résidence de vacances, ils n'appréciaient pas ce “coqueriquer” comme réveil. Le 5 septembre 2019 le tribunal de Rochefort a rejeté leur plainte.

La presse nationale et internationale s'était emparée du “fait divers”, cette façon de porter en justice ce qui est insupportable chez l'autre. Et le chant de Maurice, selon l'avocat des plaignants était une “nuisance sonoreLe coq, le chien, le klaxon, la musique, c’est le dossier du bruit”. Le Maire de la commune avait soutenu le chant du coqpar un arrêté soulignant les modes de vie liés à la campagne, notamment pour ce qui concerne la présence des animaux de la ferme”.

Pour l'avocat de l’hébergeuse de Maurice, derrière l'incongru de l'affaire, même si tout le monde rit, mais, derrière, nous avons un sujet sérieux.En effet, comme si nous devions vivre dans une société désinfectée ou aseptisée, notamment concernant les bruits et les odeursdans le monde rural...

C'est Mme Fesseau, sa propriétaire, qui considère qu'il s'agit d'une “victoire pour tous les gens dans la même situation que moi. J’espère que cela fera jurisprudence pour eux”.

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Celui-ci est beau mais ne chante pas!

C'est que d'autres intolérancesde ce type s'expriment ici ou là. Et c'est à La-Bastide-du-Salat (Ariège) où un villageois est poursuivit car les poules et coq en liberté dans sa cour, où il vit depuis trente-quatre ans, gênent le voisin qui voulant ouvrir une chambre d'hôtes, a décidé de ne pas le faire à cause de ce qu'il appelle une nuisance sonore. Une pétition a été signée ce mois d'août dans le village et, comme un clin d’œil au Coq Maurice de l’Île d'Oléron il a été baptisé Arthur!

Dans les Landes, la propriétaire de canards, à Soustons, quartier d'Hardy, depuis trente-six ans, est aussi poursuivie en justice pour nuisance sonore, car ses canards cancanent. Selon le Sud-Ouest du 27 août 2019, le plaignant affirme que “quand vous êtes propriétaire d'un endroit, vous vous attendez à bénéficier d'une certaine qualité de vie”. Il aurait mandaté un acousticien qui, toujours selon le quotidien dans son édition des Landes, “a mesuré l'intensité des décibels en bordure de la clôture et à l'intérieur de l'enclos, mais n'a rien trouvé d'anormal”. Néanmoins la propriétaire devrait construire un mur antibruit.

Les grenouilles de Grignols, (Dordogne), un conflit de voisinage car les grenouilles, installées dans la mare d'un couple, coassent et incommodent les voisins les plus proches. Le couple est tenu de reboucher la mare (décision de la Cour d'appel de Bordeaux confirmée par la Cour de Cassation en décembre de 2017), mais le code de l'environnement leur interdit de toucher à ce point d'eau qui abrite huit espèces protégées. Il est surprenant que des hauts magistrats se prononcent avec une telle incohérence sur l'application du droit. Prochaine étape judiciaire le 5 novembre prochain.

Deux lettres en 2017, adressées au Maire de Biot (en Haute-Savoie), en forme de pétition, pour se plaindre du tintement des clarines des vachesqui leur est insupportable. Pour le Maire il n'est pas question d’interdire les cloches ! Ces alpages faisant partie de l’association foncière pastorale. Il a essayé d’y remédier en proposant à Sébastien, l’alpagiste, de mettre des sonnettes plus petites aux vaches. Le Maire rappelle toutefois que la départementale 32 fait autrement plus de bruit... peut-être que les citadins, davantage habitués sont plus tolérants!

Dans le Cantal, à Lacapelle-Viescamp, c'est un voisin qui se plaignait en justice de l'odeur des vaches dans l'élevage d'un jeune agriculteur, installé depuis 2002. Une forte solidarité s'est manifestée pour l'aider à engager des travaux pour installer courant 2019, ses vaches un peu plus loin...

Intolérance, ignorance?

Tous ces conflits très divers, (il y a d'autres exemples les clochers, le chant des cigales, les bouses de vaches sur la route, l'heure de l'Angélus...), s'expriment dans des contextes différents. On ne peut pas dire que c'est la tradition qui doit s'imposer ou que l'exigence de confort serait illégitime.

Ce qui me frappe c'est cette sorte d'intolérance, de rejet de ce qui est différent de soi, par ses habitudes, ses comportements, les représentations que nous nous en faisons. Quelques fois ces conflits, ces affaires en justice, portent à rire mais ce n'est pas très drôle quand on vit dans le sentiment d'insupportable, de méfiance, de rejet, de violences réelles ou symboliques.

Ces réactions d'exclusion sont souvent attribuées à des mauvais coucheurs ou des néo-ruraux en quête de campagne silencieuse et sans odeur”. Mais je pense que c'est un peu plus compliqué et en quelque sorte dans l'air du temps, de ne pas supporter tout ce qui n'a pas la même couleur, la même odeur ou la même langue... en chantant!

 

* * *  Dans le blog de Claire Rafin, le 17 juillet 2019, un billet *Ici les coqs chantent* fait référence à une autre histoire de coq poursuivit au Tribunal correctionnel de Compiègne (60)

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