Ma vie de courgette, en toute saison!

« Elle était gentille ta maman ? » demande le policier. « Elle buvait beaucoup de bière, mais elle faisait de la bonne purée », lui répond Courgette. C'est qu'il a fait baisser la trappe du grenier où il se cachait et sa maman est morte en montant pour le corriger. Et voilà Icare, qui préfère qu'on l'appelle Courgette, placé dans un foyer pour enfants orphelins.

C'est l'adaptation d'Autobiographie d'une Courgette, un livre de Gilles Paris, paru en 2002, qui racontait l'histoire d'un petit garçon de neuf ans, vivant seul avec sa maman dépressive et alcoolique depuis le départ de son papa.

Remarquable travail de marionnettiste, ce film nous raconte l'histoire qui commence avec le triste sort d'un enfant maltraité et rêveur. Selon la mère son père serait parti «faire le tour du monde avec une poule»! Et il fabrique un cerf-volant avec un super-papa peint dessus...

 La vie dans un foyer de l'enfance, dont Gilles Paris, souhaitait faire connaître la vie à l'intérieur, la manière dont les enfants sont tenus, en quelque sorte une critique du système social et éducatif.

 La scénariste, Céline Sciamma et le réalisateur suisse Claude Barras, qui signe ici sont premier long métrage, ont construit un film fidèle à l'idée initiale du livre tout en rendant une histoire avec leur touche personnelle d'un lieu dur, difficile, mais rempli d'espoir que les choses évoluent, que tomber amoureux ici c'est possible, et que les adultes sont parfois, souvent, un vrai soutien. En quelque sorte un écho ouvert à la résilience sans discours «savant et suffisant». Courgette va savoir dénicher cette force et la faire partager.

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Le film qui a obtenu à Cannes une beau succès à la Quinzaine des Réalisateurs a été accueilli au Forum des Images un samedi après-midi du mois de mai et j'ai pu observer quelques jeunes spectateurs restés assis, immobiles à la fin du film, comme s'ils finissaient de le prendre intérieurement. «Ah, et moi aussi je vais la dessiner, la Courgette», disait une petite fille à l'adulte qui l'accompagnait, comme si elle se l'avait approprié. Les voix des enfants sonnent juste, le réalisateur ayant fait tourner «pour de vrai» des enfants pour ensuite prendre leurs voix pour le jeu des marionnettes. Celle du policier étant interprétée par Michel Vuillermoz, bien en harmonie avec l'évolution de la relation entre l'adulte et l'enfant.

Oui, les histoires d'enfants victimes, d'enfants abandonnés, d'adoptions, sont toujours, souvent, oppressantes, douloureuses, sans issu (c'est pour cela qu'on les raconte...). Ici nous assistons à un moment de réalité grave, décrite avec la légèreté, la finesse, la délicatesse qui rendent l'espoir et l'envie de croire que chacun peut y apporter sa part, pourvu qu'on s'attarde à regarder.

Si vous pouvez allez-y le voir, amenez votre enfant, celui du voisin ou votre filleul. Il me paraît une belle occasion pour que les jeunes puissent découvrir l'histoire de Courgette mais aussi la camaraderie de ses compères Simon, le dur,Ahmed, Jujube, Alice et Béatrice... Un moment d'émotion et de réconfort pour soi que Courgette nous transmet. Et il serait important que ce film reste à l'affiche, au-delà des séances pour enfants!

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