Mais qu'est-ce qu'ils devaient savoir, au juste?

Oui, que savaient-ils ou devaient-ils savoir, tous ceux qui n'ont pas répudié ce personnage que d'aucuns savait qu'il était immonde. C'est la question qu'on peut se poser tant les uns et les autres s'invectivent : «vous saviez, vous n'avez pas dénoncé, vous êtes donc complices» voire plus. Et un ancien premier-ministre va jusqu'à vouloir rendre gorge aux sbires, des islamo-gauchistes, anti-sémites

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Ils savaient quoi?, que Tariq Ramadan était un dangereux islamiste, tendance Daesch, qu'il se couvrait d'une peau d'agneau alors qu'il serait un terrible sanguinaire, que sous couvert d'un présentable débatteur, porte ouverte à l'université, qu'il manipulait Morin et Plenel, il serait une taupe des forces terroristes, que Ramadan ne défend pas l'égalité des hommes et des femmes, qu'il serait un prédateur sexuel...

Alors il (Plenel) a été averti, alerté et n'a rien voulu entendre. Il savait tout cela et il n'a pas dénoncé. Au pire, le sachant, du fait de sa notoriété il a permis de couvrir ce Tartuffe, l'imposteur. Au mieux, quelle incrédulité, quelle manque de lucidité, quelle erreur politique a commis le fondateur de Mediapart ayant entraîné toute la rédaction et beaucoup d'abonnés.

Et du coup, la Une sans concession montrant le directeur s'entortillant avec sa moustache supposée élastique, comme serait sa pensée, «pas vu, pas entendu, pas dit»! Et le directeur de répliquer, s'entortillant également avec la célèbre «affiche rouge», (1944) que le régime de Vichy avait placardée sous les ordres de l'occupant allemand.

Les «tenants et aboutissants» sont sûrement bien plus complexes que cela, la cuisine aussi. Mais on assiste à une déferlante dont Manuel Valls est un bon exemple pour justifier les invectives et exclure toute différence d'analyse ou toute recherche de compréhension de ce qui est en train de se passer.

On sait que pour l'ex-premier-ministre, «expliquer, c’est déjà vouloir un peu excuser». Et il ne cherche ni à analyser ni à comprendre mais à, rejeter, à éliminer «je veux qu'ils soient écartés du débat public».

La laïcité qui me paraît le plus petit dénominateur commun qui veut permettre qu'en démocratie les croyances, les églises, les religions, puissent s'exprimer et organiser librement, sachant que l’État est le garant de cette liberté publique, protégeant tout citoyen croyant, athée, libre-penseur, sans ingérence d'aucune sorte.

Et autant un journal (comme Mediapart)  peut apporter des questionnements ou des doutes, n'a pas de pouvoir pour modifier le cours des choses, en revanche, l'ex-premier-ministre, aux affaires du pays pendant presque un quinquennat, comme ministre et le premier d'entre eux, semble être passé à côté de ces dangers potentiels dont il ne se rendrait compte qu'aujourd'hui des positions supposées de son camp: «Une partie de la gauche ou de l'extrême gauche a été complaisante à l'égard de l'islam politique, de l'islamisme. On le trouve aussi dans la presse. J'ai cité clairement le Bondy Blog, on le trouve avec Edwy Plenel dans son livre Pour les musulmans, il enferme les musulmans dans une définition, ce sont les damnés de la terre.»

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Pourquoi un billet de plus, qui n'apporte aucune information nouvelle sur ce que Mediapart savait ou devait savoir?

C'est un billet pour exprimer le malaise que tant de "haine" exprimée ne permet en aucune façon de débattre, de réfléchir, de mobiliser. Que chacun veuille affirmer sa «vérité, sa certitude, son intolérance» va à l'encontre de ce minimum qui est le débat démocratique, la possibilité d'entendre et de se faire entendre. Les Valls d'un bord comme de l'autre (et il y en a) sortent renforcés car ils dominent le tempo de l'exclusion et du rejet de l'Autre.

La démocratie est un bien fragile, jamais fini, toujours en mouvement, en recherche de l'accord le plus juste avec la justice, l'égalité, la dignité de l'être humain. J'ai un peu l'impression qu'elle n'est ici que prétexte sous la liberté d'expression, d'exclure tout ce qui ne rentre pas dans sa case personnelle!

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