LA MALADROITE * à voir sur France 3!

La Maladroite c'est le roman d'un fait divers... une histoire déjà connue, avec une chute sans surprise. La raconter c'est aussi rendre la parole à des interlocuteurs sans plateau, sans voix, dont l’expression a été résumée voire détournée par les nouvelles rapides des JT. Et du roman, Eléonore Faucher, a fait un télé-film qu'on peut voir ce soir sur France 3.

Je n'ai pas encore vu ce télé-film, mais je pense qu'il est important de faire connaître la violence faite à l'enfant et combien la maltraitance des enfants devait nous interpeller et mobiliser notre attention et notre empathie.

J'avais apprécié le roman d'Alexandre Seurat, et je suivrai avec un vif intérêt la façon dont l'histoire de Stella, Diana dans le livre, nous est racontée.

La maladroite: le roman d’un fait divers!

Extrait du billet: […] Ceci c’est déjà du roman, nous situant d’emblée ouvrant vers huit chapitres, un puzzle où les protagonistes ont la parole à tour de rôle, une sorte de monologue où ils se croisent, se complètent, s'interrogent, nous disent quelque chose d'eux mêmes.

La grand-mère décrit, tout le long ses craintes, son désir, ses initiatives pour faire d’abord reconnaître Diana, pour la voir, pour l'aider, pour la sauver.

La tante, qui trouve depuis toujours la relation bizarre entre sa mère et sa sœur-aînée, mère de Diana. Elle ne comprend pas ou en comprend trop, elle la trouve insupportable, a peur de juger, de signaler.

Parfois l'enfant parle «tu peux dire à mamie que je vais très bien. Pourquoi elle demande ça?». Ou alors le grand-frère «ça se passe bien, pourquoi ça se passerait pas bien» répond-il à l'institutrice qui lui avait demandé «comment ça se passe avec Diana à la maison».

Le médecin scolaire qui «avec le peu d’éléments qu'elle avait, était déjà prête à tout faire remonter à l'Aide sociale à l'enfance». Mais l'institutrice temporise, «il faut surtout éviter de rompre des liens familiaux». C'est tout de même elle qui nous alerte: «je la sais en danger, elle me regarde, comme si elle guettait de moi ce que je peux faire, ce que je vais faire. Mais dans le cauchemar, je sais que tout est déjà trop tard pour elle, elle me regarde, je ne peux rien faire, et je voudrais qu'elle me pardonne».

Les directrices d'école, chacune apporte sa compréhension des contradictions familiales autour de ce qu'elles perçoivent de la vie de Diana. «J'essayais de me rassurer: les services sociaux allaient incessamment se saisir de l'information préoccupante».

Le pédiatre hospitalier et l'équipe de Necker ont pris la décision d'écrire à l'Aide sociale à l'enfance «des lésions cutanées ou lésions osseuses pourraient être secondaires à une maltraitance ou négligence».

Pour les bureaux de l'Aide Sociale à l'enfance «des suspicions ne suffisent pas pour relancer au pénal une affaire classée par le Parquet» quelques mois plutôt.

Et les uns et les autres expriment ainsi leurs doutes, leurs interrogations, le gendarme, le policier, la gendarme qui l'a interrogé, «avec elle, les mots paraissaient pris d'un tremblement, soit qu'elle se trompe sur leur sens, soit que ce soient les mots eux-mêmes qui ne convenaient pas à ce qu'elle voulait dire ou ne voulait pas dire».

Les mots de l'auteur ne tremblent pas, et sont discrets pour décrire l'impensable. Il nous convie à percevoir de «l'intérieur» de chaque personnage ce qu'il observe, ce qu'il ressent, ce qu'il perçoit. Une intuition qui permet de penser, d'analyser et pas toujours de le dire [...]

La maladroite

Isabelle Carré, joue l'institutrice de Stella

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.