“Gauche, nous voilà!”

La prestation des animateurs de Place Publique sur Mediapart ne m'a pas déçu ni mobilisé davantage. Les questions posées ont permis de mieux comprendre “l'offre” et nous éclairer sur qui souhaite “occuper” la Place Publique.

Pas déçu car je n'étais pas dans l'attente d'autre chose que de comprendre ce qu'un groupe, s'estimant de gauche, proposait collectivement. Cela ne m'a pas mobilisé davantage (vers ce mouvement) car je n'ai pas perçu d'autre objectif immédiat que celui de rassembler autour de leur analyse des urgences dont nous sommes nombreux (avec ou sans carte) à évoquer, à chercher, à engager.

Si le titre peut paraître désobligeant “Gauche, nous voilà” (faisant écho à la chanson crée en 1941...), il n'exclut personne, car je considère que toute démarche visant un large débat n'est pas inutile (même si elle peut paraître peu mobilisatrice).

Mais j'ai eu, je l'avais déjà évoqué dans mon précédent billet, le sentiment qu'il s'agissait en effet le “rassemblement” d'amis et camarades, avec quelques entrées médiatiques, voulant apporter leur contribution à l'actualité politique que nous vivons.

La question qui leur a été posée me paraissait opportune. En lisant l'appel on a un peu l'impression qu'avant il n'y avait rien, et que des éclaireurs arrivaient... pour éclairer. C'est utile de rappeler que d'autres Places Publiques ont existé avant, et pas qu'à la République... Et qu'il y a beaucoup de rues, des faubourgs, où on rencontre aussi des vrais citoyens avec des idées et des volontés d'engagement qui nous y amènent.

C'est davantage la méthode qui questionne, que le contenu sur lequel beaucoup s'y retrouvent, avec des nuances voire des désaccords sans pour autant modifier fondamentalement ce besoin de renforcer la réflexion, la discussion, pour l'action!

Par ailleurs, les signataires aussi viennent d'avant et chacun a aussi son parcours. Il ne s'agit pas de faire l'instruction du passé (“faire table rase” ce n'est que dans la chanson) mais plutôt pour comprendre comment on est, individuellement et collectivement, arrivé là. Toutefois nous ne sommes pas devant le vide... (le dire ainsi disqualifie tous les mouvements, partis, associations qui aujourd'hui sont engagés avec leurs moyens et leurs compétences dans la recherche d'une autre gauche). Nous sommes devant une situation de démobilisation, d'individualisme renforcé par les difficultés qui conduisent au “sauve qui peut”.

Parmi les signataires, ils sont en effet divers et venus de partout (ou presque) des citoyens qui sont loin des mouvements, partis ou groupes mais qui œuvrent dans l'espace associatif. Savoir qu'un des avocats d'Anticor figure parmi les signataires m'autorise à penser que la lutte contre la corruption est une des priorités et en fera partie de ses chantiers. Cela prouve qu'il y en a qui sont “sur le front et avec les mains dans le cambouis”.

Je trouve que Mediapart rempli son rôle en donnant la parole aux multiples ressources et échos qui viennent de la société qu'on dit civile et qui constitue la société politique, associative, syndicale, la société tout court. “Que cent fleurs s'épanouissent” se rappelleront les anciens maoïstes... mais une fois qu'on a dit ça on peut se demander légitimement, “pourquoi faire et avec qui”. La réponse mercredi sur le plateau de MediapartLive n'était ni très précise ni très élaborée. On peut comprendre ces balbutiements, et il serai utile que le mouvement nous en dise davantage prochainement.

Que Place Publique prenne place dans la Place la plus large pourquoi pas. Il y a peu on a entendu Fabrice Nicolino et François Veillerette, dans Nous voulons des coquelicots, stop pesticides, (éditions Les Liens qui Libèrent), et ils sont tout à fait légitimes de rentrer aussi dans la Place Publique, comme beaucoup d'autres dans cette démarche de recherche et d'engagement, sans exclusive.

Reste la question “est-ce que ce projet divise la gauche?” Il me semble que pas plus qu'elle ne l'est. Ceux qui joindront la Place Publique, ce sont ceux qui étaient nulle part dont certains avaient même fini de chercher... Ce qui nous a été donné à voir c'est un discours qui, à quelques nuances près, peut être partagé par un grand nombre.

Cependant, le plus difficile reste à faire. Cette désespérance à laquelle on assiste, qui mobilise des citoyens de tous bords face au mensonged'une taxe écologique et qui ressemble davantage à une manière pour dégoûter tout le monde de l'écologie. Il y a aussi ce rejet de nombreux jeunes, mineurs et majeurs, qui dans les villes (y compris Paris) errent après avoir quitté l'école sans formation ni horizon et qui vivent de ce qui leur est donné à faire, les petits trafics de quartier, exemple dans le 12ème Scène (banale) de la vie de quartier!

Si Place Publique veut valoriser ce qui marche (ce qui est utile et nécessaire), il faudrait bien que les nouvelles façons d'intervenir dans l'espace public s'attardent à travailler sur ces réalités qui influent directement dans la vie des citoyens et de la cité.

Gloser que le promoteur du projet soit un “fils de...” me paraît inutile pour le débat et je considère que le dire ou utiliser ce fait ne permet ni d'éclairer sa position ni de faire avancer la réflexion. Nous sommes tous “fils de...” et ce que nos pères ont été permet peut-être de bénéficier de la transmission, sachant qu'il y a toujours des avantages et des inconvénients dans l'héritage reçu.

* * Lire avec intérêt le billet de Lonesome cowboy, du 15 novembre, * Place publique sur Mediapart

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