Le Gallet en marche!

«Le retour de Mathieu Galère», c'est le meilleur titre…, celui du Canard Enchaîné de mercredi dernier, qui avait révélé l'affaire en mars 2015. Le directeur de Radio France, Mathieu Gallet, vient d'être condamné pour ‘favoritisme’. Il avait commandé des prestations, un peu entre amis, sans respecter les règles des marchés publics, lorsqu'il était directeur de l'INA.

Résultat de recherche d'images pour "gallet dessins de presse"       Le directeur de Radio France a ainsi été reconnu coupable d'avoir favorisé l'attribution de contrats, sans appel d'offres, pour une somme de 400 000 euros, entre 2012 et 2014. Le tribunal l'a condamné à un an de prison avec sursis et 20 000 euros d'amende. L'Association Anticor, partie civile, recevra 10 000 euros pour préjudice moral de la part de Mathieu Gallet au titre des dommages et intérêts. Ce dédommagement vient ainsi reconnaître son action de salubrité publique.

Selon l'avocat de l'Association, Jérôme Karsenti, «Il était important que la culpabilité de M. Gallet soit reconnue. Lorsque l’on est responsable d’une institution publique, on doit gérer l’argent avec beaucoup de soin. On ne peut pas passer des contrats en violation du code des marchés publics. Cette décision est juste. Elle rappelle que les hauts fonctionnaires doivent faire preuve de rigueur et de responsabilité et que nul n’est censé ignorer la loi.» M Gallet avouant pour sa défense une méconnaissance du code des marchés publics...?!

On pourrait s’interroger ici sur la compétence de ces consultants, Denis Pingaud, Roland Berger. Comment ça se fait qu'ils n’ont pas conseillé le directeur de l’INA sur les exigences de la loi? Ou alors, auraient-ils abusé de M Gallet, le laissant s’engouffrer dans des procédures qui n’étaient pas conformes à la loi?

On se souvient que sa nomination à l'INA avait été contestée, pour conflit d'intérêt, le parquet de Créteil a toutefois classé l'affaire, discrètement, en 2014. Par ailleurs, dès son arrivée à Radio France, il a fait rénover son bureau (de la moquette aux boiseries) selon le Canard Enchaîné, pour une somme considérable... 105 000 euros. C'était en mars 2015. Il faisait alors la paire avec un autre dirigent, de la CGT celui-là, Thierry Le Paon, qui avait aussi fait faire des travaux -coûteux- dans son bureau. On sait ce qui lui est arrivé...

Cette succession de petites déconvenues avec la justice révèle une facette de la conception du service public de ce ‘serviteur de l’État’.

Mathieu Gallet a fait appel du jugement de Créteil, ses conseils avaient même essayé d'annuler la procédure, critiquant l'enquête qui serait partiale et aurait cherché à nuire à M Gallet.

Pendant le procès il a été question du témoignage de sa successeure (qu'il n'apprécie guère) à la tête de l'INA, Agnès Saal, affirmant que M Galletaurait dépensé 1,3 million d’euros, dont la moitié sans mise en concurrence, pour des prestations avec Denis Pingaud, Roland Berger et d’autres, pendant son mandat’. Elle ajoutait que ses rapports et études étaient «sans intérêt», avec des «conclusions dénuées d’utilité… superficielles et anecdotiques» selon le journal Libération.

On connaît aussi le ‘toupet’ de Mme Agnès Saal et ses notes de frais de taxi, qui l'ont obligé à quitter l'INA. A se demander si ce poste à ne porte pas la poisse à ces zélés hauts fonctionnaires! Peut-être aussi, mériterait-il d'approfondir un peu ce qui se passe dans cet établissement public de la République, dirigée successivement par des directeurs Gallet et Saal. aux mœurs dépensiers...

Selon l’avocat de M Gallet, interrogé par Libération, il n'a pas l'intention de démissionner «pas une seconde cela ne lui a effleuré l’esprit». A se demander pourquoi l'avocat a eu besoin d'une telle affirmation péremptoire qui a plutôt l'air d'une dénégation... Démonstration de comment le droit, utilisé à bon escient, permet de gagner du temps et voir venir. Ce n’est pas exactement le cas pour le citoyen lambda quand il se retrouve devant les Juges.

Le ministère de tutelle, la Culture, après une morne réaction le soir de l’audience a, le lendemain, par une déclaration de la ministre, affirmé que «Les dirigeants d'entreprises publiques ont un devoir d'exemplarité. Un dirigeant d'entreprise publique condamné pour favoritisme, ce n'est pas une situation acceptable.» selon Françoise Nyssen, en déclaration au Monde.

Les mauvaises langues laissent entendre que c'est une décision un peu ‘téléphonée’ de l’Élysée. Selon son cabinet "C'est d'abord à Mathieu Gallet qu'il revient d'apprécier les éventuelles conséquences de la décision. La loi donne actuellement au seul Conseil supérieur de l'audiovisuel - CSA - le pouvoir de nommer et de défaire les mandats. Dans ce cadre, toute intervention de l'exécutif serait critiquable."

Et voilà, comment ces hauts fonctionnaires, énarques pour certains, au-dessus de tout soupçon (à l'image de certains élus) contribuent au détournement des valeurs de la démocratie. A travers des artifices, des petits arrangements, des passe-droits, de l'utilisation des arcanes du droit en vue de dévier, retarder, confondre les décisions de justice tout en se servant au passage. Sinon en enrichissement direct-personnel mais en termes de notoriété, d’autorité, d’influence, d’exercice du pouvoir.

Il n'y a pas de société vertueuse par définition mais il y a, de plus en plus, l'exigence que les citoyens s’approprient du droit d'exposer sur la place publique ces malversations, ces ‘corruptions démocratiques’. Cette gabegie des deniers publics, dont ils ne rendent compte que lorsque la presse ou les Associations lancent l’alerte, au mépris des citoyens qui voient, pour les plus démunis, la suppression de cinq euros mensuels sur l'APL qui les aidaient pour leur logement.

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