Sous couvert de protection de l'enfance, une loi de 1989, voulue par Margaret Thatcher introduisait le concept ambigu de la «probabilité de maltraitance». Suite à des affaires de violence sur enfant avec des conséquences tragiques, une législation d'urgence est adoptée et une dérive s'installe. L'action sociale est passée de l'aide aux parents, à une politique d''abandon des parents en les transformant en suspects . Et ce sont surtout les familles pauvres, en difficulté, qui sont visées.

 Un des critères de familles à risque ce sont celles constituées par des parents ayant été eux-mêmes placés en famille d'accueil. Comme si le fait d'avoir été soi-même maltraité ou abandonné ne pouvait donner que des parents défaillants voire maltraitants. Comme si le fait d'avoir été élevés par une autre famille ne pouvait pas leur permettre de devenir parents aimants. Un potentiel de risque est ainsi diagnostiqué.

 On assiste à des jeunes mères célibataires qui partent, en France ou en Irlande, peu de temps avant l'accouchement, pour fuir les services sociaux. Une mère, à qui ont a retiré ses trois enfants s'est installée en France, a constitué une nouvelle famille, et a déjà accueillie une quarantaine de jeunes mères, venues accoucher et élever leur enfant pendant la petite-enfance en attendant de négocier avec les services sociaux anglais pour éviter que leur enfant ne soit pas placé à la naissance.

 Le documentaire nous montre un cadre judiciaire diabolique, s'apparentant à un système totalitaire, avec des services sociaux tout puissants qui ne font objet d'aucun contrôle ou contre pouvoir et qui vont jusqu'à fabriquer des pièces pour incriminer les parents: «blâmer des pauvres pour la seule raison qu'ils sont pauvres».

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Un marché de l’adoption

 Ces enfants arrachés à leurs parents, toujours sans aucune préparation (parfois retirés à leur mère pendant la période d'allaitement), sont souvent pris par la police dans les écoles. Et si le soupçon concerne un enfant de la fratrie, c'est l'ensemble de la fratrie qui est placée pour être ensuite adoptée. Il s'agit toujours des adoptions plénières, c'est à dire que l'histoire des enfants et l’identité de leurs parents biologiques disparaissent.

 Une famille ayant perdu ses trois enfants du jour au lendemain et sans aucune forme de recours, s'est exilée en Irlande lors de la grossesse du quatrième. Les services sociaux l'ont pourtant poursuivie et la négociation a été âpre pour qu'ils puissent retourner chez eux au bout de quelques mois en s'assurant que leur enfant ne leur serait pas retiré. Pour cela ils ont été enfermés dans un centre, pendant cinq mois et demi où ils étaient surveillés et tous leurs faits et gestes étaient notés dans l'attente d'un faux-pas pour justifier l’enlèvement.Et comme il est dit à un moment donné dans le documentaire que «la loi de protection de l'enfance en Angleterre ne laisse aucune chance aux familles qu'elle a brisée».

 En effet, on est sidéré par cette « cruauté » dans la façon de traiter les parents et les enfants, des traumatismes de séparation et abandon ainsi provoqués. La pression à laquelle sont soumis les travailleurs sociaux, obligés de faire du chiffre, avec des primes au cas où le nombre d'adoptions progresse. De même que si le nombre d'enfants retirés n'augmente pas, les aides gouvernementales aux comtés sont réduites. La décision de Cameron de privatiser les organismes liés à l'enfance et notamment les services d'adoption, renforcera ces pratiques discriminatoires et mercantiles. Par ailleurs, les parents sont empêchés, sous peine de poursuites de faire écho de ce qui leur arrive et les journaux ne sont pas autorisés à faire des reportages sur ces affaires. Ce documentaire n'aurai jamais pu être fait par des journalistes Anglais.

On pense aux films de Ken Loach:  * Ladybird, Ladybird*, où une maman, Maggie, voit ses quatre enfants placés par une assistante sociale, suite à une dispute violente. Et, plus récemment son  dernier 'Moi,  Daniel Blake', qui décrit bien les sanctions appliqués aux personnes les plus fragiles.

 Après ce documentaire, on ressent une sorte d'impuissance devant tant d'arbitraire et de mépris pour la dignité humaine, dans un pays considéré civilisé et développé. Le diffuser et le faire connaître me paraît une façon de contribuer à rompre cette barrière de silence (Dreamway Productions).

* * Un  billet de bonne-voglie, publié le 15 novembre, annonçait cette émission les enfants volés d'Angleterre

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