Pourquoi je ne quitte pas Mediapart!

C'est la déferlante, dans les commentaires, les billets de blog, les messages privées... je quitte, je me désabonne, pourquoi j'arrête Mediapart ! En soi s'abonner, se désabonner c'est un acte quotidien dans la vie d'un journal -numérique ou pas- ou d'un citoyen. Le fait d'avoir besoin de le dire me semble signifier qu'on veut le faire savoir et que c'est peut-être «contrarié» qu'on le fait.

Les raisons sont exprimées diversement mais semblent être presque toujours accusatrices de la partialité de Mediapart et de son directeur, de sa non-prise de position qui serait truquée, voire de son engouement, subliminal, envers celui qui a été élu et, dans le contexte, écrit un des mediapartiens (sic) «Comme toute l'édocratie vous êtes responsable du second tour Le pen Macron laissant le peuple de gauche dans l'impasse».

Ceci me paraissant excessif et peu pertinent m'a questionné sur cette façon, sans limites et dans la toute puissance verbale, au point d'appeler à un mouvement de masse: «Médiapart est en train de se dévoyer, de nous trahir et, finalement, nous l'approuvons puisque nous continuons de le lire. Pour ma part, mon choix est fait, mon désabonnement est acté … rester c'est cautionner, rester c'est approuver, rester c'est se rendre complice».

J'ai hésité à répondre ou à commenter, et je me suis demandé s'il y avait encore des abonnés qui ne quittaient pas Mediapart. Abonné depuis mars 2008, j'ai souvent lu et parfois gardé des liens avec des blogueurs qui arrêtaient leurs contributions. Pour ma part je n'ai pas l'intention de «quitter» Mediapart et, la seule raison serait financière, mais pour le moment j'arrive à boucler mes fins du mois...

Cette fois-ci, ces décisions de départ, sans que ce soit plus grave ou important qu'auparavant, me paraissent des décisions qui s’appuient sur un malentendu, en tout cas à mes yeux, les considérant de bonne foi.

Bulletin de parti ou journal d'information libre et plurielle?

Un organe de presse, indépendant, sans être le bulletin du parti ou la feuille paroissiale, rassemble les contributions de ses journalistes, de ses collaborateurs ou même de ses lecteurs. De ce fait on trouve, pour ma part je l'apprécie, des sujets ou des analyses qui ne sont pas toujours reçus unanimement. Mon accord ou mon désaccord c'est ma liberté. Je m'en sers de ce que je lis, de ce que je comprends, pour former une opinion, un avis voire en utilisant et en choisissant ce qui me convient pour le bulletin ou la feuille de choux de mes appartenances.

Mediapart fait, pour moi, partie de cette presse indépendante que je soutiens et à laquelle je contribue par l'achat, l'abonnement, la diffusion. Outre Mediapart je le prends comme tel Le Canard Enchaîné, Arrêt sur Images, TerraEco (en sommeil pour le moment)... mais auxquels je ne demande pas de me dire «le vrai, la ligne, l'incontournable»!

Je sais qu'il y a dans cette «déferlante» le volontarisme d'un combat politique, comme il y a trente ou quarante ans pour influencer, être majoritaire, une sorte d'entrisme... pouvoir influer de l'intérieur.

Un de mes amis, militant depuis la première heure du parti de gauche et maintenant des insoumis me disaient, avant le premier tour «si Jean-Luc est au second tour il n'aura pas à remercier Mediapart qui a tout fait pour l'empêcher, s'il n'y est pas la responsabilité de Plenel est évidente». Ce raisonnement, présent aussi dans le fil de discussion du Tchat, outre qu'il ne permet pas de faire avancer le schmilblick, est révélateur d'une analyse superficielle et peu en phase avec la réalité de l'information aujourd'hui.

J'ai vécu des périodes violentes, pas que dans le discours, dans les années 60 et 70 car des "contrôleurs du label gauche", s'octroyaient le droit de dire ceux qui en étaient les bons et les autres. De ce fait les autres ne pouvaient qu'être de droite, des alliés du capital, des suppôts de l’impérialisme voire des traîtres. Cette époque a changé mais les méthodes, les attitudes, les discours restent et, à chaque moment fort de l'enjeu politique, reviennent au-dessus.

Je ne sais pas si Mediapart est «perfectible» dans l'opinion de ses détracteurs, il faudrait encore déterminer en référence à qui ou à quoi. Je pense qu'il est utile que les voix critiques aient pignon sur rue puisque c'est aussi ce qui prône Mediapart , acquérir un esprit critique sur la sphère publique, sur la politique, le social, le culturel, l'international... Mais une fois qu'on a dit cela, le débat ou les contributions dans un média comme Mediapart ne peuvent qu'être ouvertes et libres. L'indépendance de la presse, comme le droit de s'informer sont comme la démocratie, des combats permanents qui, à chaque avancée, prennent des nouvelles formes et des nouveaux enjeux se présentent. Ceci exige notre détermination mais aussi le respect (sans stigmatisation ni rejet) pour tous ceux qui ne sont pas "exactement" comme nous souhaitions qu'ils soient!

A quoi bon de faire un billet? Peut-être pour partager l'idée, à laquelle je crois, que l'invective, la stigmatisation, le rejet de celui qui n'est pas à «notre niveau» ne fait pas avancer la réflexion et contribue surtout à justifier l'impossible engagement collectif. C'est peut-être opportun de rappeler la phrase de Gaston Monmousseau (menuisier et cheminot, militant ouvrier ...) «rappelle toi camarade que ce qui est vrai pour toi aujourd'hui, hier ne l'était pas encore».

Laissons à Mafalda le dernier mot:

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- Qu'est-ce que tu découpes dans le journal, maman?

- Une recette

- Quelque chose de bon?

- Soupe de poisson!

- . . .  A bas la liberté de la presse!

* * Si cette façon de faire, d'écrire ou de dire ne conviennent pas, d'après le fil de la discussion du Tchat, j'ai compris, en réponse à un abonné qui se plaignait de ne pas arriver «à trouver le lien me permettant de vous abandonner définitivement», la rédaction a précisé qu'il « vous suffit de nous envoyer un courrier simple de demande de résiliation, en rappelant votre nom, votre prénom et l'adresse mail indiquée lors de votre inscription, à l'adresse suivante : Mediapart * 4, rue St-Hilaire, 86000 Poitiers ».

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