Avoir quarante ans à Chambord

Ça lui aurait fait quelque chose, à François 1er, de savoir qu'un président de la République fêterait "en privé" ses quarante ans dans son château. Et ce «jeunot» qui n'a pas connu la période coloniale ni le temps des rois, reste très attaché à la pratique de la chasse à Chambord! Les chasseurs sont ravis de cette attention que le président de la République vienne en forêt à la fin de la chasse.

Pour cet anniversaire (avant le jour, il ne serait pas superstitieux), c'est avec ses propres deniers que le Président dit couvrir les dépenses de location de la salle du château et de l'ancienne maison forestière, transformée en gîte rural quatre étoiles (deux fois huit personnes) dite la Maison des réfractaires (c'est là que les réfractaires de Chambord au STO -Service de Travail Obligatoire- imposé par les nazis, s'étaient réfugiés).

C'est ainsi que dès vendredi soir le président est venu saluer les chasseurs réunis après une battue dite de régulation qui a remplacée les «chasses présidentielles».

Et des chasses Royales à Chambord pour réguler le sanglier on passe à la chasse Républicaine dans l'ensemble du territoire pour traquer les «sans papiers».

La Chasse, aux sangliers et aux sans papiers

En attendant, son ministre de l'intérieur (de trente ans son aîné..) se démène pour chasser les migrants rejetés et maltraités par les forces de l'ordre qui usent de tous les arbitraires pour difficulter la vie et le quotidien des femmes, des enfants et des hommes qui, par la force des circonstances sociales, politiques, militaires, climatiques ont du quitter leur pays.

Amnesty International, demande au gouvernement français de «remettre au cœur des choix du gouvernement le respect des droits des migrants et des réfugiés, quel que soit leur statut, comme l’exigent les textes internationaux de protection des droits humains».

Mais l'absence de politique cohérente et humaine envers les migrants outre le fait qu'ils sont soumis à des conditions impossibles pour s'en sortir, soulève une recrudescence de rejet voire de racisme parmi la population contre les migrants. On les voit déambuler, perdus dans les rues sans pouvoir trouver un lieu où s'arrêter et se protéger. Leur situation d'attente, permettrait qu'ils soient accueillis, orientés, apprennent le français, traités comme des être humaines dont la seule différence avec nous c'est leur carte d'identité!

Des toiles de tente lacérées, des couvertures jetées, des sacs plastiques (parfois avec une boîte de biscuits offerte par un passant) confisqués. Quand des actes de ce type par la police, de méchanceté ou de malveillance ont permis de résoudre un conflit ou pu faire une politique humaine et de fermeté?

D'un côté le ministre de l'intérieur somme les préfets de mettre en place des dispositifs répressifs et chiffrés contre les sans-papiers et de l'autre des citoyens (en règle...) sont poursuivis pour délit de solidarité, pouvant être accusés de «favoriser l'immigration voire d'être des passeurs...»

Tout ceci se déroule dans une certaine indifférence politique, les partis dits de gouvernement n'ayant pas grand chose à opposer à la politique Macron-Collomb, l’extrême-droite se nourrissant de cette absence de politique pour l'immigration et pour les réfugiés. La gauche dite radicale, ou les Verts, restent tous au niveau de la dénonciation globale du système et de la déclaration d'intention.

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Ce n'est pas sans signification la coïncidence que le patrimoine des ministres soit révélé ce même jour. Il y a une douzaine de millionnaires dans le gouvernement Macron-Philippe. Et, pour la communication, l'annonce de l'augmentation du SMIC en janvier 2018 a été faite le même jour : de 9,76 à 9,88 euros brut, hausse de 1,24%, la plus forte depuis 2012. Pour être plus précis "de janvier à septembre 20 € par mois, et 35€ à compter du 1er octobre" ce qui donne sur l'année 2018 une augmentation de 285€. Soit 1.188 euros mensuels pour le SMIC dont le gouvernement songe à revoir!

Beaucoup de jeunes mineurs migrants, perdus dans la jungle des villes, se demandent sans trop d'espoir, comment «avoir 20 ans en France»!

* * Sur Chambord, à lire dans le Club, par GILLES WALUSINSKI  *  Le songe de Chambord...

* * * ou la sortie dominical de François Hollande pour inaugurer les «arbustes» qu'il avait fait planter, avant qu'il rentre à la maison, dans le blog de fredericsabourinChambord : fin de règne, à la française

* * * * Ou alors ce titre évocateur de Daniel, hébergé dans le XIVème du Samu social et qui participe à un atelier d'écriture, diffusé par Françoise Mona Besson Des hébergés du Samu social écrivent : « J’ai besoin d’un toit mais j’ai envie du château de Chambord »

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