L'orchidée de Pippo Delbono

gianluca-tropicana2-290x290.pngQuand on sort du spectacle de Pippo Delbono on a (j'ai eu) deux envies, celle de le faire connaître et commencer à penser à tous ceux avec qui on voudrait le partager, l'autre c'est de se poser, d'échanger, de converser, de parler autour d'un verre, d'un thé, d'un café. De laisser sortir finalement tout ce que pendant deux heures on a reçu, on a découvert... du théâtre, du cinéma, de la musique, de la poésie, de la tendresse, des couleurs, de la violence du propos par les images et l'intensité du son!

 C'est du théâtre, nous dit Pippo, avec tout le reste qui fait partie des séquences qu'illustrent ou complètent un propos,  dans cette forme de florilège qui nous est donné à voir, à entendre, à sentir physiquement l'émotion qui nous envahit, la rage qui nous étrangle.

 Il est dit sur scène, «à ce stade du spectacle vous avez compris que notre metteur en scène ne fait pas dans le classique, il déteste le théâtre» (à peu près ceci). Mais il nous avait prévenu «le théâtre comme on peut l'entendre aujourd'hui, oui [je le déteste]. Quand il ne s'adresse plus qu'aux amateurs de théâtre, à une catégorie sociale unique. Mais dans Orchidées je reviens au théâtre traditionnel, aux poètes, aux langues de Tchekov, de Shakespeare. Le théâtre entre-temps, a perdu le sens de la révolte, sa nécessité. Il a établi une structure rigide faite de personnages, de rôles, de codes, de voix bien placées». Il est en phase, en face avec le public pour lui dire, le faire vivre, le faire participer à cette recherche, avec des magnifiques textes, des très belles compositions et de danses collectives et 'solo'.

 pippo delbono

La vérité, on ne peut plus mentir quand on veut que son théâtre participe à la vie, à la cité, «en dehors des abonnées catégorie A». Et pour cela Pippo Delbono nous parle, nous montre l'orchidée, cette fleur magnifique, fantastique, mystérieuse, qu'on ne sait pas si c'est vrai ou fausse (comme la dame qui a toujours deux, une vraie et une fausse, la plupart du temps on touche la vraie pensant que c'est la fausse). Et dans son spectacle il ne veut plus de faux semblants et tous ses compères, à commencer par Bobo', sont là.

Dans sa rencontre avec la public, il explique que sa recherche c'est la mise en harmonie de tout ce que vous mettez ensemble, le théâtre, le cinéma, la musique, la danse. «Et ma famille reste celle du théâtre, même si parfois on s'y perd», dans le sens de ce qu'on peut y trouver si on accepte de se perdre...

Le théâtre, aurait dit Bergman, c'est la rencontre avec l'être humain. Ce fut le cas pour moi, ce soir-là. J'aurais envie de lui dire comme on lui a dit à Rome, quand les gitans sont venus voir le spectacle, «on vous remercie pour l'expérience que nous avons vécu»!

Je me suis demandé, à un certain moment, si on ne pourrait pas voir orchidée en plein air … c'est bien aussi quand on la sort!

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